2015 LYON

Urbanisme et Urbanistes en 2030

Les 38 intervenants des UE 2016

COMMUNIQUE DE PRESSE

Notre société traverse une période de profonds bouleversements : changements de modes de vie, de formes du travail, augmentation des temps libres, puissance des réseaux sociaux, impact de la mondialisation, instabilités politiques internationales, fin annoncée des énergies fossiles, changements climatiques… et localement, volontés émergentes de contrôle du pouvoir par la base et apparition de nouveaux modes de relation plus coopératifs, plus participatifs.

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Théâtres de ces changements, les villes, à la fois attirent et stigmatisent. Les métropoles renforcent leur rôle de locomotives régionales ; les villes moyennes, polarités secondaires, semblent trouver leur place dans l’échiquier. Les petites villes arriveront-elles à tirer leur épingle du jeu ? Quelle sera la ville en 2030 ? Pouvons-nous anticiper et imaginer le cadre de vie futur de nos concitoyens mais aussi des habitants des pays émergents ? Quels équilibres territoriaux s’installeront en France et dans le monde ?

A la jonction des sciences sociales et de l’aménagement, l’urbanisme ne peut se désintéresser de la prospective de la ville. A côté des urbanistes, un secteur associatif riche, rassemblant des professionnels, des usagers, des décideurs, est impliqué, à de multiples niveaux, dans le cadre de vie. Planificateur, animateur de démarches participatives, maître d’œuvre urbain, sous maîtrise d’ouvrage publique ou en maîtrise d’œuvre privée, formé en institut d’urbanisme ou en école d’architecture ou de paysage, géographe, programmiste, sociologue, chercheur, … aucune autre profession n’est aussi variée et intégratrice à la fois. Au moment où la profession se structure, se qualifie et cherche une reconnaissance, comment voit-elle son devenir au regard des évolutions du monde et de la société ?

Quelle sera la ville en 2030 ?

Quel sera l’urbaniste au service de la population et des décideurs de demain ?

Le Conseil Français des Urbanistes (CFDU) a fait du thème « Urbanisme et Urbanistes en 2030 » le sujet de ses 19ièmes universités d’été à Lyon les 27 et 28 Aout 2015. Etudiées par plusieurs groupes de travail, cinq prospectives sur le devenir de la ville semblent émerger : ville participative, ville fractale, ville des réseaux, ville solidaire, ville adaptable : ces scénarii seront étudiés en ateliers. Urbanistes du Monde, association partenaire de l’évènement, y tiendra son forum annuel le 27 aout, sur le thème « Quelles villes et quels métiers urbains en 2030 dans les pays du Sud ». En introduction aux débats, le sociologue Jean-Pierre WORMS, observateur attentif des associations, nous donnera sa lecture des résultats d’un sondage, lancé auprès de 1 000 associations, sur « la ville en 2030 ». Constantin PETCOU, architecte co-fondateur de l'Atelier d'Architecture Autogérée (AAA) et coordonateur du projet R-Urban et Alain RENK, urbaniste et architecte, chercheur, co-fondateur de UFO, apporteront leur éclairage professionnel et, en clôture, Thierry PAQUOT, philosophe de l’urbain, et écrivain, nous donnera sa vision de la ville en 2030 et des professionnels à son chevet. Enfin, Frédéric BONNET, Grand prix de l'Urbanisme 2014, nous parlera de la mission qui lui a été confiée et de sa demande vis à vis de la profession Urbaniste.

REVUE URBANISME, n° 398

Interrogations face à un futur obscur, par Antoine Loubière

L’université d’été des urbanistes organisée à Lyon les 27 et 28 août 2015 a été un bouillon de culture urbaine, ouvert sur les phénomènes mondiaux.

« Urbanisme et urbanistes en 2030 », tel était l’intitulé officiel de l’université d’été organisée à Lyon par le Conseil français des urbanistes (CFDU), désormais présidé par Philippe Druon, ancien directeur du CAUE du Pas-de-Calais.

Il n’est pas sûr que les professionnels présents (230 inscrits) aient acquis une vision claire de leur devenir à l’horizon 2030, mais ils ont été au moins plongés dans un bouillon de culture urbaine et ont pu percevoir des tendances à l’œuvre dans de nombreux pays grâce au forum d’Urbanistes du monde (cf. ci-contre).

En ouverture, après les mots de bienvenue de Corinne Tourasse, directrice générale adjointe des services de la Région Rhône-Alpes, ils ont eu droit à un exposé de vaste ampleur de Jean-Pierre Worms, sociologue de formation, ancien parlementaire, responsable associatif multicarte. Celui-ci ne leur a pas caché la difficulté de toute prospective : « Le changement s’accélère à tous les niveaux, mais l’obscurité règne sur ce qui va arriver ». Il a ensuite présenté des tendances lourdes d’évolution de la société et des courants porteurs de transformations, en s’appuyant sur les travaux de prospective de la Fonda

/1. Jean-Pierre Worms a ainsi mis en exergue le phénomène, plutôt négatif, de fragmentation, les mouvements généralisés de fluidité et de mobilité et un courant d’empathie, très présent notamment chez les jeunes, qui lui semble témoigner de « la constitution d’un univers de sensibilité partagée » à l’œuvre dans différents domaines. Parallèlement, il a souligné « l’incapacité des mondes universitaire, politique et associatif à travailler ensemble ». Ce « marginal sécant » le déplore vivement mais constate qu’elle perdure. Alors que « la crise culturelle des représentations » et « la crise de la démocratie, notamment dans ses ancrages territoriaux » appellent de nouvelles réponses qui ne peuvent naître que du croisement des multiples approches.

En écho à ces propos, Constantin Petcou, architecte (Atelier d’architecture autogérée/AAA), chercheur et sémioticien, a présenté des démarches de projet de « relocalisation », par exemple d’agriculture urbaine.

De son côté, Alain Renk, architecte et urbaniste, a plaidé pour que les urbanistes s’approprient les nouvelles technologies du numérique et les retournent contre les façons de les utiliser des grands groupes internationaux.

/2.DISCOURS PESSIMISTE

Lors de la dernière séance plénière, Thierry Paquot, philosophe de l’urbain, a été nettement plus réservé sur l’impact du numérique qui lui semble marquer un bouleversement anthropologique restant à penser. De manière plus générale, l’ancien éditeur de la revue Urbanisme a exprimé dans un exposé fleuve sa défiance à l’égard des concepts actuels comme les éco-quartiers. Au passage, il s’est gaussé des exercices de prospective menés depuis les années 1960, alors que sa propre intervention s’intitulait initialement «Retour vers le futur ». Il a insisté sur l’approche des temporalités de la ville tout en regrettant que les démarches des bureaux des temps ou des villes lentes « n’aient pas pris ».

Un discours globalement pessimiste dans le ton de son dernier ouvrage Désastres urbains /3 et qui laissait plutôt désarmés les professionnels. Au point que Frédéric Bonnet, qui intervenait pour la conclusion de l’université d’été, a paru un peu déstabilisé. Reconnaissant qu’il se posait lui-même des questions sur la légitimité de ses interventions comme urbaniste, il a ensuite embrayé sur la mission que lui a confiée Sylvia Pinel, la ministre de l’Égalité des territoires et du Logement, sur l’aménagement des territoires ruraux et périurbains. Il a notamment mis en garde contre le discours de l’urbanisme métropolitain axé sur la compétition et la concurrence entre villes et évoqué la nécessité de penser des « relations organiques en complémentarité » entre territoires.

Le lauréat du Grand prix de l’urbanisme 2014 n’a pas esquivé des « questions existentielles fondamentales », en faisant référence aux réflexions de la philosophe Chris Younès sur la « multi-appartenance ». Dans le contexte de cette université d’été, il est apparu comme un pôle de référence pour les praticiens.

Ceux-ci sont conviés l’an prochain à Dunkerque, lors de la prochaine université d’été, à réfléchir sur le thème « Savoir et transmettre l’urbanisme ».