Méthodologie collaborative :
Lors de la journée consacrée à la réalisation de cette synthèse, les artistes-médiateurs et artistes-médiatrices ont formé 4 équipes de lecture. Chaque équipe a reçu des copies papier de 2 pages web du dossier "les fruits de la formation-accompagnement individuelle" provenant de collègues des autres équipes.
Chaque équipe avait pour consigne d'identifier et de s'accorder sur 10 idées importantes issues de chaque page reçue. Une fois ces 10 idées résumées dans un tableau, l'équipe devait s'accorder pour attribuer une côte de 1, 2 ou 3 étoiles à chaque idée (dans la limite de 5 fois la même cote dans le tableau).
Dans un second temps, nous avons entendu chaque secrétaire de chaque équipe présenter leur synthèse avec possibilité d'intervention, de questionnement et d'enrichissement par tous les membres du groupe.
C'est sur la base de ces éléments et de l'enregistrement du temps de présentation que j'ai pris le risque de construire la synthèse des synthèses suivante, laquelle est soumise à la lecture critique de tous. Ces éléments viennent compléter ce que la formation théorique initiale avait proposé (voir "les fruits de la formation collective")
· La relation avec les artistes-apprenant·e·s
o Apprendre à se connaître dans une séance unique « comme si c’était fait pour durer »
o La créativité
§ Des « êtres en musique » et non pas des chanteurs et chanteuses qui imitent ou qui reproduisent.
§ Rester à l’affût
§ Transformer en forces les faiblesses
§ Laisser les artistes-apprenant·e·s mettre leur couleur personnelle
§ Se nourrir de la créativité des artistes-apprenant·e·s
§ Honorer, respecter la vulnérabilité de ceux qui acceptent de se livrer et partager leur vécu, leurs idées.
o L’exigence
§ Aider à prendre conscience de la nécessité de travailler pour progresser
· Professionnalisation : à discuter
· Pratique hors cours : à encourager en offrant les moyens
· Prendre le temps en restant persuadé que les progrès arrivent
o L’observation
§ Observer la progression. Utiliser pour cela la vidéo, la photo, l’écrit. Car la progression est parfois très lente et très discrète. L’observer c’est motivant.
§ Se demander : comment j’avance avec cette personne ? comment je lui montre ? … qu’est-ce que j’aurais pu faire ?
· Au sein de l’équipe d’artistes-médiateurs et artistes-médiatrices
o Des temps de partage et de soutien mutuel voire de formation-accompagnement
o Des collaborations
§ En duo
· L’un veille au collectif, à la conduite des activités
· L’autre fait des interventions de soutien individuel momentané
§ En visite
§ En équipe pédagogique
§ En associant des groupes / tous les groupes
· Dans la même discipline
· Dans des disciplines complémentaires (ex : conte + danse + chanson)
o La diversité des styles pédagogiques des artistes-médiateurs et artistes-médiatrices est une richesse que les artistes-apprenant·e·s connaissent et apprécient avec respect
· La conduite des séances
o Ambiance
§ Spiritualité, silence, groove…
§ Plaisir
§ Former le groupe
§ Pas de compétition
§ Vivre une relation
§ La synergie du groupe fait progresser chacun·e
o Déroulement
§ Toute la séance est un morceau de musique
§ Bien préparer les éléments de la séance pour mieux l’adapter aux circonstances, à l’imprévu
§ Installer des éléments de base structurant le déroulement d’une séance :
· Accueil
o Prendre le temps d’intégrer tout le monde
o Pour sentir l’état d’esprit de chacun·e
· Échauffement
o Pour chanter / jouer de tout son corps et de toute sa présence
· Pratique
o Répéter de nombreuses fois
o …Mais…
o Varier pour éviter la lassitude
o Trouver un équilibre entre l’effort cognitif demandé pour acquérir de la nouveauté et le confort donné par une phase reposant sur le connu, le déjà-là.
· Évaluation - autoévaluation
o Individuelle
o Collective
o Pédagogie
§ Clarté des consignes
· Peu de propos techniques mais bien choisis illustrés d’exemples et d’images
§ Concentration : ramener au corps, à la présence
§ Donner les moyens, modeler mais laisser place à l’initiative personnelle, donner des choix (autodétermination, agentivité)
§ Défaire les habitudes de peur de déplaire ou d’échouer
§ Faire des hypothèses sur les difficultés, expérimenter des variantes
§ Offrir des occasions aux artistes-apprenant·e·s de conduire une activité dans la séance
§ Favoriser l’autoévaluation pour développer la confiance en soi
§ Finalisation des activités au choix de chacun
· Grande scène
· Présentation plus intime (amis, famille, organisme…)
· Présentation au sein du groupe
· Simple pratique personnelle
§ Aide à la mémorisation / historicisation des apprentissages / accessibilisation des connaissances artistiques et culturelles
· Intérêt de la symbolisation
· Prise de notes, affichage, enregistrements, portfolio, etc.
o Collectifs
o Personnels
Commentaire 1 de JH sur le dernier point "Aide à la mémorisation / historicisation des apprentissages / accessibilisation des connaissances artistiques et culturelles" :
Les enjeux :
1. L'historicisation des apprentissages. Donner à voir ce qu’on est susceptible d’avoir appris. Pouvoir être fier de progresser et pouvoir le voir et le montrer.
2. La connaissance distribuée : rendre disponibles et accessibles des connaissances sur d’autres supports que la mémoire personnelle afin de permettre à chacun de les retrouver, de les apprendre à nouveau, etc. Créer une communauté qui rend vivant ce partage permanent de la connaissance. Il faut donc en varier les modalités.
3. La dignité des apprenant·e·s et la visée inclusive : on ne risque rien à proposer plus alors qu’à faire moins, on risque de niveler vers le bas. C’est important pour une personne de se sentir appartenir à une communauté dans laquelle par exemple, l’écrit existe. La personne qui ne sait pas lire, sait pourtant que ces signes veulent dire quelque chose à propos de quoi elle peut interroger quelqu’un pour compléter le peu qu’elle sait. Un état d’esprit communautaire ne réserve pas l’écrit à quelques-uns mais le partage entre tous, y compris avec ceux qui ne savent pas lire mais qui vont toujours pouvoir faire appel à un autre pour se faire lire. Ainsi, on a tous accès à la littératie, chacun selon son degré d’habileté. On crée ainsi du commun. Ces connaissances deviennent attractives pour d’autres.
Commentaire 2 de JH sur un autre point de discussion à approfondir :
La professionnalisation : qu'est-ce qu'être un·e artiste, un·e artiste professionnel·le ?
On peut tenter de clarifier les choses en distinguant les différentes situations et attitudes possibles des personnes par rapport à un art, une pratique artistique. Voici une première tentative à affiner :
Degré de savoir :
Ignorance de son existence
Connaissance de son existence
Désir d’en être spectateur
Appréciation d’en être spectateur
Appréciation d’en être spectateur connaisseur
Appréciation d’en être spectateur expert
Degré d'intention :
Intention d'en savoir quelque chose
Intention d’y être initié
Intention de le pratiquer
Intention d’y être reconnu comme artiste
Intention d’y être reconnu comme professionnel
Intention d’y être reconnu comme créateur
Degré de pratique et de maitrise :
Appréciation de le pratiquer / degré de satisfaction
Démarche d’initiation ponctuelle
Démarche d’initiation récurrente
Démarche d’apprentissage ponctuelle (formelle et/ou non formelle)
Démarche d’apprentissage régulière (formelle et/ou non formelle)
Apprentissage et pratique personnelle régulière (formelle et/ou non formelle)
Reconnaissance du statut d’artiste par des pairs et/ou par du public
Professionnalisation de la pratique
Obtention du statut d’artiste professionnel
Reconnaissance académique de la qualification pour enseigner cette pratique artistique
Reconnaissance publique de la qualité de créateur-innovateur