Chant X - Le banc
Empyrée
Empyrée
Car enfin, c’est bien entre ces feuilles
De dialogues fictifs qu’il se dresse
Qu’il fait à ses peines ce linceul
Et ses joies cet autel de tendresse
Je suis Camille, je suis sans espoirs
Mais calme, j’avance dans le noir
Usé par l’Histoire
Soigné par la plume
Mon récit sur une page qui fume
Dans le livre brûlant des jeunesses
Prend sa fin dans un froid d’allégresse
Je m’assoie sur un banc, seul, ma mémoire flanche
L’air est encore chargé de cette cendre blanche
L’hiver a toujours pour moi ce parfum
D’un lointain brasier s’étouffant aux confins
Que j’aime aspirer lentement
Joyeux, serein, paisiblement
La gorge ouverte, et les yeux clos
Ce jour-là, d’une énième apnée
En sortant ma tête de l’eau
Une étoile vient appuyer
Sur mon flanc, ses deux grelots d’ébènes
Ruisselants, scintillants, comme des gouttes
Je donne la réplique à ces belles persiennes
Deux grands yeux envoûtants qui m’écoutent
« Ciao.
- Lei chi è ?
- Non lo so.
- Davvero ?
- Mi sento come un cane.
- C’è qualcosa che non va ?
- No, no... Essere un cane mi va.
- Ah okay, bello ! Ti posso grattare la testa ?
- Certo... Mica sono una bestia.
- Non sei un cane veramente.
- No. Ma se dopo la morte, i cani vanno da qualche parte, voglio andare dove vanno loro.
- Mi sembra giusto. Hai un accento strano, di dove sei ?
- Je suis pas d’ici.
- Ah bon c’est vrai ? Moi aussi.
- Ça n’me change rien, je n’parle presque plus.
- Normal pour un chien. Tu sais, moi non plus.
- Tu me tutoies ?
- Comme tu veux.
Je peux te donner du « vous »
Je peux vous donner du « tu »
- Comme tu veux.
C’est à vous toutes ces joues ?
Ça, j’en prendrais bien un bout
- Io non bacio gli sconosciuti
- Solo un morsino. Cosa vuoi che ti racconti ?
- Tu as des amis ?
- Beaucoup. Surtout des petites.
- Des maladies mentales ?
- J’en ai pas mal.
- C’est pas très rassurant, et t’as l’air cassé.
- Je suis juste mourant, comme tout le monde
Mais j’aimerais bien mourir près de ta bouche ronde
Allez-viens, cassons-nous, loin d’ici.
- Et où tu veux aller ? Pourquoi je te suivrais ?
- Parce qu’il faut bien aller quelque part pour de vrai
Les rêveurs comme nous ne font qu’broyer du noir
Si nos yeux n’arrivent plus à s’poser autre part
- T’es bien mignon avec tes petites chansonnettes
J’ai pas besoin d’un poète pour mettre l’ordre dans ma tête
Moi je veux des câlins dans les fleurs d’mon jardin
Un truc simple sans drame et sans pleurs à la fin
- Je n’offre pas de prince, ni le cheval blanc, ni les gâteaux
Juste un bout de chemin, on pourra même prendre quelques photos
Juste une balade
...
Et des petites accolades ~
Pour se dire, qu’on est là juste pour rire
Juste pour le plaisir
D’aller vivre nos jours en aller-retours en revenant vers l’amour
Et souffrir, l’ultime soupire
De ce monde
Et nous faire
De ses dernières secondes
Un hamac d’amour enjoué et bringuebalant
Et s’asseoir sur des bancs
- Même si tu me plais, je suis pas vraiment sûre
De pouvoir développer un attachement sécure
Je sais pas si on est réellement compatibles
On fond qu’est-ce que tu cherches ? Est-ce que c’est bien crédible ?
- Et pourquoi se convaincre qu’on veut la même chose ?
Personne ne sait c’qu’il veut, et y’a pas de vie en rose
Laissons-nous emporter par le flot de la vie
Ses vagues de bonheur et ses intempéries
On n’aura jamais l’âme sœur servie sur un plateau d’argent
Ça t’dit pas plutôt qu’on s’aime petit à petit en s’arrangeant ?
- Va bene, andiamo.
- Attends. Juste encore quelques mots...
Pour se dire, qu’on est là juste pour rire
Juste pour le plaisir
D’aller vivre nos jours en aller-retours en revenant vers l’amour
Et souffrir, l’ultime soupire
De ce monde
Et nous faire
De ses dernières secondes
Un hamac d’amour enjoué et bringuebalant
Et s’asseoir sur des bancs
- Adesso un bacio te lo posso dare ?
- Beh, è il momento giusto per provare
- J’ai oublié de te dire. Faccio delle scorreggie tremende
- C’est pas très grave. Io rutto continuamente.
- Veramente, non sei pronta.
- Insomma, faremo il pieno di fibre. Ti piace il risotto alla zucca ?
- Con la fontina ?
- Ovvio, con la fontina...
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FIN