Chant IV - L'after
Cercles inhumains
Cercles inhumains
« Attends ! Où tu vas ? On continue la teuf chez moi !
– Chez toi ?
– Bah oui, chiller quoi.
L’araignée ayant déjà pris Camille
Entre les fils de la discothèque
Le déplace tel un pauvre steak
D’une proie, comme pour ravir ses papilles
Elle le libère enfin, une fois dans son antre
Garnie de jolies lumières et d’invités
Des gens étranges à têtes de canidés
« Les amis, je vous présente Kelly. Allez, entre ! »
C’est un bien joyeux banquet
Tout du moins il semblerait
Rassemblés en petits paquets
Dans le noir on reconnait
Des chiens, des loups, des hyènes
En meute, qui se délectent
Des damnés qu’on leur amène
Et qu’ensemble ils déchiquètent
Isolée des groupes, une chienne errante
S’approche souriante de Camille
Elle est très belle et elle a l’air gentille
Ils se parlent, et il la trouve très marrante
Mais l’araignée, bondissant sur son dos
L’avertit en hâte du danger mortel
Qu’il encourrait à rencontrer ces crocs
Alors Camille laisse tomber la belle
« T’as bien fait de t'en éloigner
– Pourquoi ? Qu’est-ce qu’elle a bien de si dangereux ?
– Ton cœur, elle l’aurait saigné
– Mais, en lui parlant, j’étais heureux...
– Camille, les chiennes errantes comme elle
N’ont jamais le don des histoires belles
Regarde-la, tu peux déjà la voir
Qui renifle le cul d’un autre ignare
Et d’ailleurs, celui-ci est le petit copain
De sa meilleure amie, partie un peu trop loin…
Elle te promettait peut-être l’amour
Ou un peu d’amitié, à défaut qu’il rate
Ah ça l’amitié, elle l’a gâthe !
Comme tu vois, et l’amour est pour elle
Un discours de préliminaire, bagatelle
Qu’elle déforme et ressert
Sans en savoir le goût
Comme des biscuits secs
Qui restent dans le cou
Et les chiennes errantes comme elle
Sont maudites plus fort que les hyènes
Elle sera condamnée à la faim éternelle
Et ses mômes voués aux plus grandes des peines »
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Contre son torse
Il sent pousser
Comme une écorce
Qui vient glisser
Hors de ses manches
Entre ses hanches
La petite graine
Au tronc naissant
Devient ébène
En l’embrassant
« Et ben, elle a l’air de bien t’aimer.
- On dirait oui, mais... J’peux plus bouger »
Il essaie de se dégager
- Natacha, je suis désolé
J’aime que tu m’cajole
Mais je dois y aller
L’araignée dégaine soudain
Ses crochets et ses mandibules
Et tranche les branches qui pullulent
Puis recule et lui dit enfin
« Voilà ça devrait suffire, si tu veux partir »
Camille, affolé, ramasse les bouts
De brindilles découpées, à genou
En remplit les poches de sa veste
Et se relève en panique, preste
L’araignée le retient, interrompt sa cavale
Pour un tout dernier, précieux conseil amical
« Mais je te préviens, qu’elle repoussera
Elle repoussera, très vite, et sans fin »
L’araignée lui fait alors,
De sa plus belle soie
Un grand vaisseau blanc
Paré d’une large voile
Sans un mot, elle l’invite à bord et puis l’envoie
Lui et la caravelle vers le large, sur la voie
Qui mène hors des enfers
Là où Camille pourra se refaire