J4 : Mardi 1er février 2022
Finalement le coup de tabac annoncé jusque dans le sud des Alpes n’a pas réellement affecté le Queyras, du moins pas les environs de Montbardon. En revanche, il fait ce matin un froid sibérien (- 10 degrés !), ce qui ne nous empêche pas de programmer une nouvelle randonnée.
Dans ce but, nous rejoignons Ristolas, le village le plus éloigné dans la vallée du Guil, plus précisément le hameau de L’Echalp où la route s’arrête en cul-de-sac à l’entrée de l’espace nordique.
Sur le parking, une troupe de pisteurs armés de toutes sortes de râteaux est prête à entrer en action. Dans quel but ?
Pendant ce temps, nous préparons nos affaires, notamment nos raquettes que nous fixons sur nos sacs. Cette simple opération dans le froid polaire nous glace les mains au point de ne plus sentir l’extrémité de nos doigts, avant même notre départ.
Les pisteurs eux aussi soufflent dans leurs mains gelées alors qu’ils s’apprêtent à débarrasser les pistes de ski de fond des nombreux petits branchages qui les encombrent à la suite de la tempête qui a dû toucher cette vallée-ci hier soir ou dans la nuit.
Nous retrouvons ces mêmes « obstacles » (petites branches, brindilles, pommes de pin, aiguilles de mélèzes) sur tout notre trajet à travers la forêt. En plus, en raison des températures particulièrement froides, la neige s’est muée en glace et le sentier ressemble à ceci…
Heu non, pas à ce point-là, mais pas loin ! Ici il s’agit en réalité d’un ruisseau gelé 😉.
Néanmoins, entre l’état du parcours et celui de nos doigts complètement gourds, ce début de randonnée est plutôt douloureux. Au bout de quelques lacets de plus en plus glissants, il faut se rendre à l’évidence et chausser nos raquettes. Une opération qui sera finalement salvatrice puisqu’elle va aussi nous permettre de nous réchauffer efficacement.
La grimpette se poursuit, avec le soleil en prime, ce qui va enfin décider le photographe à ôter ses gants pour un premier shooting.
Vue sur la vallée et le hameau de L’Echalp
Quelques crapahutages plus tard, nous sortons la tête de la forêt, un peu étonnés de trouver ici un coin de gazon, certes jauni à cette saison, alors que les crêtes sont bien blanches sur le versant opposé. Face à nous, le sommet du Pelvas.
Nous replongeons provisoirement dans la forêt avant de déboucher, une vingtaine de minutes plus tard, à la lisière d’une vaste clairière (altitude 1995 mètres), couverte d’un épais manteau neigeux. A l’extrémité opposée on devine déjà les contours du chalet de la Médille alors qu’au centre du tableau se dresse majestueusement le Mont Viso (3841 mètres), sommet le plus élevé de la région, quoiqu’en Italie. Nous profitons de la vue et de la quiétude des lieux en l’absence de tout autre visiteur.
En passant à côté du chalet, en réalité une masure plutôt délabrée, nous découvrons ces inscriptions datant de 1869 ! Notre propriétaire nous avait déjà sensibilisés à la présence de ces pierres écrites, nombreuses dans la région.
Depuis l’alpage de la Médille, la randonnée peut être poursuivie jusqu’au lac Egorgeou. Il faut alors grimper en direction de ces magnifiques versants rocheux zébrés de neige.
Le passage est décrit comme avalancheux. Bien que le risque soit sans doute très faible aujourd’hui, nous ne nous y aventurerons pas, nous avons un autre projet pour ce midi : déjeuner au restaurant « Le Jamberoute » à Brunissard dont nous avons déjà testé la terrasse il y a deux jours.
Alors, zou, pas de temps à perdre si nous voulons arriver à l’auberge avant la fin du service. La descente sera encore plus délicate que la montée mais, à force, on finit par en venir à bout et à être de retour à la voiture à 12 h 30. En tout nous avons parcouru 4,3 kilomètres aller/retour en 2 h 45 (sans les pauses) avec un dénivelé de 245 mètres.
Avec du recul, nous plébisciterons la belle forêt de mélèzes et le magnifique belvédère final sur le Mont Viso.
Une demi-heure plus tard, nous voilà attablés au « Jamberoute », bien affamés après cette expédition et impatients de faire honneur aux plats de notre choix, tous délicieux. Pour moi, une entrecôte de veau aux girolles, pour Hervé un millefeuille de bœuf sauce au bleu. En dessert, un tiramisu et une glace.
Après un tel festin, il n’y a plus qu’à faire une sieste… pas trop longue quand même, car nous souhaitons découvrir une dernière curiosité, elle aussi recommandée par notre propriétaire et située à une dizaine de minutes à pied de notre gîte. Il s’agit de la fontaine de l’Oule qui bénéficie, nous a-t-on dit, d’une mise en scène particulière. Nous sommes curieux de voir de quoi il retourne.
Après avoir zigzagué entre les plaques de verglas et par moments rasé les murs pour éviter les glissades, nous trouvons un abri sous une voûte rocheuse fermée par une porte en bois. A l’intérieur, c’est l’obscurité, mais un interrupteur permet d’illuminer un petit bassin d’eau claire caché dans une grotte, en réalité une source sous roche qui alimentait le village et ses habitants.
Des habitants qui, au fil des siècles, ont laissé leurs marques gravées dans la roche, tout autour de la fontaine. Dans les différents messages, la lettre W placée devant des initiales revient souvent et serait, d’après ma documentation, l’abréviation de « viva ».
En dehors des pierres écrites, les abords de la fontaine recèlent également quelques variétés botaniques qui ont toutes un point commun, elles n’ont manifestement pas besoin de beaucoup d’espace pour s’épanouir !
Pin
Hêtre ?
Epine vinette
C’est sur ce constat que nous rebroussons chemin, satisfaits de nos découvertes de la journée, pour finir l’après-midi sur notre balcon à contempler la vue, toujours aussi spectaculaire, sur la combe du Guil et les crêtes alentours.