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Conseil Français des Urbanistes

Lors de la 24ème Université d'été de Guise, URBANISTES, ENTRE UTOPIES ET "MONDE D'APRES", les urbanistes présents ont émis des vœux et des souhaits de nouvelles postures dans le cadre de l'exercice de leur métier. Ce texte est reproduit ci après.

MANIFESTE DES URBANISTES

de la 24e université d’été de Guise

A l’issue de l’université d’été, galvanisés par la richesse des échanges lors des ateliers, des étudiants, professionnels, élus, chercheurs et enseignants, ont formulé des propositions concrètes, innovantes et inspirantes qu’ils vont appliquer, dans leur pratique professionnelle, pour tendre vers la mise en œuvre d’une utopie du «monde d’après».

Les urbanistes, tous modes d’exercices professionnels confondus, sont convaincus que les réponses aux enjeux du « monde d’après » ne doivent plus se cantonner aux idées mais surtout devenir tangibles, visibles, concrètes, expérimentées, situées et inventives.

La vision globale de la situation actuelle et le concept d’établissement humain militeraient pour une présentation intégrée de ce manifeste.

Nous avons toutefois retenu une présentation décomposée par items, pour des raisons de clarté de lecture et d’affirmation. Leurs propositions sont ainsi organisées en 5 focus :

ÉCOLOGIE, SOCIÉTÉ, TERRITOIRE, ESPACE PUBLIC, MÉTHODE

ÉCOLOGIE... POSTURE... NATURE... CLIMAT... RESSOURCE... MATÉRIAUX… ÉNERGIE… FRUGAL… RÉSILIENT... CIRCULAIRE... TACTIQUE... COOPÉRATIF...

CONSIDÉRANT QU’IL FAUT :

ı Se saisir de la crise sanitaire comme d’une opportunité au changement positif des mentalités.

ı Prendre la Nature pour référence, appliquer les vertus thérapeutiques du bio-climatisme et pédagogiques du bio-mimétisme, des bienfaits du paysage naturel et de la renaturation.

ı Rester vigilant vis à vis du dogme de la croissance : Inverser la hiérarchie des valeurs, considérer le frugal comme une valeur positive.

ı Appliquer ce changement culturel dans les écoquartiers.

ı Calculer l’empreinte carbone de tout projet et raisonner coût écologique et compenser dans le bilan d’opération tout projet consommateur de CO2

ı Protéger la ressource en eau, éviter l’imperméabilisation et même désimperméabiliser.

ı Penser frugal et écologique : refuser les « approches profit » ou trop consommatrices de ressources.

ı Encourager les conceptions simples, utiliser des matériaux biosourcés, recyclés ou locaux.

ı Considérer d’abord l’existant, réhabiliter, reconvertir, raisonner empreinte carbone.

ı Promouvoir la transition, le renouvelable et les réseaux locaux d’énergie

ı Se détacher des logiques spéculatives qui enferment et asservissent, et revenir aux besoins fondamentaux

ı Identifier les freins psychologiques, structuraux, économiques qui freinent l’avènement de la ville frugale.

ı Privilégier le recyclage et la mutation des friches à toute extension ou consommation d’espaces, exploiter le gisement de l’habitat ancien et de son foncier,

ı Mutualiser les espaces, les équipements, les usages.

ı S’inspirer et partager les innovations et expériences frugales et créatives des populations.

ı Développer des solutions inspirées de la nature et du biomimétisme pour enrichir et équilibrer l’urbanisme, dans le respect de la biodiversité, du cycle de l’eau, des sols fertiles.

LES URBANISTES S’ENGAGENT A : Pratiquer un urbanisme cohérent avec l’urgence écologique, frugal et résilient pour produire des territoires plus organiques, attentifs au vivant, à leurs paysages et à leurs patrimoines.

SOCIÉTÉ... MODÈLE ECO… GOUVERNANCE… DÉMOCRATIE... ÉQUITÉ... CITOYENNETÉ… COLLECTIF... HABITANT… MODE DE VIE… CONSOMMATION...

CONSIDÉRANT QU’IL FAUT :

ı Inciter à la culture de la participation citoyenne dans sa diversité (langage, vulnérabilité, autonomie…) lors de l’élaboration des projets de la collectivité.

ı Se mettre au service de la population, joindre les différentes approches et repenser nos modes de faire pour la production d’un projet durable, équitable et socialement partagé.

ı Mettre l’écologie au centre des luttes contre les inégalités sociales, spatiales et environnementales.

ı Mobiliser l’intelligence collective et créative et l’ingénierie d’accompagnement

ı Ménager, dans les planifications et dans les opérations, des « espaces de non-programmation » afin de faciliter le développement des expérimentations.

ı Considérer la pratique d’un lieu comme expertise à part entière et produire avec et par les habitants un diagnostic d’usage et de besoins en matière de services et de commerces.

ı Inciter l’initiative de projets citoyens et d’habitants commanditaires et plaider les budgets participatifs pour les mettre en œuvre.

ı Faciliter la réflexion collective, incluant la joie et la sociabilité, pour définir les besoins essentiels en santé, éducation, communs…

ı Comprendre que la crise sanitaire a révélé des injustices en matière de qualité des logements.

ı Soutenir le déploiement et la facilitation des projets d’habitats participatifs.

LES URBANISTES S’ENGAGENT A :

Mettre l’urbanisme au cœur d’une démocratie socialement partagée en proposant aux citoyens des débats ouverts sur leur cadre de vie et son usage

TERRITOIRES... LOCAL… SPATIAL... VILLE... PÉRIURBAIN… RURAL...

CONSIDÉRANT QU’IL FAUT :

ı Comprendre les mutations touchant le travail, la communication pour imaginer une autre relation de l’espace avec le temps.

ı Considérer que les bassins de vie sont les échelles multipolaires pertinentes pour la mixité.

ı Échapper au risque d’une métropolisation barbare et affirmer l’intérêt d’un polycentrisme spatial et culturel générateur de mutualisation et de solidarité

ı Analyser et repenser le rapport Ville/Campagne dans un concept d’équilibre en « bio-région ».

ı Aligner les outils de planification et de gestion des territoires sur les bassins de vie.

ı Comprendre les nécessités de développement des petites communes concourant à une saine équité et à un juste équilibre territorial

ı Mettre en continuité Ville/Périurbain/Campagne par les trames écologiques et les utiliser pour les transports en mode doux.

ı Inclure le maraîchage dans les aménagements : en faire un projet social et alimentaire.

ı Doter les territoires ruraux d’une ingénierie forte, créative, ouverte et indépendante.

ı Réaliser dans chaque territoire des diagnostics de vulnérabilité intégrant les changements climatiques.

ı Revoir le mode de conception des lotissements d’habitation. Y introduire toutes les mixités.

LES URBANISTES S’ENGAGENT A :

Considérer et valoriser les opportunités, les ressources et savoirs-faire locaux, l’accessibilité, l’hospitalité du territoire d’études : Encourager le développement endogène des territoires en ignorant les concurrences entre collectivités.

ESPACE PUBLIC... PRATIQUES... MOBILITÉS... SERVICES… COMMERCES... QUALITÉ DE VIE...

CONSIDÉRANT QU’IL FAUT :

ı Réinvestir l’espace public pour en faire un lieu pour l’habitant, favorisant la participation et le débat citoyen.

ı Intégrer l’accessibilité en mode actif à toute réflexion et tout projet.

ı Réduire la vitesse pour apaiser et systématiser les zones 30.

ı Sécuriser le piéton et sanctuariser le trottoir, lui donner un statut juridique, développer la place du vélo et prioriser les modes les plus vulnérables.

ı Lier en modes doux toute zone d’habitat avec les services et lieux de travail en contraignant la place excessive de la voiture. ı Insister sur les bienfaits de la marche sur la santé publique.

ı Lutter contre la privatisation de l’espace public, lieu de l’expression et de la démocratie.

ı Prôner la multifonctionnalité de tous espaces, penser l’éphémère comme une opportunité et non par défaut.

ı Protéger le commerce de proximité, la plus proche entité du découpage territorial, ne pas le mettre en tension par des développements commerciaux périphériques démesurés.

ı Réaliser un diagnostic foncier de l’existant et de la vacance dans les centralités et l’exploiter avant toute extension.

ı Apaiser nos villes, les ralentir, penser et raisonner « slow cities ». Donner le droit à l’immobilité.

ı Privilégier la qualité des espaces de vie avant celle des réseaux de déplacement motorisés.

ı Répondre et corriger les sentiments de densité excessives rejetées par la population.

ı Donner l’accès, à tout ménage en appartement, à une parcelle cultivable.

ı Mettre en culture coopérative les terrains stériles aux pieds des immeubles collectifs.

ı Lutter contre le bruit, premier fléau ressenti et dénoncé par l’habitant.

ı Sanctuariser la place du végétal dans l’urbain.

LES URBANISTES S’ENGAGENT A :

Considérer l’espace public comme support d’équité sociale : y favoriser la participation citoyenne dans une dimension humaniste et conviviale

MÉTHODES… OUTILS… PROFESSIONS… PRATIQUES… FONCIER… FISCALITÉ...

CONSIDÉRANT QU’IL FAUT :

ı Considérer les positivités que nous procurent l’exercice de notre métier et les mettre au service d’une vision sociale partagée

ı Pratiquer l’humilité dans nos pratiques professionnelles et vis à vis des populations

ı Sortir d’une vision et d’une pratique linéaire du projet « début, milieu, fin de mission » et comprendre la permanence et l’évolutivité des situations

ı Revoir les modes de fonctionnement de nos structures pour permettre la transition et parfois la rupture

ı Proposer aux élus et décideurs un temps suffisant pour les études intégrant une large concertation

ı Mettre en place un observatoire de la commande publique

ı Accorder aux piétons, pour se rendre au travail, les mêmes incitations qu’aux modes doux

ı Considérer le commerce comme un service d’urbanité apporté à l’habitant avant d’être une source de revenus pour le bailleur

ı Modifier les politiques publiques pour encourager plus l’existant (prêts à usage, baux emphytéotiques) et moins la production neuve,

ı S’inspirer des modes de faire habituels et des expérimentations européennes

ı Dresser un observatoire des territoires mettant en exergue les opérations économes en ressources et sobres dans leur usage.

ı Oser remettre en cause des constructibilités accordées antérieurement et les compenser.

ı A l’image du « BIMBY », du « BUNTI » ou du « Ty+Ty », densifier doucement le tissu bâti en cohérence avec l’existant.

ı Revoir l’assiette de la taxe de financement des CAUE : la détacher des surfaces à construire.

ı Élaborer des documents de planification en respect de l’écologie urbaine et utiliser leurs potentiels. A l’opposé, oser l’urbanisme d’acupuncture, spontané et minimaliste

LES URBANISTES S’ENGAGENT A :

Renouveler leurs outils et leurs méthodes de travail pour proposer, en liaison avec tous les acteurs de l’aménagement, un service public de l’urbanisme et du droit à la ville et aux territoires