Antibiorésistance
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Antibiorésistance
« Les antibiotiques, c’est pas automatiques » est un adage bien connu, mais souvent incompris. Depuis 2002, la caisse nationale d’assurance maladie l’utilise afin de sensibiliser la population aux effets des antibiotiques.
Les Français sont parmi les plus gros consommateurs d’antibiotiques en Europe. Il est dans notre culture d’aller chez le médecin pour demander des antibiotiques, ou même de s’automédiquer. Cependant, cette pratique n’est pas sans conséquences, et je vous explique pourquoi !
Quand prendre des antibiotiques ?
Tout d’abord, il existe 4 types d’agents infectieux porteurs de maladies :
· Les virus (coronavirus, virus du VIH, virus de la grippe, etc…)
· Les parasites (gale, poux, toxoplasmose, paludisme, etc…)
· Les champignons (pneumonie, mycoses, etc…)
· Les bactéries, qui réunissent les coques (streptocoque, staphylocoque, etc…) et les bacilles (turista, tuberculose, coqueluche, choléra, etc…)
Or, les antibiotiques ne sont efficaces QUE CONTRE LES BACTERIES : il est donc inutile de prendre un antibiotique si l’infection est causée par un virus, un parasite ou un champignon.
Là où cela se complique, c’est que certaines maladies comme les angines, les gastro-entérites et les méningites peuvent être causées par des virus OU par des bactéries. C’est pourquoi, lorsque vous allez chez le médecin pour une angine ou une gastro, il ne vous prescrira pas nécessairement des antibiotiques, et heureusement !
Les bactéries fonctionnent comme des organismes miniatures ; elles possèdent de l’ADN, qui est libre dans une cellule. A l’inverse, les virus et les cellules du corps humain contiennent un noyau qui renferme l’ADN.
Pour fonctionner, les antibiotiques ont simplement à traverser la membrane de la cellule, sans avoir à passer dans le noyau, ils sont donc conçus pour cela ! Si l’on prenait un antibiotique pour lutter contre un virus, l’antibiotique n’aurait aucun effet puisqu’il n’est pas capable de rentrer dans le noyau pour avoir accès à l’ADN.
Comment fonctionnent les antibiotiques ?
L’antibiotique le plus connu : la pénicilline. Elle a été découverte par hasards par Alexander Fleming en 1928.
Les antibiotiques peuvent détruire les bactéries par 4 mécanismes :
· En faisant des trous dans la paroi de la bactérie ;
· En empêchant la bactérie de synthétiser la paroi bactérienne qui lui sert à produire de nouvelles cellules et à se disséminer
· En bloquant le fonctionnement de l’ADN (en entravant la synthèse ou en cassant l’ADN)
· En s’attaquant au ribosome (structure de la cellule qui produit les protéines nécessaires à sa vie et sa dissémination)
Chaque antibiotique a donc un mécanisme particulier, et on adapte l’antibiotique donné en fonction de la spécificité de chaque bactérie.
Et la résistance dans tout ça ? #le chant des partisans
Les bactéries, comme tout organisme vivant, ont une capacité d’adaptation importante. Selon le modèle de Darwin, cela signifie que lorsqu’une population bactérienne est exposée à un antibiotique, il demeure certaines bactéries isolées qui, grâce à une mutation, ne seront pas détruites.
Si ces bactéries parviennent à survivre et à se dupliquer suffisamment jusqu’à contaminer d’autres personnes, on assiste à l’émergence d’un variant bactérien résistant à l’antibiotique.
Il existe trois grands types de résistance :
· Destruction de l’antibiotique par la bactérie
= l’antibiotique est inactivé sans avoir eu le temps de se fixer sur sa cible. Pour comprendre cela, il faut visualiser un missile (antibiotique) qui serait envoyé sur un avion (bactérie).
L’avion peut éjecter un leurre, sur lequel ira se fixer le missile, sans attaquer l’avion.
· Résistance par modification de la cible bactérienne
= l’antibiotique ne peut plus se fixer sur la cible : camouflage de la cible.
· Résistance par modification de l’accès à la cible bactérienne
= l’antibiotique ne peut plus accéder à sa cible : bouclier.
Cet arsenal de dispositifs de protection à disposition des bactéries leur permet d’évoluer rapidement pour contrer différentes attaques. Certaines bactéries parviennent ainsi à développer des mécanismes de résistance contre plusieurs antibiotiques, on appelle ces bactéries des BMR : bactéries multi-résistantes.
A l’heure actuelle par exemple, 55% des souches de bactérie E. coli (intoxication alimentaire) sont résistantes aux pénicillines. Cela signifie que dans un cas sur deux, l’antibiotique n’aura aucun effet sur les intoxications alimentaires…
L'antibiogramme
Dans le cas d’une maladie grave, il sera important de savoir quel antibiotique donner au patient afin de le guérir.
Pour cela, le médecin peut prescrire un Antibiogramme ; qui évalue la résistance de la bactérie à plusieurs antibiotiques.
L’antibiogramme est réalisé en laboratoire biologique :
· Le biologiste va utiliser une boîte de pétri (support pour les bactéries)
· Il va ensuite enduire l’intérieur de la boîte avec le prélèvement du patient, qui contient les bactéries : les bactéries devraient donc se développer sur toute la surface de la boîte.
· Il va ajouter des disques d’antibiotiques différents à tester.
Lorsque la bactérie est sensible à l’antibiotique, elle se fera détruire autour de cette zone. Ainsi, plus la zone sans bactérie autour de l’antibiotique est importante, meilleur sera cet antibiotique pour traiter la maladie.
Sur la boîte ci-contre, on peut observer que 5 antibiotiques ont été testés contre une bactérie.
· Autour de l’antibiotique A, les bactéries sont présentes, la bactérie est donc résistante à cet antibiotique.
· Les disques de disparition de la bactérie sont plus nets autour des antibiotiques C, D et E. Cependant, la surface du disque E est inférieure à celles des disques C et D. La bactérie est donc moins sensible à l’antibiotique E.
· Finalement, il nous reste à choisir entre l’antibiotique C et le D : on choisira donc celui qui a le moins d’effets indésirables.
Pour plus d’informations, il est possible de suivre en temps réel l’évolution de la résistance des bactéries (article en anglais) :