Bien que souvent associé à une pratique ludique, le tir à l’arc, qui peut se pratiquer en loisir ou en compétition, exige un haut niveau de compétence technique, physique et mentale, dans le respect du fonctionnement des armes et de la sécurité tout en exigeant un niveau de précision extrême. Cette pratique implique une technique rigoureuse, une préparation physique structurée et régulière ainsi qu’une bonne préparation mentale pour viser la performance.
La pratique requiert une maîtrise des principes techniques fondamentaux tels :
La technique : connaitre comment fonctionne et se règle son arc et comment choisir ses flèches est un passage nécessaire pour ne pas dépendre de quelqu’un et mieux maîtriser son arme ;
L’entraînement : pour viser juste, il est nécessaire de s’exercer régulièrement au jeu de l’arc. Il est aussi bénéfique de faire un gros ménage dans sa vie et d’éliminer tout ce qui nous dérange lors de la pratique. En se débarrassant des distractions et des sources de stress inutiles (la grande majorité des gens est plus enclin à subir une pression qu’à la maîtriser notamment lors des compétitions), le sportif peut atteindre un état de clarté mentale qui favorisera sa présence et sa performance
La stabilité : elle est prépondérante dans le domaine du tir à l’arc. La posture et les placements doivent être les plus stables possible, c’est-à-dire reproduire la position naturelle de repos des différents segments afin de gagner en stabilité et de minimiser les mouvements parasites. Cette stabilité est d’autant mieux assurée lorsque la vue est mobilisée pour fixer un point précis lors de la phase de visée. Une difficulté supplémentaire existe en complément de cette stabilité statique évoquée : la stabilité dynamique qui intervient sur terrain accidenté, l’archer devant constamment s'adapter au changement de sol pour maintenir son équilibre et sa précision. Il s'agit d'un gros travail de proprioception ;
La gestuelle : elle vise à créer une fluidité entre les différents éléments de la technique et une cohérence dans l’exécution de la séquence de tir pour aboutir à des tirs précis, puissants, stables, et reproductibles. La maitrise du geste comme de son rythme est incontournable et il peut- être nécessaire de revenir régulièrement, au fil du temps, sur les bases ;
La prise en main de l’arme : le grand principe est que l’archer fera appel aux muscles de la main pour maintenir la prise et ceci sans créer des tensions parasites. La main participe immanquablement à la précision du geste. Le relâchement et l’absence de contrainte permet de réduire la tension musculaire favorisant ainsi la stabilité de la main. Le relâchement de la main est un principe fondamental qui guide la démarche technique des archers dans le but d'atteindre la fluidité du geste, des conditions optimales au moment de la décoche et une trajectoire la plus directe et précise possible (conditions identiques pour la main de corde) ;
L’armement : il consiste à monter l’arc au-dessus de la ligne du front puis d’exercer une traction en profitant de la gravité pour descendre l’arc au niveau du visage et arriver à des points de contacts précis sur ce visage avec la main de corde. L’armement permet d’emmagasiner de l’énergie dans les branches afin de propulser la flèche ;
La visée : après la phase d’armement, l’alignement du repère de visée au centre de la cible est bien évidemment essentiel. L’application et l’implication doivent être totales. Rappelons ici une chose : le doute n’a pas sa place lors de l’exécution du tir. Mais attention, ce fichu blason est la source de finalement beaucoup d'ennuis car on se focalise tellement dessus qu'on en oublie de faire le reste ;
La décoche : l’un des points déterminants, des plus difficiles à maîtriser et qui peut demander un long, très long apprentissage puisqu’il y a une phase mentale et il doit y avoir une absence de crispations et un excellent contrôle musculaire dans la libération de la corde. Elle est essentielle car elle fixe la vitesse, la trajectoire de la flèche et donc la précision de son impact en cible. Lorsque la corde est libérée dans l’axe de la flèche par un relâchement progressif et fluide, contrôlé des fléchisseurs des doigts et dans la continuité du mouvement, cela doit vous procurer une sensation agréable : une flèche bien tirée se ressent. Pour accompagner le geste final dans les meilleures conditions, il faut comprendre que maintenir l’arc en direction d’un centre de la cible après la décoche est donc une part importante de la réussite : vous n’avez réalisé à ce moment que 90% de ce que vous devez faire dans votre séquence de tir ;
L’automatisme du geste : elle contribue à la précision du tir, sa reproductibilité nécessaire au résultat et à un engagement plein tout en restant attentifs à ses sensations physiques et mentales. La maîtrise de l'arc et de la flèche puis la performance d'un archer reposent sur des entrainements réguliers et suffisants en veillant au respect des consignes données pour corriger son geste et le maintenir fluide. La répétition du geste jusqu’à son intégration en automatisme est un fondamental pour performer dans le tir à l’arc. Et plus que l’obsession de tirer sur un blason, l’intégration d’exercices variés et spécifiques est essentielle ;
La respiration : elle est d’abord un outil pour apaiser notre esprit et notre corps, nous permettant de vivre pleinement chaque moment. Dans la pratique du tir à l’arc, elle est une technique clé permettant d’améliorer la concentration de l’archer et de calmer les effets physiologiques liées au stress. L’inspiration se fait au cours de la phase d’armement puis l’expiration au moment de la visée. Tout est affaire d’adaptation et la fréquence des cycles respiratoires varie d’un archer à l’autre selon son expérimentation. Le contrôle de la respiration revêt une grande importance lors de la phase de visée afin d’assurer la stabilité du corps et de l’arme puis pour se préparer le lâcher ;
La condition physique : elle est un facteur de la performance sportive afin d'assurer le maintien de la qualité de la répétition du geste et donc la stabilité de la réussite mais aussi afin de prévenir les blessures. Elle cherche à accroître l’endurance de l’archer, à développer sa capacité de récupération, à renforcer sa confiance grâce à la pratique répétée des exercices et à renforcer le maintien postural, ce qui contribue à améliorer sa performance technique ;
Prévenir la fatigue : les archers privilégient l'engagement des grands groupes musculaires, adoptent des techniques de tirs simplifiés, réduisent la dépense énergétique inutile au geste (la loi du moindre effort avec une faible dépense d’énergie : une épreuve de tir à l’arc peut durer plusieurs heures). Ils recherchent également à maintenir une indéformabilité du corps tout au long de leur pratique et notamment gérer les forces de répulsion causées par la libération de la corde. Pour ce faire, l’archer utilisera au maximum son empilement osseux pour minimiser les bras de levier et être à l’écoute de ses sensations pour une visée stable ;
La préparation mentale : composante essentielle, sa mise en œuvre est complexe car elle requiert une compréhension des mécanismes psychologiques propres à chaque archer. Il va sans dire qu’elle est directement liée à la motivation. Elle vise à aider l’archer à rester attentif à la tâche réalisée et à atteindre ses objectifs, un bon début pour commencer à apprivoiser son mental, en s’adaptant à son environnement et en mobilisant diverses compétences ainsi que la gestion de ses émotions. Elle se base sur :
o La présence dans l’instant est une notion difficile à acquérir et à tenir dans le temps, elle est un élément clé dans la performance : c’est être ici et maintenant et accepter ce qui est sans interpréter ou juger avec son mental. Il faut être engagé pleinement car cette conscience de son environnement, de ses sensations physiques et mentales ainsi que des détails de sa technique améliore le geste et favorise la concentration ;
o La concentration est l’action qui consiste à travailler sur la capacité à centrer et mobiliser ses facultés mentales sur un sujet et sur une geste. L’archer doit être totalement engagé dans son exercice ce qui nécessite beaucoup d’énergie ;
o L’attention, processus dynamique et sélectif par lequel nous attribuons des priorités à différentes informations jugées pertinentes pour l’action à réaliser. La gestion de la concentration et de l’attention exige que l’archer soit disponible mentalement et maintienne une stabilité émotionnelle ;
o Les émotions sont un état de déséquilibre qui engendre un processus de dynamique interne en réaction aux stimuli extérieurs. Dans le tir à l’arc il est donc essentiel de les réguler pour ne pas altérer l’attention indispensable à une prise de décision de l’archer ;
o La confiance en soi, si elle dépend en grande partie de la maîtrise d’une technique fiable et éprouvée, est déterminante. Elle joue un rôle important dans la réussite de l’archer en réalisant la séquence de tir dans un état d’esprit calme et équilibré. Elle se base sur le principe qu’une pensée positive engendre un résultat positif. Mais attention, l’excès de confiance est nuisible car il ne donne pas la possibilité d’apprendre des échecs survenant ;
o La visualisation de la séquence de tir, c’est projeter mentalement notre sens du toucher à partir de notre cerveau vers nos mains tout au long de la séquence de tir. Cela améliore la confiance, favorise une meilleure présence lors de l’exécution réelle du geste avec précision, renforce l’élimination des distractions mentales.
Pour terminer, peut-être faut-il parler d’humilité. L’humilité est indispensable et joue un rôle important dans le tir à l’arc car elle permet l’adaptabilité à chaque séance de tir, d’apprendre de ses erreurs et de maintenir une attitude positive face à l'échec et à la frustration. L’apprentissage du tir à l’arc est un processus continu et il ne faut pas le percevoir comme un aboutissement. L’archer qui manque d’humilité est incapable d'évoluer car il ne prend pas en compte les conseils et les critiques nécessaires à son amélioration.
Les principes expliqués ci-avant (tirés d'un mémoire réalisé en 2024 à l'Institut de Formation Supérieure en Ostéopathie de Rennes) sont abordés et détaillés dans les différentes fiches de cette rubrique.