NOTE : Cliquez sur les titres de paragraphes pour développer.
En italique, les pistes, les éléments de réflexion à posteriori, des notions de référence, etc.
Cette activité de peinture et de teinture de tissus est basée sur les techniques de Tie Dye (https://fr.wikipedia.org/wiki/Teinture_par_nouage) et de Shibori (https://fr.wikipedia.org/wiki/Shibori). Je l'ai pensée comme une petite entreprise allant de la fabrication à la commercialisation d'une gamme de produits en passant par la création d'un logo, etc. Je prends des photos du processus et des tissus avant la transformation pour pouvoir en faire des présentations et donner à chacun un petit dossier qui gardera le souvenir de la démarche jusque après la vente des produits. Je mets aussi toutes ces photos sur Instagram (https://www.instagram.com/gangrambrou/) . Ils sont très fiers de ce qu'ils réalisent et désirent en avoir des photos.
Par la suite, il y aura aussi une initiation à la couture à la main ou sur machine à coudre car plusieurs ont montré de l'intérêt pour cet apprentissage.
On pourra aussi travailler sur les emballages, etc.
Les tâches deviendront très variées et chacun pourra y les choisir et y participer selon ses intérêts.
Quand je récolte les productions en fin de cours, les tissus sont pliés. Au cours suivant, je les redistribue aux participants pour qu'ils les déplient, qu'ils les ouvrent comme on ouvre un cadeau. Je veux voir leur réaction, voir s'ils aiment cette partie-là du travail parce que moi, j'aime beaucoup cela. J'ai remarqué que L., lorsqu'il a déplié son tissu, n'était pas très content parce que c'est tout froissé, alors qu'auparavant, je les leur rendais dépliés et repassés.
Ils vont de plus en plus vite pour la réalisation de chaque technique, alors, le dépliage, ça complète le processus. C'est une tâche qui apporte une variation. C'est une rencontre avec le travail fait lors de la séance précédente. Il se dégage une émotion pour chaque personne lors de ce dépliage. J. a été content, il l'a manifesté alors que d'habitude, il passe très vite d'une activité à l'autre. Il semble toujours pressé. Là, il a pris le temps d'apprécier ce qu'il a fait. M-E semblait au départ un peu fâchée de défaire les petits noeuds, on la voit jeter les pinces à linge. Ensuite, une fois le tissu déplié, elle est très fière de son travail. D'ailleurs, M-E a toujours l'air de râler au début. Lors des premières séances, elle a mis du temps pour m'accepter. Je lui disais "Bonjour", elle ne me répondait pas. Il faut être patiente et la laisser venir, à son rythme. Surtout qu'à d'autres moments, elle peut se montrer très chaleureuse.
Les personnes ont parfois du mal avec ce qui est nouveau et qui pose un peu de difficulté. Mais quand elles réussissent une fois, alors elles sont rassurées et elles prennent plus de plaisir. A la prochaine séance, cette action va faire partie de la routine.
J'ai observé cela aussi avec la peinture lors de la séance précédente. On utilise une peinture très liquide qui est difficile à diriger car on la répand avec des petits flacons à presser. Ça part un peu dans tous les sens. Ça les gêne de constater que ça n'est pas tombé exactement comme ils l'avaient prévu. Mais là aussi, tout le monde a fini par s'y habituer.
Chaque élément nouveau provoque un peu ce mouvement de recul. Et une fois l'expérience faite, tout va bien. Ce qui déstabilise, c'est la nouveauté. Ici, un support différent (tissu plutôt que papier), un médium différent (peinture très liquide), une technique d'application différente (flacon à presser).
Pour L. aussi, en constatant en dépliant le tissu que la couleur n'était pas exactement celle qu'il croyait obtenir, il y a eu un mouvement de déception. Mais une fois le tissus déplié entièrement, il a trouvé l'ensemble intéressant, il a pu apprécier et trouver que ce qu'il avait fait était beau.
L. et J. ont un très grand souci de réussir. Une crainte de ne pas avoir bien fait. Mais cela vient d'eux car pour ma part, je ne leur exprime pas d'attentes particulières quant au résultat car c'est une activité dans laquelle on ne peut pas "rater". Même si on est surpris, ça donne toujours quelque chose.
Vidéo ci-contre : le dépliage des tissus.
De la bouderie au plaisir !
Au sein d'un atelier comme celui que j'anime, il faut organiser les activités pour que chacun puisse aller à son rythme en passant d'une tâche à l'autre, d'un poste de travail à l'autre pour réaliser son ouvrage. Et je dois me rendre disponible successivement pour chacun selon le stade où en est sa réalisation. Dans des petits moments intermédiaires d'attente, certains sont plus autonomes pour réaliser une activité intermédiaire personnelle. J. se met à dessiner, L. joue sur sa tablette, etc. Pour d'autres, c'est plus difficile de passer spontanément d'une activité proposée à une activité autonome. Ce n'est pas toujours facile de gérer l'attention et l'intérêt de tout le monde.
Quand je planifie des tâches à réaliser, certains vont très vite, il faut donc avoir prévu d'autres tâches à leur proposer. Il faut éviter de les laisser sans rien à faire. Plus ils pratiquent, plus ils ont à l'aise et autonomes dans chaque technique que je leur montre. Quand je vois qu'ils avancent, j'essaie d'avoir prévu autre chose à leur donner.
Pour pallier cette difficulté dans l'organisation, lors de certaines séances, j'ai mis en place une organisation par postes. Plusieurs tâches différentes à accomplir en différents endroits de l'atelier. ça a plutôt bien fonctionné mais il y a aussi les limites imposées par la disponibilité du matériel nécessaire. Il faut accommoder les tissus disponibles avec les techniques auxquels ils conviennent.
Pour le moment, on fait le tour de toutes les techniques pour qu'ils expérimentent les différents processus de fabrication en vue d'en arriver à la technique la plus complexe qui est celle de la sérigraphie. Ensuite, chacun pourra choisir ce qui lui convient et qui lui plait le plus. Alors, on sera plus dans la répétition et le travail autonome.
Je n'ai pas encore envisagé de leur donner à faire le repassage des tissus. J'ai l'impression que ce serait dangereux. Je pourrais peut-être leur demander si certains le font chez eux. Ils en auraient peut-être envie. Je fais aussi très attention avec l'eau chaude qu'on utilise pour la teinture. De plus, cela supposerait des allers-retours supplémentaires entre l'atelier et le local où est stocké le matériel. Il serait préférable d'avoir tout le matériel sous la main au même endroit.
Il y a des établissements accueillant des personnes vivant avec DI/TSA dans lesquels sont proposées des activités d'entretien du linge comprenant le repassage. On n'y observe pas d'accident car on prend le temps de former les personnes et de les accompagner vers l'autonomie dans ce savoir-faire. Par ailleurs, il est certain que les personnes ont conscience du danger du fer et qu'elles s'en prémunissent spontanément.
Lors de la première séance, je me suis présentée, alors qu'ils me connaissaient comme chargée du suivi des consignes sanitaires et du nettoyage, pour leur parler de ce que j'avais déjà fait auparavant dans la mode. Je leur ai montré un catalogue avec des exemples de travail sur tissus. Cela les a aidé à comprendre que la même personne peut savoir faire différentes choses et que je pourrais les amener à découvrir une autre forme d'expression artistique. C'était aussi intéressant pour moi car j'ai compris qu'ils pouvaient me voir différemment. Certains autres participants viennent encore m'interroger : "Tu ne fais plus le nettoyage ? " C'est une transition pour tout le monde.
On peut aussi leur faire remarquer qu'eux aussi se font connaître sous plusieurs facettes : par le chant, par la danse, par le théâtre, par les arts visuels, etc.
Je ne leur ai pas indiqué de but à l'atelier. Je leur ai proposé une exploration des techniques. Le seul but, c'est de faire des produits qui pourront être vendus au profit de l'organisme à travers une boutique à créer sur Instagram (https://www.instagram.com/gangrambrou/). J'ai déjà commencé à y mettre des photos. Les participants à l'atelier ont donné des idées de produits à réaliser (sacs, torchons, etc.) et je coupe le tissu en fonction de ces projets. Je choisis des tissus qui sont adaptés pour chaque produit. Aujourd'hui par exemple, on a coupé des tissus en triangles pour des banderoles décoratives. J'ai hâte de les coudre pour qu'ils voient ce que ça donne.
A chaque technique, nous donnons un nom familier pour qu'ils les reconnaissent, ça facilite la communication si je dis : "On va faire la pieuvre aujourd'hui!" ou "On va faire l'avion...". On crée notre langage pour parler des techniques. J'utilise aussi les termes techniques "officiels" devant eux, mais pour l'instant je ne les entends pas les réutiliser, ou alors, ils utilisent un seul mot pour recouvrir plusieurs notions, par exemple Tie Dye (https://fr.wikipedia.org/wiki/Teinture_par_nouage) pour désigner aussi la technique Shibori (https://fr.wikipedia.org/wiki/Shibori).
Pour leur présenter ces techniques, j'ai fait un dossier avec des échantillons pour leur faire connaitre les possibilités. Sinon, ce serait trop abstrait de décrire seulement avec des mots. J'ai fait beaucoup d'échantillons pour leur montrer la diversité de ce qu'on peut faire.
Vidéo à gauche : le découpage des triangles pour les banderoles.
A droite : les pieuvres !
Vidéo à droite : l'avion.
Pour introduire aujourd'hui une nouvelle technique, j'ai pensé qu'ils ne pourraient pas voir ce qu'il y a à faire si je leur montrais de loin avec des explications uniquement orales. J'ai choisi de leur montrer à chacun à leur table. Je leur ai donné à chacun une feuille avec quelques photos qui présentent les étapes du travail. Et puis, j'ai commencé la manipulation avec chacun successivement car il faut réaliser deux mouvements qui ne sont pas faciles. Je savais que ce serait délicat à réaliser. Il me semblait qu'un support visuel à leur table les aiderait. Mais cette aide n'est pas utilisée ni efficace pour tous.
Cela donne une image du résultat mais cela ne permet pas de comprendre vraiment les gestes à faire. Des tutoriels vidéo pourraient aussi être utiles. Il en existe sur internet. On pourrait même en créer nous-mêmes. Cela permettrait de montrer ce qu'on sait faire et aussi de montrer une technique plus adaptée, plus accessible. On pourrait aussi correspondre avec d'autres groupes à propos de ce qu'on fait.
Le choix d'un vocabulaire simple et imagé est intéressant. Dans la situation, il faudrait prendre le temps de s'assurer que tous les participants savent ce qu'est "une chenille" et que c'est la caractéristique de sa forme et des plis de sa peau qui fait image. Un autre mot peut-être difficile : "froncer".
Je me doutais qu'il faudrait que j'accompagne plusieurs pour guider la réalisation des gestes. Une fois que c'est lancé, ça marche parce qu'ils ont le souci de bien faire. Dans cette séance, il a fallu pour plusieurs, défaire une partie de ce qu'ils avaient fait parce que ce n'était pas réussi. Puis le refaire en les accompagnant plus longtemps et précisément avant de les laisser continuer seuls.
On pourrait craindre que cela suscite du découragement ou des protestations mais il n'en a rien été. La qualité et la bienveillance de l'accompagnement sont importantes pour ces moments délicats : rappeler l'objectif, indiquer que ça va être plus satisfaisant au final, faire avec assez longtemps, commenter les gestes en attirant l'attention sur les points cruciaux de vérification visuels ou tactiles permettant une autoévaluation permanente de la qualité de son action, etc.
La difficulté de cette technique vient du fait qu'il faut réaliser un mouvement tournant, d'enroulement, et, simultanément, exercer une poussée transversale et mesurée du tissu le long du cylindre. Il faut parvenir à maitriser un équilibre des mouvements et des forces à exercer. Cela a conduit à défaire et refaire certaines portions de leurs réalisations. C'est utile dans ces moments d'avoir quelqu'un pour aider car certaines personnes se découragent si on n'intervient pas pour les soutenir dans un moment délicat.
On pourrait aussi envisager une organisation par postes de travail où il y ait à certains postes des choses nouvelles à apprendre à réaliser et d'autres où on trouve des activités déjà bien maitrisées pour les réaliser en autonomie.
On pourrait aussi organiser le travail par équipes de deux afin de disposer de "quatre mains" jouant des rôles complémentaires sur la même réalisation.
Le fait de ne pas pouvoir se rassembler en ce moment est problématique aussi car en se mettant tous à la même table, il y aurait un "effet domino" par imitation des voisins et aussi on pourrait miser sur de l'entraide entre eux pour réaliser les gestes.
Pour certains gestes, dans les séances précédentes, j'ai pratiqué avec eux, en simultané. Je fais et je montre ce que je fais. Mais là, j'ai pensé que ce serait trop difficile et qu'il fallait que je reste totalement disponible pour les aider individuellement.
J'ai aussi remarqué qu'il fallait pratiquer ces techniques plusieurs fois dans différentes séances pour qu'ils mémorisent les gestes. C'est un des intérêts de cet atelier que de permettre d'apprendre une grande diversité de gestes.
Aujourd'hui c'était un travail préparatoire. La prochaine fois, on passera à l'utilisation de la teinture.
Vidéo à gauche :
introduction d'une nouvelle technique, "la chenille".
Vidéo à droite :
refaire et accompagner pour une meilleure réussite de la tâche complexe.
Tout au long de la séance, j'observe attentivement les signes de fatigue, même si on peut voir qu'ils peuvent maintenir leur attention et leur concentration longuement sur une activité car ce sont des adultes. C'est assez variable selon les personnes et les activités.
Après une activité très exigeante en concentration et en accompagnement, je propose une activité soit déjà connue, soit basée sur des gestes faciles à apprendre et à réaliser. Cela permet à tous de se détendre, de se reposer et d'agir plus librement et de façon plus autonome à son rythme. C'est la raison pour laquelle dans cette séance, j'ai proposé l'activité de traçage et de découpe des triangles pour les banderoles car la mise en œuvre de la peinture à ce moment de la séance, ça demanderait trop de concentration et de précautions.
De plus, à mesure que des techniques sont apprises, je vais pouvoir offrir des choix libres d'activités.
A la fin de chaque séance, je leur demande ce qu'ils ont aimé, ce qui leur a plu. Ça m'aide à orienter mes choix pour les séances suivantes même si j'ai parfois l'impression que leurs réponses sont un peu automatiques et toujours très positives. Mais j'essaie aussi de sentir les choses à travers leurs comportements et leurs paroles pendant la séance.
L'évaluation de l'appréciation sur l'activité est importante. C'est aussi un moment où on peut favoriser la mémorisation. Ça peut commencer tout simplement en demandant de raconter les différents moments de la séance. Par quoi on a commencé ? qu'a-t-on fait ensuite ? etc.
Puis reprendre une des étapes, comme celle de la chenille dans la séance d'aujourd'hui, pour demander à quoi il faut être particulièrement attentif pour bien réussir. Passer de "je sais le faire" à "je peux l'expliquer à quelqu'un", d'un savoir faire à un savoir. Alors, la satisfaction vient non seulement d'avoir réalisé quelque chose, mais il s'y ajoute celle d'avoir appris quelque chose et de pouvoir en parler. Pour ceux qui ont des difficultés dans l'expression orale, il peut s'agir de commenter en pointant les objets, en pointant des dessins, des schémas, ou par exemple, pointer les endroits où on peut contrôler que la réalisation est bien réussie.
Cette démarche d'évaluation peut se réaliser en fin de séance, mais elle peut aussi ponctuer la séance lorsqu'on a fini une tâche ou encore, elle peut intervenir à la suite d'une séquence de plusieurs séances pour une récapitulation. Toutes ces temporalités sont complémentaires.
L'occasion s'est présentée de faire ces moments d'évaluation lorsque de nouveaux participants se sont joints au groupe. Il fallait que ceux qui avaient déjà réalisé des choses racontent comment ils avaient fait et répondent aux questions des nouveaux.
Par ces diverses pratiques d'évaluation, on fait travailler différents types de mémoire complémentaires : mémoire épisodique (celle des événements : je raconte ce qui s'est passé), mémoire autobiographique (liée à la précédente : je raconte ce qui me concerne : mon rôle, mes impressions, mes actions, etc.), mémoire procédurale ( je montre que je sais faire en faisant à nouveau avec de plus en plus d'aisance), mémoire sémantique (je peux délivrer un savoir général sur l'objet, en dehors des circonstances dans lesquelles j'ai appris).