J2 : Mercredi 15 octobre 2025
En 2022, nous avions déjà pas mal écumé la région, il reste néanmoins quelques nouveautés à découvrir, notamment le canyon que nous avons choisi de parcourir aujourd’hui, référencé par le guide Rother sous la dénomination « Boucle à travers la gorge de Pfeki ». Le village de Pefki se trouve près de Makrygialos sur la côte sud-est, ce qui signifie qu’il nous faut une petite heure pour nous rendre au point de départ.
Un arrêt s’impose sur la route juste avant d’atteindre notre destination afin de profiter d’une vue d’ensemble sur ce charmant village de montagne (alt. 380 m) blotti au milieu des oliviers et au pied d’un mont conique sur lequel trône audacieusement la petite chapelle de Stavromenos (= le Crucifié).
Notre randonnée débute, quant à elle, au pied du village où il est possible de se garer en bordure de route près du point de départ. Nous sommes tout seuls pour le moment (9 h 30). En sortant de la voiture, nous n’avons qu’à lever les yeux pour revoir de façon plus précise l’impressionnant cône rocheux surmonté par sa chapelle emblématique.
Cherchez la chapelle perchée au sommet de la montagne !
Notons tout de suite que Pefki Gorge se trouve sur l’une des étapes du sentier européen de grande randonnée E4 qui, en Crète, relie l’ouest de l’île (Kissamos) à l’est (Kato Zakros) sur une distance d’environ 500 kilomètres nécessitant trois à quatre semaines pour la parcourir dans sa totalité. Plus largement, ce sentier européen E4 débute dans le sud de l’Espagne, traverse la France, la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie, la Serbie, la Bulgarie, la Grèce (dont la Crète) pour finir à Chypre, soit plus de 12 000 kilomètres au total.
Revenons à présent à notre modeste étape durant laquelle nous allons commencer par suivre le sentier E4 à travers une belle oliveraie où quelques spécimens sans doute pluricentenaires ne peuvent échapper à notre attention.
En dehors des oliviers, nous passons aussi devant quelques vergers où grenadiers, orangers et citronniers croulent sous les fruits. Un environnement propice à l’installation de ruches comme nous pouvons le constater sur le coteau en face. Plus loin, la présence de fontaines et d’un ancien moulin à eau témoignent que l’exploitation de ces collines ne date pas d’hier.
Peu après, les oliviers laissent progressivement la place aux pins (Pefki signifiant pin en grec) dont les senteurs boisées ravissent nos sens. Avec l’apparition des premières parois rocheuses, le canyon commence à prendre forme même si, pour l’instant, le chemin s’étire d’abord sur son rebord supérieur.
Ses contours se confirment au moment où notre regard porte, par-delà la gorge, sur la mer de Lybie au loin.
A proximité d’une fontaine (alt. 303 m), le chemin se divise. A partir de là, nous prenons à gauche, en descendant de façon plus franche dans le lit de la rivière à sec à cette saison. Tout droit, c’est le chemin par lequel nous reviendrons. Dans la gorge, nous trouvons toujours des pins, mais aussi des platanes d’Orient, des caroubiers, des lauriers (mais plus en fleur en cette saison) ainsi que de nombreux arbustes buissonnants. Bref, un environnement très verdoyant !
Les parois rocheuses à l’aspect crayeux du début ont cédé la place à des falaises aux teintes rougeoyantes d’une centaine de mètres de hauteur.
Si le parcours est facile à suivre et bien balisé, il y a néanmoins deux ou trois obstacles à franchir dans le fond de la gorge : d’abord un gros rocher couché en travers du chemin sous lequel on se faufile en se baissant beaucoup, puis deux escaliers métalliques permettent de venir à bout de deux passages escarpés.
Une fois ces « difficultés » passées, il n’y a plus qu’à profiter du paysage, heureux mariage entre le dégradé de rouges des murailles rocheuses et la palette de verts de la végétation.
De par ses couleurs et son tracé, nous trouvons à cette gorge de Pefki un petit air de canyon américain, jusqu’à la présence de ce rocher en équilibre sur le bord de la paroi rocheuse qui nous évoque un certain « Balanced Rock ». En espérant néanmoins qu’il ne nous tombe pas sur la tête 😉 !
Au bout de trois quarts d’heure environ, nous atteignons la sortie de la gorge. Nous en profitons pour faire une pause et nous sustenter avant de retirer les rallonges de nos pantalons, car il fait chaud. Jusque-là, nous avions craint les égratignures, surtout moi.
Le chemin à présent plus large grimpe vers le côté occidental du canyon. Dans un virage serré, nous abandonnons définitivement le sentier E4 qui continue tout droit vers Makrygialios sur la côte sud. Nous amorçons alors, à partir de là, notre retour vers Pefki en longeant le côté ouest de la gorge d’où nous pouvons contempler sans modération le village dont la blancheur éclatante tranche radicalement avec la rudesse et l’aridité des montagnes à l’arrière-plan.
Nous bouclons la boucle à hauteur de la fontaine croisée plus tôt avant de reprendre le tronçon du sentier commun à l’aller et au retour.
Nous sommes de retour à midi, soit au bout de 2 heures et demie (pauses comprises) après avoir réalisé 5.6 kilomètres avec un dénivelé de 230 mètres. Le canyon bien qu’il soit plutôt petit n’en est pas moins intéressant à parcourir, d’autant qu’on peut le faire en suivant un circuit bien aménagé. A cette saison, sa fréquentation est très limitée (pas plus d’une dizaine de couples rencontrés). Nous sommes par conséquent ravis de cette première découverte.
Midi, c’est aussi l’heure de casser la croûte. Ce matin, sur la route entre la côte sud et Pefki nous avions repéré une belle aire de pique-nique couverte. Espérons qu’elle soit encore libre à cette heure. Elle l’est, ce qui nous permet de déjeuner à l’ombre de sa tonnelle tout en profitant d’une belle vue panoramique sur la mer et les localités qui la bordent, d’Analipsi à Makrygialos.
Une fois rassasiés, nous pouvons envisager la suite et avant tout une baignade en mer. Nous avons emporté nos palmes/masques/tubas alors autant qu’ils servent. La météo s’y prête aussi avec 23 degrés en ce début d’après-midi.
En 2022, j’avais repéré de jolies criques à proximité de Moni Kapsa, un monastère à partir duquel nous avions fait une magnifique randonnée (voir ici). Alors c’est vers ce secteur que nous nous dirigeons. Nous trouvons notre bonheur deux kilomètres à l’ouest du monastère, à hauteur du lieu-dit Kalo Nero. Google Maps m’apprendra que la plage porte le nom de Anaskelou.
C’est une plage de galets. Comme l’eau est un peu fraîche (une vingtaine de degrés ?), nous nous contentons de quelques coups de palme, ce qui nous laisse néanmoins apercevoir quelques poissons à travers notre masque, notamment des poissons trompettes et une nuée de petits alevins. La sortie de l’eau est en revanche folklorique car nous avons du mal à garder l’équilibre sur les gros galets glissants, surtout Hervé 😉. Peut-être aurions-nous dû faire comme cette autre nageuse, manifestement locale, équipée de deux bâtons sur lesquels elle s’est appuyée pour entrer dans l’eau et en sortir. Malin ! En tout cas, une fois revenus sur notre serviette de bain, nous n’en bougeons plus et profitons de la douce chaleur automnale pour faire bronzette.
Bronzer c’est bien, mais au bout d’un moment l’envie de bouger nous reprend. Je propose alors de faire un écart sur notre trajet de retour afin d’aller voir un manoir vénitien situé à Etia. Une visite que je voulais déjà faire en 2022 mais qui ne s’était pas concrétisée à l’époque. Je m’attendais à pouvoir admirer le bâtiment uniquement de l’extérieur. Finalement, on peut non seulement y pénétrer mais également recevoir quelques informations de la part de la gardienne.
Il s’agit d’une demeure seigneuriale construite par les De Mezzo, une grande famille de l’époque vénitienne.
L’impressionnante bâtisse a été rénovée en partie mais il faut imaginer qu’à la fin du XVe siècle elle comptait deux étages supplémentaires. Résidences d'officiers et de notables turcs durant l’occupation ottomane, les deux étages supérieurs ont été tour à tour détruits dans le courant du XIXe siècle. A l’image de l’entrée, la plupart des espaces intérieurs de la villa étaient voûtés et ornés de décorations sculptées. La visite vaut vraiment le coup !
Pour rester dans le même thème, j’aurais bien poussé jusqu’au village vénitien de Voila, à quelques kilomètres de là, mais Hervé a une autre urgence, il veut absolument prendre un goûter à Sitia dans notre salon de thé préféré. Je me plie alors à ses envies et reviendrai à la charge avec Voila dans quelques jours. 😉
Cap donc vers le front de mer de Sitia et sa fameuse pâtisserie Mitsakakis où nous goûtons l’une des spécialités de l’établissement, le galaktoboureko, un gâteau grec traditionnel à base de pâte filo et de crème pâtissière légèrement citronnée. Un délice ! 😋
Un petit tour sur le port de Sitia clôt cette excellente journée avant de rejoindre notre terrasse où nous profitons de l’extérieur jusqu’aux derniers rayons de soleil.