J8 : Vendredi 8 juillet 2022
La randonnée vers les lacs et cirques glaciaires du massif du Hohneck est remise sur le tapis ce matin. Néanmoins, après avoir eu un aperçu du terrain hier, Hervé craint vraiment que le parcours (14 kilomètres/+ 750 mètres/5 heures) soit trop exigeant pour nous. Comme je tiens, a minima, aux deux lacs du Fischboedle et du Schiessrothried, je me mets à la recherche d’une alternative. C’est dans le guide du Routard que je trouve la solution : ces lacs sont également accessibles depuis les environs de Munster, un point de départ d’autant plus pertinent que nous n’avons pas encore parcouru cette vallée jusqu’à présent.
Un coup d’œil sur la carte IGN et voilà notre parcours validé ! Départ à la maison forestière de Steinabruck entre Metzeral et Mittlach. Parcours de l’ordre de 10 kilomètres, dénivelé estimé à 400/500 mètres, durée d’environ 3 heures. C’est dans nos cordes !
Notre itinéraire est marqué de points rouges
Nous arrivons parmi les premiers vers 9 heures à la maison forestière de Steinabruck en même temps que deux autres voitures. De la première descend un randonneur qui va rapidement nous distancer et de la seconde sortent trois randonneuses et leur chien qui vont nous devancer de quelques centaines de mètres.
Comme elles, nous traversons le pont de pierre, passons devant l’auberge et les chalets de la Wormsa avant de nous engager sur le chemin du Fischboedle aussi appelé route François, du nom d’un inspecteur des Eaux et Forêts tombé pour la France en 1944. Il s’agit d’une large piste forestière confortable, qui a l’avantage de grimper en pente douce dans la forêt mais qui, a contrario, n’est pas spécialement exaltante. Est-ce pour cette raison que soudain mon esprit s’emballe ? « Là, un sanglier ! » Mais non, seulement le chien des trois randonneuses en train de cavaler à fond de train pour rattraper ses maîtresses. 😉
Heureusement, un peu plus loin, le passage sous un court tunnel, ce qui est plutôt rare sur un simple chemin, va permettre de relancer notre attention. Nous apprenons par une plaque apposée à proximité que le tunnel a été creusé en 1932 afin de réaliser un accès carrossable entre la vallée et le lac du Fischboedle.
Après cette marche d’approche, un peu longuette mais sans difficulté, nous arrivons à la fameuse pièce d’eau, une heure après notre départ. D’origine glaciaire, le lac situé à 780 mètres d’altitude a été rehaussé vers 1850 pour servir de réserve à poissons, d’où son nom (Fisch = poisson, boedle = baquet, en alsacien).
Niché dans un écrin de verdure, au pied d’un cirque rocheux, il offre un miroir grandeur nature où le ciel et les cimes se contemplent. C’est un véritable havre de quiétude, surtout à cette heure, une incitation à la méditation dans un cadre intime. Nous nous posons un court instant pour profiter des lieux.
La montée vers le second lac, sur un sentier en lacet serré, est nettement plus tonique mais négociée avec entrain. Vers 10 h 30, nous atteignons les rives du Schiessrothried (alt. 929 mètres), très différent du lac précédent, plus dégagé, plus ouvert, plus grand, mais toujours situé dans un cadre sublime.
Le lac n’était à l’origine qu’une tourbière surcreusée. Il est véritablement devenu un lac après l’édification d’un petit barrage (entre 1887 à 1893) dont l’objectif était de réguler les eaux vers les usines textiles et les scieries de la vallée de Munster.
En levant la tête, on aperçoit le sommet du Petit Hohneck. Entre la forêt et les crêtes, les rochers granitiques appelés « clochers du Hohneck » qui sont aussi un site d’escalade réputé. Un peu plus à l’est, la bâtisse de l’ancienne marcairie du Schaeferthal posée sur le col du même nom.
Pour info, la marcairie est une petite construction où le berger se loge et fabrique son fromage pendant l’estive. Schaeferthal = vallée aux moutons !
Nos deux buts étant à présent atteints, nous n’avons plus qu’à retourner au point de départ. Pour ce faire, nous choisissons la variante par le Sillackerwasen (alt. 908 mètres), un agréable chemin forestier ombragé, presque un peu trop ce matin, ce qui nous oblige à enfiler nos coupe-vent.
A l’ombre des sapins
Plus bas, le chemin jusqu’à présent en pente douce devient le sentier Monique sur lequel la descente en zigzag devient plus soutenue. En échange, il nous offre quelques belles opportunités de vues sur la vallée et le village de Metzeral, avant de rejoindre la route François comme à l’aller.
Retour au parking du Steinabruck peu après douze heures. Bilan : les deux lacs sont superbes. En revanche, l’aller-retour sur les deux routes forestières empruntées est un peu monotone, mais a l’avantage de ne pas être fatigant. J’ai lu depuis que l’aller quasi parallèle, par la vallée de la Wormsa ponctuée de cascades et de passerelles, est nettement plus intéressant.
Pour compenser, nous nous rendons ensuite sur la route des Crêtes en voiture avec l’intention d’admirer le lac du Schiessrothried depuis le haut. En réalité, depuis l’auberge sommitale (1363 m), nous sommes partis à pied dans la direction opposée, vers le col du Falimont, une erreur toute relative, puisqu’elle nous réserve de très beaux points de vue sur la réserve naturelle du Frankenthal, la vallée de la Petite Fecht, le village de Stosswihr et l’ensemble de la chaîne des Ballons. A cette altitude, la température est de 15 degrés seulement.
La Martinswand (mur de Martin) est le but ultime de notre petite balade. Il s’agit d’un ensemble de falaises réputées pour leur site d’escalade exigeant, ouvert depuis le XIXe siècle, ainsi que pour la présence de chamois aux alentours. Malheureusement nous ne verrons les fameux caprinés qu’en peinture ! 😉
En revanche, les randonneurs ne manquent pas sur ce sentier parmi les plus courus du massif. N’ayant jamais rencontré grand monde au cours de nos différentes randonnées, nous nous demandions justement où pouvaient bien se trouver la plupart des touristes. Eh bien… ici, sur les différents sites de la route des Crêtes !
Pas de visite de village aujourd’hui. Après ce (relatif) bain de foule, retour direct dans notre cocon aux Trois-Épis.
En consultant nos archives photographiques, je me suis rendu compte, après coup, que nous étions déjà allés au lac du Schiessrothried, en 1998, mais depuis les crêtes, c’est-à-dire par l’itinéraire que nous avons écarté cette année de peur qu’il ne soit trop difficile pour nous. Apparemment, à cette époque-là, il ne nous a pas fait peur 😉 !
Le lac du Schiessrothried en 1998...
… (sans doute) depuis le col du Wormspel