Cécile Bédé, Reine Tournier, Alice Bories
Voici rapportées ci-dessous les bribes précieuses d'une conversation à bâtons rompus avec Maria AZAM, sollicitée comme témoin quotidien d'une époque et d 'un lieu géographique. Cette conversation, qui date de septembre 1997, constitue une partie d'autant plus émouvante de nos recherches que Maria AZAM s'est éteinte l 'année suivante.
Marius (lima pour l’état civil) AZAM était l'époux de Maria. ll a commencé à travailler dans les fours à chaux en 1905, dès l’âge de 14 ans. Il s’agissait des fours à chaux de Victoire GARDES, alors exploités par la Société des chaux de Talamas.
Marius AZAM n’a quitté ces fours qu’en 1927. Il a alors été remplacé par deux autres chaufourniers : MOUYSSET et un carmausin dont le nom n’est pas connu. Il arrivait que l’on dise encore “travailler chez Gardes” quand PALIÈS et CHASSIGNET, directeurs de la société de Talamas, avaient loué la carrière du Colombié (Le Moulin a vent) à Victoire GARDES. Plus tard, ce domaine a été acheté par la société de la Mine.
“AZAM” a travaillé avec Madame PALIÈS, aux fours de la route de Blaye : on peut encore les apercevoir en bordure de la départementale 90 entre Saint-Benoît et Blaye, sur la droite en montant, au niveau du dépôt de gravier de la DDE.
Après son départ de “chez GARDES” en 1927, Marius AZAM a loué les fours de La Feuillée. Ces fours étaient communément connus comme appartenant à RAYNAUD. En réalité ils étaient le bien de son épouse née CLERGUE. Pour la petite histoire, RAYNAUD était dit “loufat” en raison de ses manœuvres intempestives dans la conduite des premiers taxis. Quant à son beau-père, CLERGUE, d’aucuns le reconnaîtront certainement sous le nom de TESTAS.
Avant de pouvoir produire de la chaux sur le site de La Feuillée, Marius AZAM avait eu fort à faire : il lui avait d`abord fallu défricher, car il n’avait trouvé “qu'un tas de ronces” ; il avait dû aussi remettre les fours de TESTAS en état de marche : ils étaient en effet désaffectés depuis 1880.
A cette époque, se souvient Maria AZAM, le meilleur ouvrier gagnait 25 F. Le coke était fourni par les Mines de Carmaux. Quant aux explosifs (amorces, cartouches) ils arrivaient par caisses.
La conversation s'oriente à nouveau sur les fours “MOUYSSET”. Ils étaient situés à “La Guignerette” explique Maria AZAM, à côté de la maison qui appartient aujourd’hui à MAGNE (il s'agit d’ailleurs du gendre de MOUYSSET). Des maisons sont maintenant construites sur ce terrain à l’emplacement des fours. Les fours de TALAMAS ou fours de L’ADMINISTRATION sont alors évoqués ; au nombre de cinq sur ce site de la Départementale 90, ils étaient prolongés par des abris pour les animaux de trait.
Revenant à Marius AZAM, Maria indique qu’il a dirigé ces fours pendant 21 ans, jusqu’en 1954 environ. L’exploitation était familiale : Marius y travaillait avec Camille et Louis AZAM ainsi qu’avec le frère de Maria, Antonin MAFFRE. S’y ajoutaient des saisonniers.
Ces fours sont depuis 1959 la propriété de “BORIES” qui les utilise comme remise.
Marius AZAM est mort en 1958 des suites d'une insuffisance respiratoire. Pour Maria “La silicose lui avait épuisé le cœur. "