J9 : Samedi 9 juillet 2022
Le massif des Vosges a été le théâtre de combats terribles durant la première Guerre mondiale. Le collet du Linge fait partie des champs de bataille les plus meurtriers. C’est un col situé à 987 mètres d’altitude qui était placé, à l’époque, sur la ligne de front séparant les troupes françaises des troupes allemandes. De juillet à octobre 1915, les Français lancent des assauts afin de reprendre le site aux Allemands. Bilan : 18 000 pertes humaines dont 8000 dans le camp français et 10 000 dans les rangs allemands.
Un musée-mémorial, devant lequel nous sommes déjà passés à plusieurs reprises sans nous y arrêter, rend hommage à cet événement. Ce sera par conséquent notre objectif dans un deuxième temps. En effet, en début de matinée, nous voulons d’abord effectuer un circuit à pied autour du Linge, inspiré de cette trace publiée sur Openrunner
Le départ se fait au col du Wettstein, à 13 kilomètres environ de notre pied-à-terre, ce qui nous fait passer une nouvelle fois devant le mémorial en question. Sur le parking du col, déjà quelques rares voitures, dont descendent quelques hommes en gilet jaune. Non, ce ne sont pas des manifestants 😉, mais des bénévoles chargés de la bonne tenue d’une épreuve sportive, le Trail du Pays Welche (52,2 kilomètres/+ 2290 mètres de dénivelé) qui vient de débuter à 7 h 30 dans le village voisin d’Orbey. Les messieurs nous rassurent : la forêt étant suffisamment vaste, cela ne doit pas nous empêcher de randonner.
Justement, c’est dans une belle forêt de résineux que nous nous enfonçons pour commencer et, cerise sur le gâteau, les sous-bois sont tapissés de myrtilles qu’Hervé ne manque pas de cueillir pour satisfaire sa gourmandise.
Des buissons de myrtilles à perte de vue !
En sortant de la forêt, nous prenons le temps d’apprécier les larges panoramas qui s’ouvrent à présent sur la vallée de Munster et les crêtes vosgiennes.
Pile en face, le Hohneck
Alors que nous approchons de la ferme-auberge du Glasborn, nous commençons à croiser la tête de la course, puis peu à peu les poursuivants, avant de remonter l’interminable file des autres coureurs à coup de « bonjour, bravo, bon courage ». Nous n’avons jamais salué autant de monde en aussi peu de temps 😉. Certains ignorent complètement nos salutations, trop concentrés sur leurs efforts, d’autres sont ravis de recevoir nos encouragements. Nous-mêmes sommes tellement occupés par les sportifs qu’au carrefour suivant nous continuons encore et encore à remonter la file, ce qui nous vaut une belle grimpette pour rien.
Eh oui, il fallait aller dans la direction opposée afin d’atteindre, au lieu-dit Baerenstall, un premier site emblématique des combats qui se déroulèrent dans ce massif durant la Première guerre mondiale. Le cimetière militaire allemand du Hohrod a été créé par les autorités françaises après le conflit afin de regrouper les victimes militaires allemandes qui avaient été provisoirement inhumées dans des sépultures provisoires dans les communes environnantes. Le site appelle à la réflexion et au recueillement.
Cimetière militaire allemand du Hohrod
Cette ambiance continue à prévaloir alors que nous pénétrons à nouveau dans les bois (en face du cimetière), à travers une belle parcelle moussue délicatement éclairée par quelques rais de lumière. Le sentier que nous empruntons passe juste sous le sommet du Linge, nous nous trouvons par conséquent au cœur de l’ancien champ de bataille.
Un peu plus loin, nous rejoignons une large piste forestière qui passe devant la source Madelon près de laquelle un indice de la deuxième guerre mondiale, cette fois, va retenir notre attention. Il s’agit d’une Jeep ayant participé au débarquement en Provence, parfaitement entretenue. Hervé engage la conversation avec le propriétaire du véhicule à propos de la libération de l’Alsace par les forces d’Afrique du Nord en 1944. Les deux hommes se trouvent d’ailleurs quelques points communs à propos de leurs pères, anciens combattants.
Au bout de cette route forestière, nouvelle rencontre avec des coureurs. A présent, ce sont les participants de la seconde épreuve organisée à Orbey, « Les Balcons d’Orbey », 26,6 kilomètres/+ 1000 mètres. A cette heure, il s’agit de la queue de cette deuxième course qui reste néanmoins un sacré exploit.
Nouveau moment d’émotion en arrivant devant le second cimetière militaire du parcours, français cette fois-ci. Avec sa haute croix grise portant les expressions « Pax » et « Aux morts du Linge », également appelé « cimetière des Chasseurs » en raison des nombreux chasseurs alpins tombés dans les environs à l’été 1915, le site est aussi une nécropole nationale, c’est-à-dire appartenant à l’Etat français qui en assure la garde et l’entretien.
L’émotion est d’autant plus grande que la vue de cette nécropole fait tout particulièrement écho aux scènes d’une autre guerre qui se déroule actuellement aux portes de l’Europe.
Cimetière militaire français au col du Wettstein
Le cimetière occupe le col du Wettstein, nous voilà donc de retour à notre point de départ, un peu remués par l’évocation douloureuse du passé, mais frappés par la résilience et la beauté des paysages. (7,3 kilomètres/+160 mètres/2 h 30).
Comme prévu, nous complétons la randonnée par la visite du musée-mémorial du Linge. Nous commençons par découvrir l’intérieur du musée qui abrite des objets trouvés sur place, une belle collection d’armes, de munitions, d’objets personnels, de casques et de boucliers. Cartes, maquettes et reconstitutions complètent l’ensemble.
Nous passons ensuite à l’extérieur qui est encore plus poignant. En effet, le site est un gros mamelon rocheux, couvert d’une lande rase, truffé d’abris, quadrillé de tranchées, le tout admirablement conservé. Les barbelés d’époque sont encore là ainsi que des panneaux indiquant « Danger explosif » ou « Zone dangereuse ». Des croix marquent les emplacements où ont été retrouvés des cadavres de soldats : croix blanche pour les Français, croix noire pour les Allemands. Des centaines de corps des deux armées reposent encore sous ce terrain.
On a du mal à imaginer une pareille boucherie dans un site naturel d’une telle beauté : en effet, l’extrémité du tertre rocheux laisse place à un point de vue imprenable sur le val d’Orbey et les crêtes des Vosges.
C’est par ce lieu naturel et symbolique remarquable que s’achève notre matinée mémorielle. Afin de pouvoir digérer tout cela, au sens figuré comme au sens propre, nous nous retirons momentanément dans notre gîte à l’heure du déjeuner.
Nouveau projet plus tard dans l’après-midi ! En effet, l’un des rares commerces présents dans la petite station des Trois-Épis est une boulangerie-pâtisserie faisant aussi salon de thé. Située juste en face du centre de soins, sa terrasse ne désemplit jamais. Voilà une excellente raison pour tester l’adresse, oui, mais pas avant d’avoir mérité ce goûter, c’est-à-dire après une petite marche dans la forêt jusqu’à la Roche du Corbeau. Pas de voiture à prendre, nous partons du gîte.
En suivant les petits cailloux semés par le Petit Poucet, ou plutôt le balisage anneau bleu/croix bleue du Club vosgien, nous gagnons la fameuse formation rocheuse au milieu de la forêt des Trois-Épis.
Notre itinéraire est marqué de petits points jaunes
Pas de corbeau en vue, mais un belvédère où deux petites dames ont trouvé le coin parfait pour une pause, pour la vue et éventuellement le pique-nique sous une gloriette idéalement placée. Bon, ce n’est plus l’heure de déjeuner pour nous. En revanche, nous avons un goûter en perspective.
Alors, après avoir profité du panorama sur les villages d’Ammerschwihr et Sigolsheim à nos pieds ainsi que sur le monument du Galtz dépassant de la forêt, nous poursuivons notre itinéraire via le Chaos (rocheux) et refermons la boucle devant le salon de thé du centre.
Vue sur les villages dans la plaine
Cherchez le monument du Galtz !
Après avoir enchaîné respectivement sept et cinq kilomètres entre ce matin et cet après-midi ainsi qu’un dénivelé cumulé de 280 mètres, nous avons bien droit à quelques douceurs.
C’est donc sur cette note sucrée que se termine cette dernière journée de vacances au terme de laquelle nous apprendrons aussi que les deux vainqueurs (ex-aequo) du Trail du Pays Welche ont couvert l’épreuve en 5 heures 11 minutes et 20 secondes. Rien à voir avec nos modestes performances !
Sur ce, il n’y a plus qu’à faire les valises, demain on rentre à Paris ! ☹