“Petite Fille”
Mayalen Weiss-Rouillon
Ce matin-là, je fus réveillée par un bruit sonore, désagréable mais habituel. Je tendis la main et j’appuyai plusieurs fois pour arrêter ce fichu réveil. Je me tournai vers la droite pour embrasser mon mari, mais évidemment, il n’était pas là. Je soupirai et me levai. Cela faisait maintenant deux ans que nous étions mariés, un jeune couple de trentenaires travaillant à temps plein. Mon mari, lui, était policier, et il travaillait beaucoup pour pouvoir engranger des heures de repos. Moi, je venais de finir mes études en chirurgie. Je n’avais pas vraiment commencé à travailler, mais j'appréciais déjà ce métier. Je sortis de ma chambre et allai directement dans la salle de bain. Je pris ma douche, me maquillai et je finis par m’habiller. Je regardai l’horloge. Sept heures dix. Il me restait cinquante minutes avant le début de mon service. Je me dirigeai vers le salon et ne pris pas la peine d’ouvrir les volets. J’allumai juste la lumière, me fis un café et deux tartines de pain. Je déjeunai seule devant les informations, dans le silence agréable du matin. Sept heures cinquante-cinq. Je pris mon sac, mes clés et mon téléphone. J’ouvris la porte et me figeai.
Le quartier avait disparu.
Le noir et le silence triomphaient autour de la maison.
Rien.
Je ne vis rien.
Le chien du voisin, la fille du maire, le facteur pervers et l’adolescent gothique, rien.
Ils étaient tous partis.
Le vide total régnait dans une atmosphère à glacer le sang.
Les yeux écarquillés, je reculai et me tournant pour ne pas tomber, je me retrouvai face à face avec quelque chose de terrifiant. Une sorte de petite fille aux yeux identiques à deux billes noires. Des larmes de sang frais coulaient sur ses joues blanches et abîmées. Elle dégageait une aura effrayante et sombre.
Je me sentis trembler de la tête aux pieds. Malgré la panique, je repris mes esprits et lançai la première chose qui me tomba sous la main. Malheureusement, mon peigne n’eut pas un grand effet. La “chose” se rapprochai lentement à cause de sa jambe cassée qu’elle laissait traîner derrière elle. Horrifiée, je me précipitai vers la cuisine pour prendre un objet ayant plus d’impact qu’un simple peigne. Elle se trouvait maintenant devant la porte, et moi en face. Je lui jetai alors un gros verre qu’elle évita sans aucune difficulté. Il passa à travers la porte mais je n’entendis aucun bruit de fracas. La petite fille ouvrit alors sa bouche en grand, me donnant une vue peu attrayante sur ses dents. Elles étaient cassées, pointues et couvertes de ce qui semblait être du sang séché. Je pouvais également distinguer entre elles des bouts de chair - que je n'espérait pas humaine. Je courus rapidement dans ma chambre et fermai la porte sans même regarder derrière moi. Mon coeur battait si fort que je ne fis pas attention à la “chose” qui se rapprochait.
Elle donna un coup de pied si impressionnant dans la porte qu’elle la fracassa. Je sentis ma peau se faire arracher par les griffes de la créature. Je tombai sur le dos au milieu de mon lit et tout devint noir.
Je ne vis plus rien,
Je n’entendis plus rien.
Tout avait disparu.
Je me réveillai sur mon lit, seule, dans une position désagréable. Mon horloge indiquait neuf heures. Je réalisai instantanément ce qui s’était passé. Je reculai vers le fond de mon lit et me mis en position de défense. Je ne pouvais pas prendre le risque de m’approcher de toutes les issues possibles de ma chambre. Après une dizaine de minutes, je décidai de me diriger vers la fenêtre pour observer l'extérieur, mais arrivée à elle, j’hésitai à l'ouvrir.
Et si elle était derrière ?
Et si le trou noir était toujours là ?
Malgré l’angoisse, je pris mon courage à deux mains et j’appuyai sur le bouton du store automatique.
…
Que …?
Tout le monde était là, occupé et joyeux.
J’en conclus que tout cela n’était qu’un rêve, ou plutôt, dans ce cas là, un terrible cauchemar.
Je me dirigeai vers la salle de bain pour changer mes vêtements trempés de sueur. Mais à l’instant où je regardai dans le miroir, je poussai un cri de terreur. Mes bras étaient recouverts de griffures, et vu la profondeur et la taille des entailles, elles n’avaient pas pu être causées par un être humain, mais bien par un animal. Je courus vers la porte d’entrée, mais n’osai pas l’ouvrir. Des tas de questions défilaient dans ma tête.
Qui était cette fille, ou plutôt, qu’était-elle ? Que me voulait-elle ? Pourquoi moi en particulier ? Où était-elle en ce moment ? Mais surtout, allait-elle revenir un jour ? Et si oui, comment me préparer à son retour ?
Je compris que pour obtenir les réponses à ces questions, il ne fallait pas que je reste là, les bras croisés, sans rien faire. Je respirai un grand coup, posai ma main doucement sur la poignée, la tournai et ouvris avec précautions la porte. En regardant ce qui se trouvait au sol, je tombai à genoux, bouche bée… Le verre que j’avais essayé de jeter sur la fille, était là, brisé en milles morceaux.