J5 : Mercredi 2 février 2022
Nous allons entreprendre aujourd’hui la randonnée la plus conséquente de notre séjour, à la fois en distance, en durée et en dénivelé. En effet, nous avons prévu de rallier le col d’Izoard, fermé à la circulation en hiver, mais ouvert aux skieurs de randonnée, aux raquetteurs ou aux piétons. Au-delà du col nous souhaitons poursuivre jusqu’au refuge Napoléon où l’on peut déjeuner.
Pour ce faire, nous rejoignons une nouvelle fois le petit hameau de Brunissard, plus précisément l’aire de stationnement à l’entrée du camping de La Draye. Par la route, l’aller/retour est de l’ordre de 16 kilomètres, mais il est possible de gagner quatre à cinq kilomètres en faisant l’aller par un sentier longeant le torrent de l’Izoard.
C’est l’option retenue dans un premier temps mais rapidement abandonnée, car l’itinéraire est difficilement praticable en raison de l’alternance de portions pierreuses et de plaques de verglas. Difficile de mettre et d’enlever sans cesse les raquettes ! Nous préférons renoncer avant de nous engager davantage. Le passage par la route nous semble plus sûr.
Le vrai départ se fait par conséquent à 9 h 40, les raquettes fixées sur le sac. Les premiers lacets de la route, complètement dégagés, surplombent le hameau de Brunissard. La route continue ensuite à serpenter dans la forêt de pins et de mélèzes et, en prenant de la hauteur, nous invite à porter notre regard sur les crêtes enneigées.
En principe la voie est divisée en deux, les skieurs de randonnée sont priés d’utiliser un côté, les randonneurs l’autre côté. Mais, en raison de l’enneigement discontinu, le parcours ne peut actuellement pas être emprunté par les premiers. Nous avons par conséquent tout loisir de naviguer tantôt à droite, tantôt à gauche, tantôt au milieu (non, nous n’avons pas bu 😉) pour rechercher le passage le plus adéquat.
Dans ces conditions, le parcours n’est pas spécialement exaltant, jusqu’à l’irruption, dans le ciel, de ce phénomène météorologique rare !
Il s’agit d’un nuage iridescent, composé de gouttelettes de glace ou d’eau qui diffractent la lumière, à l’image d’un arc-en-ciel.
Son allure de soucoupe volante au dégradé de couleurs pastel nous transporte dans une sorte de quatrième dimension. Pour peu, on s’attendrait à voir apparaître de « petits hommes verts » ! Pourtant, on ne croit pas si bien dire !
En effet, au bout de quatre kilomètres, le décor change du tout au tout. Finie la forêt, nous débarquons sur une autre planète, dans un paysage lunaire fait de gypse friable et de cargneules jaunes et orangées où d’inquiétants monolithes jaillissent des pentes d’éboulis. Bienvenue à la Casse déserte, 2200 mètres d’altitude, qui n’est pas sans nous évoquer les alentours du Teide à Tenerife, la neige en plus !
L’absence de végétation permet au vent, plutôt modéré jusqu’à présent, de redoubler d’intensité à cette altitude. Une fois la Casse déserte dépassée, nous devons affronter des rafales tempétueuses qui vont compliquer notre progression. A l’approche du col, le vent en balayant la neige transforme la route en patinoire. Nous sommes obligés de chausser nos raquettes pour ne pas déraper, d’autant qu’Eole tente de nous jeter à terre à chaque nouvelle rafale.
Le blizzard nous cingle le visage alors que nous franchissons le col d’Izoard sur les coups de midi. Dix minutes plus tard, nous atteignons enfin le refuge Napoléon. Deux heures et demie pour monter ! Nous sommes plutôt satisfaits de notre performance.
Contrairement à ce que nous pensions et alors que nous n’avons pas vu grand monde en cours de route, il y a foule au refuge. En effet, il existe un autre accès depuis Cervières et le hameau du Laus qui, lui, est beaucoup plus emprunté car plus enneigé. Dans ce cas de figure, pour le retour, le refuge peut même prêter des luges aux randonneurs y ayant réservé un déjeuner.
Comme nous n’avons pas de réservation, nous ne pouvons pas déjeuner à l’intérieur du refuge, mais sur la terrasse, heureusement relativement abritée du vent. Un tagine d’agneau-pays et une part de tarte aux myrtilles vont nous réconforter après l’effort, avant de reprendre le même itinéraire pour le retour.
Le vent ne s’est pas calmé et les raquettes sont toujours nécessaires pendant la première moitié du trajet. Ensuite, nous terminons comme à l’aller, sans raquettes.
Un dernier coup d’œil, en passant, à la Casse déserte !
Fin de notre expédition vers 15 h 30, soit au bout de 6 heures dont une heure de pause au refuge, 17 kilomètres et un dénivelé de 800 mètres. Nous sommes ravis d’avoir effectué ce prestigieux parcours qui est également une étape mythique du Tour de France !
Après une telle prouesse, nous méritons bien un nouveau bain dans la piscine !