Apprivoiser la frustration avec compréhension, bienveillance, amour et fermeté aide à grandir.
Apprivoiser la frustration avec compréhension, bienveillance, amour et fermeté aide à grandir.
Le bébé exige son biberon tout de suite, le petit exige son jouet en criant, c’est normal, car la frustration les met en tension. Mais quand ils grandissent, il est utile qu’ils apprennent à attendre, progressivement, qu’ils apprennent à exprimer leur désir sans devenir furieux si on ne les satisfait pas d’emblée, et plus tard, qu’ils apprennent à participer à la tâche pour obtenir satisfaction. Il faut les aider à se défaire de la « toute puissance » (vers 2 ans et demi - 3 ans).
La frustration est déplaisante, mais elle est inévitable dans la vie, donc il est utile de s'y préparer en l'apprivoisant car ce n'est pas grave, c'est juste une déception, une contrariété, ça ne doit pas être insupportable ! Apprendre à l'enfant à la supporter, mais sans le priver :
Eviter la privation
Etre en manque de quelque chose d’important, être insatisfait dans ses besoins, être en difficulté, en souffrance !
Ne pas confondre :
Il ne s'agit pas de frustrer l'enfant volontairement.
Il s'agit de ne pas lui éviter les frustrations et d'être présent pour l'aider et l'accompagner lorsqu'elles lui arrivent et ainsi mieux le familiariser avec la réalité.
Supporter la frustration
Etre amené à supporter des contraintes qui limitent ou réduisent une satisfaction : savoir attendre, savoir différer un plaisir !
On voit parfois des enfants qui ne supportent pas physiquement le refus : ils crient. hurlent, se roulent par terre, voire convulsent parce qu’on leur dit non ! C'est la peur que l’enfant souffre qui angoisse les parents (alors que pleurer, crier, se fâcher, ce n’est pas souffrir !). Ils ont aussi peur de déplaire, ou que l’enfant ne les aime plus ; ils redoutent qu’obliger leur enfant à quelque chose lui fasse perdre la confiance qu’il a en eux, alors qu’au contraire, l’enfant veut des limites.
L’absence de limites rend l’enfant tyrannique.
En cédant à l'exigence pulsionnelle des petits, on les laisse devenir tout-puissants et incontrôlables.
« Si vous me contrariez, je ne réponds plus de rien ! »
Quel parent ne finit pas par céder pour avoir la paix, pour sauvegarder un semblant d’harmonie ? Pour avoir aussi le plaisir de voir l’enfant satisfait, comblé grâce à lui, et peut-être reconnaissant ! (mais l'enfant risque alors de devenir manipulateur et complaisant) Peut-être les parents ont-ils eux-aussi du mal avec les limites qu’ils doivent poser : les supportent-ils pour eux-mêmes ? Les respectent-ils ? Car l’exemplarité est utile à leur autorité.
Notre travail éducatif, c'est de faire GRANDIR, donc apprendre à nos enfants à se limiter, à se contrôler, à se contenir.
Il s’agit de faire intégrer à nos enfants que :
nous avons tous le droit d’avoir envie, mais pas de passer à l’acte,
nous pouvons exprimer nos ressentis et nous devons contrôler nos comportements,
nous devons censurer les comportements qui sont interdits ou nuisibles.
C’est notre autorité éducative qui permet à l’enfant de passer du principe de plaisir au principe de réalité !
Passer du principe de plaisir :
Je suis le centre du monde !
J’ai tout ce que je veux !
Je le veux tout de suite !
Grâce à l'autorite éducative :
Cadrage indispensable à la socialisation de l'enfant pour qu'il apprenne à attendre, qu'il accepte les restrictions et les contraintes, pour l'accompagner en posant des limites et sans lui éviter les frustrations, avec compréhension, bienveillance, amour, et fermeté.
Au principe de réalité :
Je ne suis pas le centre du monde
Je n’ai pas tout ce que je veux
Je dois parfois attendre pour avoir quelque chose !
A l’adolescence, c’est le réveil de la toute puissance : le jeune a de nouvelles capacités, de nouveaux besoins à assouvir et cela dans une société de consommation où tant de tentations accessibles renforcent l’immédiateté, le « sans limite », le « On a droit à tout » !
Cela va à l’encontre de la construction de l’individu. Les ados (comme certains adultes d’ailleurs) risquent d'avoir des difficultés avec le manque et chercher frénétiquement à le combler, à apaiser l’angoisse : ils veulent avoir tout et tout de suite !
L’aventure familiale (ainsi que l’expérience de la vie collective) doit proposer l’apprentissage de la frustration, avec des parents ou des adultes qui ne « s’effritent » pas devant les exigences du jeune.
Face à un passage à l’acte d’un adolescent, on entend souvent les parents désemparés dire « Mais on lui a tout donné ! ». Justement ! La violence et la dépression sont souvent présentes chez les jeunes qui n’ont pas rencontré de limites structurantes.
Etre en conflit, vivre des désaccords, c’est inévitable en famille, et s’en sortir ensemble de façon respectueuse, c’est structurant : il ne faut pas vouloir annuler l’expression de la colère et de l’insatisfaction, voire l’agressivité, mais il faut exclure la violence ! Ne pas confondre autorité avec abus de pouvoir. Oser frustrer à bon escient et pour de bonnes raisons, avec tranquille fermeté..
A lire :
« Eduquer sans punir » Thomas GORDON (Poche marabout)
« Un enfant heureux » Didier PLEUX (chez Odile Jacob)
Véronique ANDRES – formation en efficacité relationnelle, pédagogique et managériale