L'article, centré sur l'adoption des outils numériques dans les Hautes Écoles belges francophones après la crise sanitaire, révèle que la pérennisation de ces pratiques dépend d'un ensemble complexe de facteurs contextuels. Les principaux moteurs d'intégration sont l'impulsion des politiques publiques (via le financement RRF pour l'équipement et l'engagement de technopédagogues) et l'émulation entre pairs. Néanmoins, cette dynamique est freinée par des obstacles majeurs, notamment le caractère temporaire de ce financement qui met en péril la stabilité des postes de soutien, le manque d'une stratégie de formation globale et durable pour les enseignants et les étudiants, ainsi que l'existence de fortes disparités en ressources et en infrastructures entre les établissements. Si les enseignants perçoivent le numérique comme une opportunité pour l'individualisation de l'apprentissage et la diversification des formats, ils s'inquiètent simultanément des risques d'isolement des étudiants, de la perte du lien humain et de l'aggravation des inégalités numériques. L'étude conclut ainsi à l'impératif d'un soutien institutionnel fort pour garantir une adoption équitable et durable, où le numérique sert de complément réfléchi aux méthodes pédagogiques traditionnelles.
L'adoption des outils numériques dans l'enseignement supérieur, qui fut d'abord une réponse d'urgence ponctuelle (soutenue par des financements temporaires comme le RRF), en un modèle hybride structurellement intégré et durable. Le point crucial est que l'investissement ne doit plus se limiter à l'achat de matériel, mais doit se concentrer sur la pérennisation des fonctions de soutien (notamment les technopédagogues), l'intégration obligatoire de la formation aux compétences numériques pour les enseignants, et la reconnaissance institutionnelle de la charge de travail que représente la refonte des cours. Faute de ces investissements structurels et humains à long terme, les pratiques hybrides resteront fragiles et risquent de s'effondrer ou d'aggraver les inégalités existantes, au lieu de devenir un levier de transformation pédagogique