Chant IX - Le théâtre
Ciel cristallin
Ciel cristallin
Vautré dans sa nouvelle joie
D’avoir à ses côtés la foule
Camille ne remarque pas
Son pote Alexis qui déboule
« Camille, par ici ! »
Il court et vient attraper son bras
« C’est toi, Alexis ? »
Et l’amène près d’un grand opéra
« La rue, les balades, c’est bien sympa
Mais y’a plus, bien plus fort, tu crois pas ?
- Plus fort ?
- Si tu sors ton cerveau du concret
Et lui lève le rideau des possibles
Tu pourrais vivre, et faire, mille fois l’impossible
- Euh... Je ne suis pas sûr de tout comprendre
- Et moi tout à fait sûr de ne comprendre rien
Tu es trop sérieux, t’as besoin de redescendre
Pour y voir clair, parfois, il faut fermer les yeux
Arrête d’être terre-à-terre, arrête avec ton pragmatisme de misère
Tu voudrais savoir où t’es, tout c’qu’on y fait, pouvoir trouver ce qui te plaît
Le réel est infernal, le réel est si banal !
Et il ne peut s’élever que si tu y noues toi-même des voiles.
Le commerçant antipathique
Les murs de ciment et de granit
Il faut penser qu’un délinquant
Est à leur trousse sur un cheval blanc
Avec des bombes de peinture
Et leur écrit sur la figure
Le mot « Respire » en lettres roses
Et d’un ton cinglant s’écrit :
« Je reviendrai pour mettre plus de rose ! »
Tous les amours que tu n’as pas eus
Tous tes remords encore tout crus
Les abrutis qui auraient mérité
Plus de répartie pour les insulter
Les plaisanteries perdues dans le temps
Car on n’a pas su cueillir l’instant
Tout ce qui part
Tout ce qu’on perd
Et qu’on croit mort
C’est un terreau
C’est berceau
C’est un oiseau
Qui couvre l’art qui s’égare d’une plume
D’un rideau rouge ou noir sous un feu qui rallume
Les vies perdues et insensées
Qui des planches vont repousser
C’est l’art de vivre
Et d’en être ivre
À vouloir d’autres pages aux livres
De nos existences amèrement douces
Pour prolonger la danse des évènements
Préférer tous et toutes
Le rêve au doute
La nostalgie, les jeux d’enfants
Quentin de Montargis et ses coups de vent
Les beaux moments de ton passé
N’ont pas à pourrir ou à s’effacer
Fais-en une épice amusante
Pour relever le goût de la tourmente
Fais de ces émois vieillissants
Un merveilleux buffet dansant !
Depuis toujours j’ai renoncé
À ce contour de mes pensées
Désormais je veux que ma vie soit faite
Des moindres conneries qu’il y a dans ma tête
Et me changer en personnage
Qui traverse les nuages
Quelqu’un qui part
Quelqu’un qu’on perd
Et qu’on croit mort
Sur un terreau
Sur un berceau
Sur un oiseau
Qui couvre l’art qui s’égare d’une plume
D’un rideau rouge ou noir sous un feu qui rallume
Les vies perdues et insensées
Qui des planches vont repousser
C’est l’art de vivre
Et d’en être ivre
À vouloir d’autres pages aux livres
De mon existence amèrement douce
Pour prolonger la danse des évènements
En transformant mes doutes
Et en rêvant ma route
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