Chant VI - Le salon
Corniches du purgatoire
Corniches du purgatoire
- Ouais, t’es au taff ?
Force pas, fais gaffe.
- T’inquiète, je m’casse.
- Là on est peinard sur le rooftop
Mais bientôt on part, ça pue la clope
- OK bah attendez, j’me dépêche.
Sans plus tarder, il part comme une flèche
Et se glisse dans l’ascenseur
Qui le hisse vers les hauteurs
La fatigue et le ronronnement
De la cabine
L’entraîne dans l’endormissement
La mâtine
Sonne et puis quelques instants plus tard, la cage s’ouvre
Il sort du coaltar, voit les nuages qui couvrent
L’horizon.
Le toit est désert, ses amis, partis
Son dur sommeil l’a rendu solitaire
Ce vide le fait sombrer dans l’apathie
Et il perd sa raison, que l’air oblitère...
...Progresse vers un jardin saugrenu
Un lieu qui ne lui est pas inconnu
Où des épineux jurassiens se dressent
Avec des cèpes géants et caressent
La nuit froide
Une chaude cabane lui entrebâille
Sa palissade
Camille passe le portail
Il sent l’odeur du salon des elfes
Camille les rejoint se baigner
Dans les vapeurs de beuh, dans la Leffe
Ensevelis dans les oreillers
Ils ont leur monde dans Minecraft
La fumée monte, cache le loft
On n’y voit plus le plafond
Camille sombre
Ses neurones se défont
Et puis les ombres
Autour de lui se changent en chat
Et lui font « chut », comme les bras
De sa mère
Des voix familières
Dans le noir lui disent :
« C’est ça, lâche prise...
Prends le temps, pose-toi...
Prends vraiment le temps, pour toi... »
Quand Camille reprend connaissance
Il est coincé dans de larges lianes
Qui le retiennent dans la cabane
Entre des poufs et ses potes en trans
Qui toujours, avec des airs de matous
Tout le jour matent l’écran manitou
« Les amis... Dit-il d’un air de mourir
Elle... Elle m’étouffe, aidez-moi à sortir...
- Tu t’fais du bil pour rien
- Ouais, détends-toi
- Faut qu’t’attende un peu, et ça s’en ira
- Je vais finir écartelé...
- Chut... On entend plus la télé »
De nouveaux cloué, pendant de longues heures
De vidéos programmées au lecteur
Camille se force à clore les paupières
Pour fuir l’insoutenable calvaire
Se rendant à l’étau de la nuit
« Il est raide. Faut le ramener chez-lui »