GARAT
Aujourd’hui de bonne heure et de bonne humeur nous étions 7 sur la ligne de départ dont 5 courageuses. Le temps plutôt frisquet nous rappelle que nous ne sommes qu’au mois d’avril malgré la canicule des jours passés et nous avons ressorti bonnets, écharpes et moufles.
Abandonnés par le couple présidentiel parti en goguette, c’est à Pierrette que revenait le rôle de directrice des opérations direction Garat. Circuit revisité, raccourci et déjà maintes fois emprunté : rue des gauchons, les varennes, trotte-renard, les carrières où nous avons admiré une famille caprine en pleine liberté. Puis arrivés à la ferme de chez Mery nous croisons le troupeau de petites vaches noires.
Comme à notre habitude une petite pause à mi-parcours nous a réconforté et nous avons repris notre périple à un train d’enfer mené par les hommes. Juste le temps de voir les jacinthes bleues des forêts tapissant les bords des chemins, les premières roses, iris, les grappes de lilas, un champ de colza en fleurs. Sur le retour, nous avons repéré un champ de lin où il faudra revenir dans quelques jours pour voir éclore les petites fleurs bleues.
Le chant du coucou a accompagné notre randonnée et même un malintentionné a remarqué que le groupe était plus silencieux que d’habitude ?
Arrivée à Touvre avec 10 kms au compteur en 2h30 de marche et une saine fatigue propice à une bonne sieste !
Nicole
Photos Pierrette
Marche Douce :
Aujourd’hui, nos pas nous mènent à Bunzac, sur le sentier de randonnée dit de la Femme Morte. Le soleil éclatant de la semaine passée a cédé la place à un ciel gris, mais cette lumière adoucie semble faite pour la forêt de Bois Longs. Elle lui donne une respiration plus profonde, une fraîcheur qui épouse parfaitement l’atmosphère de la Braconne, ce territoire de pierre et de silence où la géologie façonne l’imaginaire. Sous les chênes et les pins, la roche s’ouvre, se creuse, disparaît. Les anciens disaient que la terre y parle — et parfois, qu’elle avale.
Après un court passage sur la route forestière, dont le bitume fatigué se délite sans regret, nous nous enfonçons dans le cœur de la forêt. Les fleurs nous accueillent comme un parfum d’autrefois : clochettes bleues, muguet, sabots de Salomon… La nature se présente sous son meilleur visage, délicate et vibrante.
La première cavité apparaît bientôt : le Four du Diable. Un trou noirci où la lumière semble se dissoudre. Les charbonniers l’appelaient ainsi, persuadés qu’un feu éternel brûlait là-dessous, nourri par les âmes trop curieuses. Parfois, un souffle chaud remonte, comme une haleine venue d’ailleurs. Ceux qui osent y jeter une pierre disent n’entendre jamais le choc du fond, seulement un silence long, plus inquiétant que le bruit.
Nous quittons ce lieu chargé d’ombres et retrouvons sur le chemin les premières fleurs d’ail des ours. Leur apparition est un signe réjouissant. Le sentier nous conduit alors vers la Fosse de la Femme Morte, dont la légende flotte encore entre les arbres. On raconte qu’un soir d’orage, la terre s’y serait ouverte pour accueillir une jeune femme fuyant un destin trop lourd. Depuis, le gouffre garde son nom comme on garde un secret. La nuit, lorsque le vent glisse entre les chênes, certains croient entendre un souffle, un murmure, comme si la forêt se souvenait encore d’elle. On dit que la fosse n’a pas de fond, ou qu’elle mène à un monde où les pas ne résonnent plus. Mais tous s’accordent sur une chose : nul ne revient tout à fait le même après l’avoir approchée.
Un vaste champ d’ail des ours s’offre alors à nous, lumineux, généreux. La cueillette est bonne, les sourires se multiplient. C’est le moment de la pause : gâteaux, douceurs, café, poiré sortent des sacs. Quelques anniversaires se glissent dans cette halte joyeuse — merci à Françoise, Claudine, Rosy et Michel pour ces instants partagés.
Nous repartons, le pas léger, pour accomplir la suite de notre randonnée à travers les bois. Le chemin nous mène ensuite à longer la vallée du Bandiat, compagnon discret mais essentiel des sources de la Touvre. Nous évitons l’un de ses gouffres, puis retrouvons nos voitures, enchantés, le cœur réchauffé par cette nature exubérante, odorante, et par les légendes qui, une fois encore, ont accompagné nos pas.
Philippe
Photos Thérèse et Jacques