Cette œuvre est dédiée aux personnes qu’il faut oublier,
et à celles qu’on oublie trop.
Cette œuvre est dédiée aux personnes qu’il faut oublier,
et à celles qu’on oublie trop.
Vestibule de l'enfer
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Camille est dans le train et pense à plein de choses,
A plein d’idées en têtes,
Des idées bêtes qui ne valent rien
Mais qui l’affectent et qu’il retient
Il cause pas beaucoup dans les transports
Fait comme tout le monde, aucun effort
Il n’ose rien dire tout fort
Et surtout pas dans les transports
Chacun pour soi dans le train, chacun son train
Et bien que Camille ne crève d’envie
De dire ses rêveries aux gens
Le silence les torpille
Entre des petits écrans qui brillent
Il pense à la valise pleine à craquer
Et qui vacille, prête à chuter
Il pense au mec laissé à quai
Probablement bien dégouté
Il pense aux légions d’électrons
Qui tractent ces grands troncs d’acier
Il pense au fer en rotation
Aux vibrations de l’air brassé
Il aime songer indifféremment
Au pire et à l’insignifiant
Il les a tout autant à cœur
Il les trouve amusants. D’ailleurs,
Il pense au type qu’avait l’air dingue
Et son sac en forme de flingue
Qu’ils pourraient bien tous y passer
Mais Camille peut bien s’en brosser
Pour Camille la vie est une broutille
Un long couloir vide qui sourcille
Qui se tord et oscille
Entre mort et idylle
Soudain, sa poche gigote
Les pores de ses cuisses clignotent
Il s’administre une pluie d’aiguilles blanches
Qui scrollent sur lui
Taillent son œil en tranche
Camille, s’avance au seuil du cadre immense qui scintille
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Il réalise que sa séance de scrolling
Est surveillée par sa voisine
Il la regarde, elle n’évite pas ses yeux
(Bon dieu ! Quelle harde !) Se dit-il
(Faut qu’je file… Ça barde pour ma vie intime.)
Avant qu’il ait pu s’effacer
En feignant une envie de pisser
Elle lui assène quelques mots
Comme pour le sortir du sommeil
Il ôte son casque d’une oreille
Et il lui tend quelques neurones
Elle lui dit : « Salut Kelly. »
– Pardon ? Qu’il lui répond.
– Salut Kelly.
– J’suis pas Kelly. (Qu’est-ce qu’elle me veut ?
Elle m’fout les jetons...) Euh.. Je vais aller aux toilettes.
– Tu veux pas plutôt me suivre ?
– Ma parole, elle se croit dans un livre.
Elle a carrément pas l’air nette.
Cette détraquée le rend curieux. Il lui demande, d’un air peureux :
– Et... Où est-ce que tu vas ?
– L’étage du bas. Juste en dessous.
Tout ça a l’air complètement fou
Elle se lève et lui redit : « Tu viens Kelly ? »
Camille se lève malgré tout.
– J’suis pas Kelly
– Je sais. T’es pas comique.
– Ah, parce que c’est comique ?
– Ben oui… de répétition.
Comme deux croches d’une partition.
Ils cheminent et vont le long des lignes de moquette
Elle lui fait signe de le rejoindre aux toilettes
Ils entrent. La cabine est en fait
Un vieil ascenseur en bois
Dans un cadre en verre on voit
En lettres grasses, et c’est assez rigolo :
« Chi usa l’ascensore lo usa a suo rischio e pericolo.»