La carrière du domaine du Colombié,
autrement dit du Moulin à vent
(Antoinette et Jacques Sangouard, 13 octobre 2000)
Au carrefour des routes Albi - Monesties et Carmaux - Labastide-Haute - Vírac voisinent actuellement l’usine Bories et, en contrebas vers Blaye, les bâtiments agricoles du lieu-dit «Le Colombié>>. Sur le plan cadastral de 1811, l’ensemble est désigné sous le nom de << Moulin à Vent ›› et forme une seule et même propriété, «le domaine du Colombie>> (1). Outre les surfaces poly cultivées, ce domaine se caractérisait par des bâtiments d’habitation et d’exploitation de qualité avec notamment un pigeonnier en tour ronde isolée et massive, remontant pour le moins au XVIIème siècle, de vastes terrains de pierre calcaire pure, enfin non loin du «Grand Chemin» d'Albi, un four à chaux établi déjà en 1834.En 1673, cette métairie constitue une dépendance du château seigneurial de la Feuillée, demeure de Marie Anne d’Urfé (2). En 1811, elle est citée sur le cadastre comme appartenant à Hippolyte de Solages décédé la même année. En 1834, elle figure dans la succession du Vicomte François Gabriel, fils aîné de l'actif Chevalier de Solages (1710-1799). Ce dernier, vers le milieu du XVl1Ième siècle avait construit des fours à chaux à proximité de son château de la Verrerie, à la limite de Blaye et de Carmaux (3).Le 4 janvier 1843, les douze cohéritiers de François Gabriel de Solages vendent le domaine du << Moulin à Vent ›› pour la somme de 10.000 francs. Seul le four à chaux est exclu de la vente. L’acquéreur, Jean Pierre Honoré Gardes, est un agriculteur de Villeneuve sur Vère, marié à Jeanne Marie Victoire Fabre, originaire de la Soucarie à Labastide de Levis. Gardes décède en 1845 laissant un fils unique, Amenophis Joseph âge de dix ans (4). Amenophispoursuit des études à l’Ecole impériale d’Arts et Métiers d'Aix-en-Provence. Il meurt en 1862. Sa mère vivra encore quarante ans au Colombié. Après le décès précoce de son mari, Victoire Gardes (1816-1905)règle énergiquement 18.000 francs de dettes en réalisant les biens de Villeneuve, en particulier la maison familiale de Ristoulière. Pour les travaux agricoles, peut-être reçoit-elle l'aide de son beau-frère Joseph Louis domicilié aussi au Colombié.Vers la fin du siècle, la maison est tenue par une gouvernante, Arcelie Azam (5). C’est d’elle que Madame Maria Azam, de la Guignerette, tenait les archives centenaires de la Métairie, sources de notre connaissance des personnes, des lieux et des activités sur le site du «Moulin à vent›› de 1811 a 1905. La Veuve Gardes va assurer ses vieux jours en tirant parti de la richesse calcaire de sa propriété. Le 2 mars 1876 elle signe une convention avec Thomas, Chassignet et Paliès associés pour la fabrication de la chaux à Talamas et la Guignerette. Mme Gardes donne le droit d'exploitation de la pierre "sur le plateau du Moulin à Vent, dans les limites à savoir : au levant et au midi, le chemin de Carmaux ou de Saint-Benoît à la "Bastide Gabausse (6), à partir de la route départementale d'Albi à Monestiés, passant près du Moulin à Vent en ruine, jusqu'à la limite du terrain de la Veuve Gardes. A l'ouest, terre vendue à Roumégas. Au nord de la route départementale et un petit terrain appartenant à Augustin Béral (7) avec faculté pour les preneurs d'ouvrir sur le terrain affermé telles carrières qu'i1s aviseront. (...) Si l’administration des Ponts et Chaussées et 1'autorité compétente refusent de laisser traverser la route départementale par le chemin de fer à traction de chevaux qui doit aboutir aux car- rières, il serait facultatif aux associés de Talamas de ne donner aucune suite aux présentes conventions". Un accord du 9 janvier 1896 stipule le droit pour Thomas, Chassignet et Paliès de vendre aux Verreries les produits des carrières. A cette date, le terrain est affermé jusqu’en 1924 mais la Société Talamas le libère en 1900. Le prix du bail était à l’origine de 600 francs par an pour douze fours alimentés avec la pierre. <<S'i1 y avait plus de douze fours il serait payé un supplément de cinq francs par four et par mois>>. A des dates inconnues, le prix fut porté à 800 francs, puis à 900. Revenu honnête sans plus, qui équivaut grosso modo à la rémunération d`un chaufournier. Le montant d’une année paiera le tombeau de Victoire Gardes, encore en place dans le cimetière de Labastide Gabausse. Par miracle, du «domaine du Colombie» sont conservées la plupart des sépultures d'anciens propriétaires : la dalle funéraire de Marie Anne d’Urfé sur le sol de la nef de 1’ég1ise à Labastide Basse, le sarcophage de Gabriel Hippolyte de Solages et son épouse, Blanche de Bertier, supporté par de puissantes pattes de lion - seul vestige mobilier de style Empire dans le Carmausin-, sous le tumulus du cimetière de Sainte-Cécile. Ont disparu, les deux pierres tombales et les mausolées de Jean Pierre Gardes et d’Aménophis, qui par contrat revinrent au tombier de leur épouse et mère. La belle vasque en marbre blanc, bénitier de L’église paroissiale Notre-Dame, est un don de la «Veuve Gardes››. De nos jours, l’Usine Bories est située sur un emplacement voué depuis deux cents ans à la production de la chaux. Le <<Colombié››, jadis propriété d`actionnaires de la Société des Mines de Carmaux est rentré -après un demi siècle d`interruption- dans l’actif des Houillères d’Aquitaine.