En septembre 1939, la guerre est déclarée. Camille, qui était en train de refaire le plancher d’une chambre, doit laisser son travail alors que les vendanges commencent. Il est mobilisé à Lyon. Mais, étant père de 4 enfants, il est assez rapidement démobilisé.
1940, juin : l’armée allemande occupe Paris. C’est « la débâcle ». Le maréchal Pétain, président du Conseil, demande l’armistice. Les pleins pouvoirs lui sont votés par l’assemblée nationale. L’ « État français » remplace la République. « Travail-Famille-Patrie » remplace « Liberté, Égalité, Fraternité ».
Le 18 juin, de Londres, le Général de Gaulle avait lancé un appel aux Français pour continuer la guerre, appel qui trouva un certain écho chez Camille et ses amis diois.
Puis c’est l’exode. De nombreux « évacués » envahissent Die : la famille Bourotte de Dôle, Pierre Roux, la famille Shoug des Étangs (Lorraine) tout ce monde s’installe chez nous et chez Édouard, car nous pratiquions « l’hospitalité partagée ». Les Shoug resteront à Die pendant toute la guerre.
1941, 31 janvier : le conseil municipal démissionne. Il est remplacé par une Assemblée nommée par le préfet et dirigée par Maurice Vérillon. La « rue Nationale » est rebaptisée « rue Maréchal Pétain ». L’armée italienne occupe la région, mais d’une façon très sporadique et pacifique.
1942 : lorsque les Allemands envahissent la zone sud, à la suite du débarquement allié en Afrique du nord, Camille, comme de nombreux Diois, décide d’ « entrer en résistance » en aidant les juifs et les gens d’Europe de l’est qui sont pourchassés. Plusieurs maisons amies les accueillent.
1943, février : ce sont les réfractaires au S.T.O (Service du Travail Obligatoire) qu’il faut cacher. C’est ainsi qu’à la maison nous voyons paraître, puis disparaître plusieurs ouvriers. Nous écoutons régulièrement les émissions brouillées de la B.B.C « Les français parlent aux français », et suivons sur une grande carte affichée à la cuisine, l’évolution des armées sur le front russe.
Le ravitaillement pose problème chaque jour : pour payer le lourd tribut imposé par l’Allemagne, tout est rationné ; il y a des cartes d’alimentation, de vêtements, de charbon... La « Goutte de lait » distribue des rations de lait aux jeunes enfants. Il est très difficile pour nos parents de gérer cette pénurie, compte tenu de nos grandes tablées. Nos rations de pain sont pesées chaque jour et chacun a son petit sac. Heureusement pour les Diois, beaucoup d’agriculteurs parviennent à soustraire aux réquisitions une partie de leurs récoltes. C’est ainsi que souvent nous enfourchons nos vélos pour aller acheter des œufs à Boulc, du lait à Saint-Laurent, des volailles à Saint-Sornin...
C’est à cette période que Nadia, 16 ans, jeune réfugiée « russe blanc », est apparue à la maison ; je ne sais ni pourquoi ni comment (la discrétion était de rigueur). Elle a dû partager notre vie quotidienne pendant environ 1 an.