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"La semaine du Minervois", édition du 24 novembre 2022 :
Des habitants excédés dénoncent les dégâts et l'inertie des pouvoirs publics : "Durant les nuits du vendredi 11 au mardi 15 novembre, une rave-party s’est déroulée sans autorisation sur les communaux de Ferrals-les-Montagnes et sur des parcelles de l’ONF. Elle a laissé derrière elle une dévastation de clôtures coupées, passages canadiens endommagés, terres piétinées, végétation broyée et des habitants totalement excédés (l'année dernière des raves avaient lieu tous les mois). Ce sont plus de mille personnes qui se sont installées durant ce long week-end. Des chapelets de voitures, de camionnettes, de vans et de camping-cars ont convergé vers le site, et ce, sans discontinuer par tous les chemins possibles. Tout ce petit monde s’est installé sur le plateau du Plo de Bouzigues et a explosé les oreilles des voisins et habitants durant plus de 3 jours jusque dans le Tarn. La brigade d’Olonzac est montée, puis celles de La Salvetat, d’Olargues, de Saint-Pons-de-Thomières. Les quatre brigades réunies ne représentaient qu'une dizaine de gendarmes destinés au maintien de l’ordre public. Leur intervention a consisté en des contrôles divers et variés sur les véhicules et les participants : permis, assurance, état du véhicule, alcoolémie, stupéfiants.
“Il n’y a personne au numéro que vous avez demandé”
La gendarmerie de l’Hérault, le Préfet et même le Préfet de Région ont été contactés par les habitants pour leur indiquer que nous étions soumis à une rave-party. Nous avons insisté sur le fait que les brigades qui étaient sur les lieux ne disposaient d’aucun moyen efficace pour faire cesser ce rassemblement non autorisé. Nous n’avons eu aucune réponse des diverses préfectures qui ont la responsabilité du maintien de l’ordre et de la “sécurité intérieure”.
La paix sociale :
Tout cela nous confirme que ces représentants de l’Etat ont un point de vue sur le maintien de l’ordre et de la sécurité intérieure qui est diamétralement opposé au nôtre. Car ils considèrent, et ce, depuis des années qu’il est préférable de laisser ces rave-party se dérouler en gardant un œil dessus (la brigade locale), quitte à « gêner momentanément» les quelques habitants de nos régions où la densité démographique est faible. Toutes nos propositions qui auraient permis de faire cesser le son ont été qualifiées d’impossibles car “il faudrait demander l’autorisation du Procureur de la République”, ou car “seul le Préfet de Région est habilité à prendre certaines décisions de renfort”, etc. Seuls le Procureur ou le Préfet de région détiendraient la solution. Pas un échelon en dessous n'a la capacité de faire quoi que ce soit d'efficace. Nous comprenons que ce qui prime alors, c’est de garder groupé en un lieu qui sera le moins gênant possible, cette population qui veut danser, fumer, chanter, s’amuser, oublier le quotidien d’un monde sans lumière et sans avenir. C’est ce qu’un ancien responsable de la gendarmerie avec lequel nous avions échangé, il y a plusieurs années, appelait “La paix sociale”.
Besoin de convivialité et d’adrénaline
Après avoir longuement discuté avec certains participants, il nous est apparu que nous étions en face d'une frange de notre société qui a besoin d’un exutoire, d’un moment de joie, d’oubli car leur vie est sans espoir et sans adrénaline. Ils recréent du lien et du jeu car, encore une fois, notre société a perdu – pour eux – ce qu’ils retrouvent dans ces moments particuliers de la fête. C’est un lieu et un moment festif qui cristallise leurs énergies et leur besoin d’être ensemble.
Pertes et profits
A ce jeu social là, même si on comprend l’origine d’un éventuel besoin de fête et de convivialité, il y a d’autres membres de la société qui – travaillant et vivant sur ce lieu – sont pénalisés et se sentent abandonnés. Les éleveurs qui voient plusieurs jours de leur travail anéanti : comment peuvent-ils admettre de voir leurs clôtures coupées, les passages canadiens abîmés, les terres compactées, les pâturages broyés ? Qui va les aider à remettre tout cela en état ? Le maçon et l’institutrice qui, toute la semaine, travaillent et comptent sur le week-end pour un peu de repos et de paix pour reprendre leur activité en forme le lundi ? Les propriétaires de lieux d’accueil qui offrent à leurs visiteurs des lieux de paix et de nature et se retrouvent à imposer du son et des décibels infernaux. Quid de ces gens là ? Et bien, ces gens là, Madame, Monsieur, sont sacrifiés sur l’autel de la paix sociale."
Collectif de citoyens de Ferrals-les-Montagnes
Note de la rédaction
Annie Espel, maire de Ferrals les M. interrogée par nos confrères de France Bleu, minimise et souligne que : “ils avaient endommagé quelques passages canadiens sur des chemins ruraux. Rien de bien grave. Ils avaient ouverts certaines clôtures, mais je dois reconnaître que ce sont des gens très sympathiques et respectueux. J'ai constaté quand j'y suis allée mardi matin, que c'était très propre.”.
Propos qui suscitent l'émoi et la stupéfaction du collectif d'habitants, qu'ils qualifient d'inconséquents. Ils s'expriment dans une lettre ouverte adressée à Annie Espel, extrait : “Mme le Maire, notre souci est d‘éviter que ce phénomène ne se reproduise. Or, vu vos déclarations publiques nous craignons le pire. (…) Vous minorez les dégâts dus à cette manifestation. Cet endroit de la commune est loué à un couple d’éleveurs bio de bovins. Ils ont procédé, à leurs frais à la mise en place de clôtures et de passages canadiens afin de garantir la sécurité de leur troupeau et celles des habitants, empêchant ainsi la divagation de leurs bêtes. “Rien de bien grave” dites-vous ? Pourtant, l’expertise des dégâts s’élève à 2700 €. Prenez-vous en charge le montant de ces dégradations ?”
Nous avons sollicité la réaction d'Annie Espel qui a répondu ne pas avoir eu connaissance de cette lettre."