Date de publication : Jun 13, 2014 6:20:1 AM
Voici un compte rendu de la journée Educ’Inspir du samedi 24 mai 2014.
Educ’Inspir est une initiative de Wake Up Schools France. Une journée sur le thème de l'éducation a lieu périodiquement à la maison de l'inspir, un petit monastère du Village des Pruniers en région parisienne, à Noisy le Grand. La prochaine journée aura lieu de 20 septembre. Retrouvez l'information dans la rubrique événements
Thème : La réconciliation : comment l’écoute profonde et la parole aimante peuvent aider à la résolution pacifique des conflits (quatrième Entraînement à la Pleine Conscience)
« Est-ce que j’évolue chaque jour ? Suis-je chaque jour un peu plus heureux, heureuse ? Suis-je en meilleure harmonie avec moi-même et avec les autres, autant avec les personnes qui me sont chères qu’avec celles que j’aime moins ? »
Thich Nhat Hanh (chapitre 7 du livre : « Prendre soin de l’enfant intérieur »)
« Pour s’en sortir, il faut d’abord rentrer chez soi »
Thich Nhat Hanh, lors des journées éducation à Barcelone.
Nous étions presque trente amis intéressés par le thème de l’éducation à ce cinquième atelier et la matinée a commencé à 10h par une méditation assise de 20 minutes sur l’enfant de cinq ans,
J’inspire, je me vois enfant, à l’âge de cinq ans;
J’expire, je souris avec compassion à l’enfant de cinq ans en moi.
Un enfant de cinq ans est toujours très vulnérable, facilement heurté, blessé. Un seul regard sévère de notre père suffisait parfois à nous plonger dans une profonde douleur. Un mot dur de notre mère pouvait creuser une profonde blessure dans notre cœur. Comme tous les jeunes enfants, nous ressentions beaucoup de sentiments, d’émotions, mais nous ne pouvions pas nous exprimer facilement. A présent, nous avons la possibilité de revenir à nous et de parler à notre petit enfant intérieur. Nous pouvons l’écouter et lui répondre directement. L’enfant de cinq ans qui se trouve en chacun, chacune de nous a besoin de beaucoup de compassion et de toute notre attention. Cet enfant de cinq ans est toujours vivant en nous et a besoin que nous prenions soin de lui, d’elle. Si nous reconnaissons sa présence et prenons le temps d’entrer en réelle communication, nous pourrons entendre ses réponses et, peu à peu notre enfant se sentira nettement mieux. Nous bénéficierons tout naturellement nous aussi de son mieux-être. Nous nous sentirons de mieux et mieux, de plus en plus libérés.
Moi, à l’âge de cinq ans
Souris avec compassion
(Cloche)
J’inspire, je vois papa à l’âge de cinq ans ;
J’expire, je souris à papa, enfant de cinq ans
Avant d’être un père, votre papa a lui aussi été un enfant de cinq ans, petit garçons très vulnérable. Sensible, il se sentait facilement blessé par votre grand-père ou votre grand-mère et par d’autres personnes. Si votre papa s’est parfois montré particulièrement sévère, violent ou exigeant, c’est probablement en raison de la manière dont il a été traité lui-même. Sans doute a-t-il été blessé quand il était encore un petit garçon. Si vous comprenez cela, vous ne ressentirez peut-être plus le besoin de vous mettre en colère contre lui car vous pourrez éprouver de la compassion pour lui. Peut-être pouvez-vous prendre une photo de lui quand il avait cinq ans et le regarder pendant votre méditation. Regardez-le enfant et , en inspirant et expirant, vous pourrez percevoir le petit garçon de cinq ans qui est toujours vivant en lui, et en vous aussi.
Papa, à l’âge de cinq ans
Souris avec compassion
[Cloche]
J’inspire, je vois maman comme une petite fille de cinq ans
J’expire, je souris à la petite fille de cinq ans qui est devenue ma maman
Quand ma maman avait cinq ans, elle était aussi vulnérable et fragile. Elle s’est parfois sentie facilement blessée, sans avoir la chance d’avoir un enseignant ou un ami pour l’aider à guérir. C’est ainsi que la blessure et la peine subsistent encore en elle, expliquant les moments où elle a sans doute manqué de gentillesse pour vous. Si vous pouvez voir votre maman comme cette petite fille de cinq ans, fragile, alors vous pourrez facilement lui pardonner avec compassion. La petite fille de cinq ans qui est devenue votre maman est toujours vivante en elle et en vous.
Maman, petite fille de cinq ans
Souris à maman, petite fille de cinq ans
[Cloche]
suivi d’un tour de connexion, où chacun(e) s'est présenté(e), a exprimé sa météo intérieure (comment il(elle) se sent ici et maintenant)
Après une brève présentation de la journée, nous avons pratiqué
Un exercice guidé d’écoute profonde 2 par 2 sur la nature de la (des) souffrance(s) que nous éprouvons, en lien avec un conflit que nous avons ou avons eu avec quelqu’un (parent, enfant, élève, collègue……)
Nous essayons d’identifier en nous la présence de formations mentales telles la colère, la tristesse, le désespoir, la peur etc…(nos sentiments, nos émotions et éventuellement nos besoins non satisfaits, comme le besoin de reconnaissance, de compréhension, d’affection etc….)
1- une personne s'exprime (3 minutes) pendant que l'autre pratique l'écoute profonde et compatissante en silence.
2- celle qui a écouté reformule (sans jugement ni interprétation) ce qu'elle a entendu, compris, et apporte son soutien, son réconfort.
Si elle croit avoir identifié des sentiments et/ou des besoins, elle peut en faire part à l’autre (3 minutes)
3- on inverse les rôles (3 minutes et 3 minutes)
4- chacun exprime à l'autre s'il s'est senti écouté, compris, soutenu....(1 minute et
1 minute)
Une amie a souhaité déposer au sein du groupe un cas concret de souffrance liée à un conflit, afin que des membres du groupe puissent proposer des solutions créatives, des pratiques personnelles, qui ont porté leurs fruits.
Chacun(e) a pu apporter son éclairage et ce fut très inspirant de participer à cette sagesse collective.
Une marche méditative au bord de la Marne, nous a permis de nous connecter à notre mère la Terre.
Elle fut suivie
d’un repas pique-nique en Pleine Conscience, puis
d’une relaxation totale, qui a bien détendu notre corps, pour lequel nous étions pleins de gratitude.
L'après midi a débuté par
un petit exercice d’arrosage des fleurs en duo :
1- on exprime de 3 à 5 qualités à son(sa) partenaire (2 min)
2- on inverse les rôles (2 min)
3- chacun dit à l’autre comment il se sent après avoir reçu ces compliments ! (1min et
1 min)
En grand groupe, les participants ont partagé à quel point il est précieux, voire « magique » d’être ainsi écouté profondément, sans jugement ni conseils, de sentir que l’autre est là pour nous à 100%.
L’effet « miroir » offre ainsi à chacun(e) l’opportunité de trouver en soi ses propres solutions.
L’exercice d’arrosage des fleurs a parfois été difficile à pratiquer, révélant ainsi nos énergies d’habitude, qui nous amènent à faire davantage de critiques que de compliments .à nous-mêmes et aux autres.
Ont suivi
des jeux de rôles/ sketches de conflits, dans un but pédagogique de résolution pacifique par les participants sous forme de théâtre forum.
Merci aux actrices qui se sont entraînées, afin d’arroser les graines de joie de notre enfant intérieur.
Merci également à celles et ceux qui ont bien voulu faire une proposition de résolution du conflit et la jouer.
1- Entre 2 enfants de 4 ans, qui veulent s’amuser avec le même jouet, une peluche par exemple.
Un participant jouant le rôle de parent peut intervenir comme médiateur auprès des enfants.
2- Entre une mère et sa fille adolescente : la mère essaie vainement de communiquer en rentrant du travail avec sa fille, entièrement absorbée par la musique qu’elle écoute avec un casque. Se posent également le problème de l’aide à la cuisine, des devoirs non faits et des couchers tardifs, alors que l’examen est proche.
3- Entre un élève et un professeur : l’élève interrogé par le professeur, n’a pas fait les exercices demandés et n’a pas apporté ses affaires en cours.
4. Entre 2 adultes, par exemple lors d’un entretien entre un parent et un professeur.
Nous avons ensuite pratiqué
Un nouvel exercice d’écoute profonde 2 par 2 sur la (les) souffrance(s) que l’on perçoit chez la personne avec qui on est en conflit (même conflit que le matin)
Le regard profond nous permet de prendre conscience que l’autre souffre aussi et nous essayons d’identifier ses formations mentales, et éventuellement ses besoins.
« Si je perçois la souffrance de cette personne et ce qu’elle vit, il y a alors place pour qu’émerge la compassion. Et grâce à celle-ci, la colère pourra se transformer, nous permettant de modifier notre façon d’être. Libéré de la colère, je cesserai d’agir dans l’intention de punir »
Thich Nhat Hanh (chapitre 7 du livre : « Prendre soin de l’enfant intérieur »)
Les mouvements de pleine conscience du Village des Pruniers nous ont permis de prendre soin de notre corps.
Quelques pistes vers la réconciliation ont été offertes, sous forme de citations de Thay extraites du livre « Prendre soin de l’enfant intérieur »
Nous avons ensuite eu l’opportunité de célébrer nos réconciliations en famille ou à l’école.
La journée s’est terminée par la présentation du magnifique site Wake Up Schools France et par les projets correspondants.
Un grand merci à Luc et à Pascale.
C’est une joie profonde de constater que tant d’initiatives vont dans le sens d’une éducation plus respectueuse des besoins de chacun(e) en France et dans le Monde.
Le dernier tour de connexion a montré que nous nous sentions certes fatigués à l’issue de cette journée très dense, mais aussi nourris, confiants en l’avenir, enthousiastes, remplis, voire débordants et heureux.
Extraits du livre « Prendre soin de l’enfant intérieur »
« Si nous avons la profonde intention de nous réconcilier avec notre famille et avec des amis qui nous ont blessés, nous devons avant tout prendre soin de nous-mêmes »
« Votre corps, vos sensations, vos perceptions ont besoin de vous, votre souffrance a besoin que vous la reconnaissiez. Revenez en vous et soyez là pour eux. Pratiquez la marche et la respiration en pleine conscience. Faites chaque activité en pleine conscience de façon à être vraiment là, et à pouvoir véritablement aimer. »
« Lorsqu’une personne vous fait souffrir c’est parce que cette personne souffre profondément à l’intérieur et que sa souffrance jaillit à l’extérieur. Elle n’a pas besoin de punition, elle a besoin d’aide. C’est le message qu’elle nous envoie »
« Quand notre main gauche est blessée, jamais nous ne nous énervons sur elle en lui disant « oh ! Quelle main stupide ! Comment as-tu pu faire cela ? »Au contraire nous lui portons naturellement toute notre attention de façon à ce qu’elle puisse guérir »
« En pratiquant la respiration consciente et en nous établissant dans le moment présent, nous sommes tout à fait à même de faire face à toutes les situations. C’est un peu comme savoir utiliser le gaz pour cuisiner et l’électricité pour chauffer la maison. Si nous ne connaissons pas suffisamment ces deux énergies, le gaz et l’électricité peuvent nous tuer. Nous avons appris à les connaitre, à les utiliser et à les maitriser. Inutile donc de nous faire du souci, ils ne nous font pas peur. Bien au contraire ! C’est exactement pareil en ce qui concerne cette autre personne que nous redoutons. Elle non plus ne veut pas nous faire souffrir. C’est notre propre incapacité à voir notre nature d’inter-être avec elle qui cause notre souffrance. Comme le gaz et l’électricité que nous devons connaitre un minimum pour les utiliser sans danger, nous devons apprendre à comprendre l’autre personne. Ainsi, si nous comprenons suffisamment son mode de fonctionnement, il n’y a plus ni danger ni souffrance. Cette personne n’a aucune intention de nous faire souffrir ni de nous blesser. Sans doute s’agit-il plutôt de grandes difficultés et de souffrances qu’elle porte en elle et ne parvient pas à gérer. Elle ne sait simplement pas comment prendre soin d’elle-même. Mais si nous en sommes conscients et connaissons un minimum le fonctionnement de l’autre personne, nous comprendrons de suite qu’il est inutile d’en souffrir. Avec cette prise de conscience, nous pouvons même l’aider à diminuer sa propre souffrance. Elle a surtout besoin de compassion et d’aide. Si nous parvenons à comprendre et à percevoir cela, nous nous protégerons automatiquement, nous ne souffrirons plus de ce qu’elle dit ou fait. Nous pouvons alors nous sentir portés par le désir de faire quelque chose – non plus réagir, mais répondre de façon à pouvoir l’aider à moins souffrir. La encore, la compréhension et la compassion nous protègent. Tout comme nous avons appris à connaitre les caractéristiques du gaz et de l’électricité pour en éviter les dangers possibles, nous pouvons apprendre à connaitre l’autre personne, reconnaissant sa souffrance et le fait qu’elle ne cherche pas à nous blesser. Elle souffre et nous devons l’aider. Nous sommes des humains libres et c’est pour cela que le bonheur est possible dans l’instant présent. »
« Dès que les hommes sont conscients de la souffrance engendrée par l’oppression politique et par l’injustice dans la société, ils sont en mesure d’arrêter ce qu’ils sont en train de faire et d’aider les autres à s’arrêter à leur tout pour amorcer une nouvelle direction, une orientation différente, qui ne détruira plus notre planète. Il est vrai que c’est notre conscience qui révèle notre anxiété et notre angoisse. Mais si nous savons comment utiliser cet éveil, cette pleine conscience, nous parviendrons à discerner la situation dans laquelle nous nous trouvons. Nous percevrons alors clairement ce qu’il est bon ou non de faire afin de transformer la souffrance, et ainsi de faire place à la paix, au bonheur et à l’avenir. »
« Nous savons tous que la paix commence par nous-mêmes. Mais nous ne savons pas toujours comment nous y prendre. Si nous parvenons à générer l’énergie de pleine conscience et que notre souffrance se transforme ainsi en compréhension et en compassion, alors la réconciliation pourra s’amorcer beaucoup plus facilement. Avant cela, c’est quasiment impossible. La fierté, la colère et notre peur de souffrir nous barrent la route. Mais avec la pleine conscience, la compréhension peut pénétrer le terreau de notre cœur, laissant alors jaillir le nectar de la compassion. »
Petit exercice proposé pour aider dans la résolution de conflits :
Tracer deux colonnes sur une feuille de papier, l'une avec un dessin d'un visage avec un sourire et l'autre avec un visage triste. Dans la première colonne écrire toutes les qualités positives que l'on peut reconnaitre chez la personne avec qui nous avons un conflit ou une difficulté, et sur l'autre colonne toutes les qualités négatives. La liste des qualités négatives ne peut pas être plus longue que la liste des qualités positives, par contre la liste des qualités positives peut être beaucoup plus longue que l'autre.
Bonne pratique!