Epistèmologie et Philosophie.

L’objet de l'homéopathie : le patient en tant qu’in-dividu vivant

Toute science se définit par un objet et une méthode. Si la méthode homéopathique est bien codifiée, malgré beaucoup de maladresses dans sa formulation, son objet est resté, jusqu’à ce jour, c’est le moins qu’on puisse dire, largement indéfini.

Depuis quelques années, j’ai fait plusieurs tentatives de définition de l’objet de l'homéopathie et j’en suis venu à penser, au fil du temps, que l’objet de l'homéopathie, ce que nous prenons en compte chaque jour, ce sur quoi nous agissons, ce que décrit notre sémiologie, est, tout simplement, le patient en tant qu’individu vivant.

1) L’objet de l'homéopathie est le patient en tant qu’individu vivant

Cette définition me semble tout à fait adéquate, précise et satisfaisante. Elle décrit précisément notre objet d’observation, ce sur quoi nous agissons, tout en étant entièrement recevable du point de vue biologique, médical et scientifique. Elle permet, aussi, de différencier et d’articuler, avec rigueur et logique, notre objet à celui de la biomédecine.

L’idée d’individu vivant contient trois dimensions essentielles qui résument parfaitement la démarche homéopathique, tout en constituant une définition scientifique et biologique recevable et intelligible par tous.

La notion d’individu exprime, très exactement, deux choses :

  • au fait d’être singulier, unique, différent de tout autre
  • au fait de ne pas être divisé, d’être in-divis, d’être uni.

L’idée de vivant, elle, renvoie à l’idée que le fait le plus fondamental, la caractéristique la plus essentielle des vivants, animaux et êtres humains, et qui les fait disparaître dès qu’elle disparaît, c’est qu’ils sont vivants, donc en train de vivre, à chaque instant (remarquons que la biologie est « science de la vie ») et pourvus de capacités naturelles d’homéostasie et d’auto-guérison.

Ces trois notions de singularité, d’unité ou globalité et de dimension vivante sont toutes trois corrélées et indissociables.

Dire de l'homéopathie que son objet est l’individu vivant, revient donc à l’inscrire en plein cœur de la réalité biologique. De plus, cette définition permet aux grands piliers de l'homéopathie de trouver, très simplement, une forte légitimité biologique et scientifique.

2) La singularité du vivant ou la légitimité de l’individualisation homéopathique

Chaque être vivant est toujours, la science l’a bien établi, qu’il s’agisse d’un animal ou d’un être humain, unique, singulier et différent de tous les autres représentants de son espèce et donc, par définition, singulier et unique en son genre.

Il apparaît donc biologiquement légitime d’étudier chacun dans sa singularité et, aussi, de lui prescrire un traitement lui aussi individualisé.

Ceci ne disqualifie pas, pour autant, les traitements plus standardisés et impersonnels de la biomédecine. Simplement, cela rappelle que, malgré leur efficacité, ils sont beaucoup plus éloignés de la réalité biologique que les traitements homéopathiques.

3• L’indivisibilité du vivant ou la légitimité de la globalité homéopathique

Le terme d’individu doit, aussi, être entendu au sens d’in-divis, racine latine signifiant impossible à séparer, à diviser. Un individu, c’est donc, non seulement un être unique et singulier mais un être qu’on ne peut pas séparer et diviser en « parties ». C’est un « tout ».

On voit, ainsi, que l'homéopathie qui appréhende le sujet malade en prenant en compte toutes ses manifestations, ses différentes fonctions et organes, symptômes physiques et psychiques mêlés, là encore, est dans une fidélité toute bio-logique au vivant.

Ici, encore, l’indivisibilité fondamentale du vivant ne disqualifie pas, pour autant, la démarche biomédicale. Car si le vivant est avant tout indivisible et forme un « tout », il n’en demeure pas moins que certaines fonctions, certains organes, certains paramètres biologiques possèdent leur part d’autonomie, qui peut être large. Poser un stent sur une artère bouchée est, également, légitime et obéit à ce que j’appellerai une bio-logique des « parties » constitutives du tout (mais auquel le tout ne se réduit jamais). De même pour un traitement substitutif par insuline chez des patients dont les fonctions endocrines sont gravement et définitivement détériorées.

Par où, on le voit, la complémentarité entre biomédecine et homéopathie s’impose clairement.

4• Puisque nous sommes, toujours, vivant, la sémiologie vécue homéopathique est, elle aussi, on ne peut plus légitime.

Le terme de vivant n’est pas équivalent à celui de mortel. En effet, mortel est un adjectif et l’individu, s’il est potentiellement mortel (ou ontologiquement mortel, c'est à dire qu’il sait qu’il mourra un jour), n’en est moins constamment vivant jusqu’à son dernier souffle. D’ailleurs, même mourant, il reste vivant ces derniers instants.

Vivant signifie, donc, ici, toujours «en train de vivre». Et il faut bien voir que le jeu des modalités homéopathiques, le recueil des sensations, celui des causalités sont autant de moyens d’inscrire, ou plutôt, d’observer l’inscription concrète et effective de toute maladie dans une expérience de vie, dans un vécu.

Malade, l’on vit moins bien, plus difficilement, plus douloureusement, mais l’on vit quand même. Et c’est cette altération du vivre, de la vie, par la maladie, que l'homéopathie prend en compte, très légitimement.

Ici encore, l’approche objectivante de la biomédecine n’est pas disqualifiée pour autant mais renvoyée à sa place, d’approche dérivée par rapport à la maladie en tant qu’expérience vécue.


5• Cette définition rappelle aussi qu’il est absurde de négliger les capacités naturelles d’auto-guérison du vivant.

Sans dénigrer, ni nier l‘extraordinaire intérêt des thérapeutiques allopathiques, cette définition très simple, et très précise, j’y insiste, de l’objet de l'homéopathie, permet de rendre toute sa légitimité au recours à des thérapeutiques, comme l'homéopathie, qui optimisent et favorisent l’efficacité du potentiel auto-curateur naturel. Et, là aussi, une complémentarité, évidente, apparaît.

6• Pour conclure.

La notion d’individu vivant me semble parfaitement définir l’objet de l'homéopathie et rend totalement compte de la légitimité scientifique de l’individualisation homéopathique, de la prise en compte de la globalité des signes et symptômes du patient ainsi que de la sémiologie vivante de l'homéopathie.

Cette notion, de plus, présente une grande clarté d’énoncé, elle est facilement intelligible et, derrière son apparente simplicité, voire banalité, elle inscrit, cependant, la démarche homéopathique dans une profonde fidélité à la réalité médicale et biologique.

Septembre 2019