Or, le gendre d’Auguste a un frère, Camille Buffardel, qui pourrait peut-être s’avérer un bon parti pour la fille d’Aimé ? Marcelle est bien jeune (18 ans) mais fau en parla au fenne (il faudra en parler aux femmes).
La grand-mère Louise Plèche réfléchit, hésite, se renseigne. Elle ne veut pas donner sa fille au premier venu. Il faut que « la famille ait du bien ».
Finalement, les jeunes semblent se pla
ire, les familles s’apprécier, l’affaire est conclue. Les fiançailles ont lieu à Die : De La Motte, on vient en « jardinière », en changeant de cheval au relais de Prémol. Mais peu après le col, un orage éclate. Marcelle avait une belle tenue rose, avec un chapeau assorti et la capeline s’effondre : déception...
Le mariage a lieu en juin 1922 à l’hôtel Monnier de La Motte. Marcelle a 19 ans et Camille, 28. Marcelle, en robe blanche avec un voile tenu par une couronne de fleurs d’oranger, a belle allure ; Camille aussi, avec sa petite moustache brune et son regard bleu perçant. Les jeunes mariés vont en voyage de noces au Château d’If, près de Marseille.
Yvette (« Vévée ») naît en 1923. Ce fut un bébé fragile ; notre grand-mère était persuadée qu’elle ne vivrait pas car elle avait « de l’entérite » !
Edmée, dite Mémée, naît en 1926, puis Édith ou « Didi » en 1929. Ensuite, on attendait un garçon ; ce fut une quatrième fille, en 1936 : Ginette (prénom cher à la tante Wursten, la tante de Maman) mais toujours appelée Josée.
Marcelle est jeune
pour assumer tout le travail de la maison avec ses enfants qui se succèdent (au désespoir de la Mémée Louise). Or, tante Wursten, dame de compagnie à Paris chez les Dobelin, où son mari était valet de chambre, perd son enfant à 1 an ; peu de temps après, son mari meurt de la tuberculose. Elle vient donc s’installer chez nous dans les années 1930, pour aider Maman et elle y restera jusqu’à sa mort en 1943.
Les repas de fêtes étaient fréquents ; ils se terminaient en général par des discussions politiques, des histoires de chasse et des chants de Maman : La prière d’une vierge, Le ciel est par-dessus le toit (Verlaine) Joyeux bambins, chers petits hommes, ne me parlez pas de la guerre, car ça fait pleurer les mamans…
Il y avait tous les ans la fête de l’école laïque, pour laquelle on nous faisait des robes neuves. Nous faisions des danses, des « scénettes ». Des chanteurs solistes venaient de Crest. L’arbre de Noël au temple, les séances de théâtre amateur à consonance « réformée » et surtout les mouvements de jeunesse avaient pour nous une grande importance.
Dans les années 30, il y avait à Die, région protestante, des manifestations anticléricales assez vigoureuses. Une fois, Camille et ses amis avaient barré les rues de Die avec des charrettes, pour s’opposer au passage d’une procession - interdite sur la voie publique – en faveur de la béatification d’un jeune, Guy de Fongalland, décédé de tuberculose à 13 ans.
Camille militait aussi à la « Ligue des droits de l’homme ».
En 1935, il est élu conseiller municipal, puis adjoint au maire, sur une liste de « l’Union des gauches ». L’apparition en 1936 des premiers « congés payés » (jeunes ouvriers parisiens venant camper au Martouret) posait question : être rémunéré sans travailler était difficilement compréhensible à la campagne... Entre Camille et Édouard, les discussions étaient parfois vives au sujet de Léon Blum (président du Conseil sous le « Front Populaire »). Quant à moi, j’ignorais alors ce que représentait ce personnage et je trouvais qu’il avait un drôle de nom !