Depuis une quinzaine d’années, la mesure d’impact social s’impose progressivement comme norme dans le secteur associatif et dans l’économie sociale et solidaire. Présentée comme un outil d’objectivation et d’efficacité, elle répond avant tout à une exigence croissante de justification financière.
Ce glissement n’est pas neutre. Il transforme en profondeur la manière dont les associations pensent, décrivent et orientent leurs actions.
La focalisation sur des indicateurs chiffrés et des résultats mesurables tend à :
Simplifier des réalités sociales complexes
Invisibiliser les effets qualitatifs, relationnels et symboliques
Mettre en concurrence des initiatives pourtant complémentaires
Introduire une logique de performance inspirée du modèle marchand
Or, le lien social ne se réduit pas à des chiffres.
L’accompagnement humain, la confiance, l’émancipation, la transformation collective ne sont pas toujours immédiatement quantifiables.
L’utilité sociale ne se limite pas aux effets mesurables d’une action.
Elle concerne :
La contribution au vivre-ensemble
Le renforcement du pouvoir d’agir des habitants
La réduction des inégalités
La vitalité démocratique des territoires
La création d’espaces de solidarité et de participation
Les Espaces de Vie Sociale et les structures associatives portent une mission d’intérêt général qui dépasse largement la production d’indicateurs.
La généralisation de la mesure d’impact peut conduire à :
Conditionner les financements à des critères strictement quantitatifs
Déplacer le centre de gravité des projets vers ce qui est mesurable plutôt que vers ce qui est nécessaire
Fragiliser les petites structures moins outillées pour produire des données complexes
Il est donc essentiel d’interroger collectivement ces évolutions et de défendre une approche équilibrée de l’évaluation.
Il ne s’agit pas de refuser toute évaluation.
Il s’agit de :
Réhabiliter les approches qualitatives
Associer les habitants et les équipes à l’analyse des effets produits
Mettre l’évaluation au service du projet et non l’inverse
Défendre une conception de l’action sociale fondée sur la confiance, la coopération et la dignité
Réduire l’action sociale à une mesure d’impact, c’est prendre le risque d’en affaiblir la portée démocratique.
Réaffirmer l’utilité sociale, c’est rappeler que le lien humain, la solidarité et l’engagement citoyen constituent des biens communs.
Ils ne peuvent être évalués uniquement à l’aune de la performance.
C’est un enjeu politique majeur pour l’avenir des associations et des territoires.
L'apparition de la notion de mesure d'impact dans nos actions associatives est apparu depuis une quinzaine d'année.
Voici des points de vue hétérogène pour ouvrir des discussions, des questionnements, des critiques de notre milieu social, professionnel, partenarial afin de ne laisser personne s'isoler face à cette mutation de notre environnement.
Evaluer et permettre un bon usage des fonds publics est une nécessité mais pas n'importe comment.
Intérêt général : c'est l'ensemble des intérêts communs à une société qui est protégés et promus par les autorités publiques. En France, l'intérêt général doit être l'objectif principale de l'action publique (recherche du bien commun et non des intérêts particuliers). Les associations peuvent réaliser des actions d'intérêt général et bénéficier de fonds publics et aussi d'un statut fiscal pour recevoir des dons et émettre des reçus fiscaux.
Impact social : c'est l'ensemble des conséquences des actions d'une organisation, les effets spécifiques et quantifiables d'un projet ou d'une intervention (définition de l'ESS).
Utilité sociale : c'est la valeur sociale d'une organisation, sa contribution à la société qu'elle soit sociel, sociétale, économique, environnementale... Approche plus englobante que l'impact social car elle prend en compte de multiples dimensions d'une organisation, de la portée de ses actions. On s'interesse, là, à la raison d'être de l'association, de l'ensemble de son action, à la manière dont elle s'organise pour agir. L'évaluation de l'utilité sociale implique de s'intéresser à l'identité de l'association, au sens de son action, au processus et modes de fonctionnement au-delà des effets et impacts.
La loi de l'ESS de 2014 formalise des critère pour déterminer si une structure (association, entreprise privée comme les ESUS Entreprise solidaire d'utilité sociale) peut être dite d'utilité sociale.
Les service fiscaux ont leur propre définition de l'utilité sociale pour déterminer si les activités d'une association relèvent ou non des impôts commerciaux.
Evaluation : c'est donner de la valeur. L'évaluation ne consiste pas seulement à identifier les effets des actions mais aussi interpreter et trouver du sens. Quels enseignements tire-t-on de ce que l'on fait ?
Mesure d'impact : mettre en nombre. Approche plus quantitative, chiffrée.
La théorie du changement : révèle un lien de causalité entre ce que l'association fait et l'impact quelle doit obtenir.
Application des méthodes capital risque au secteur non-lucratif
Investissement à impact, optimiser économiquement les résultats. Besoin de la mesure d'impact social pour cela avec une plateforme d'indicateurs à renseigner. A quoi va servir toutes ces données que l'association récolte ? Rendre des compte aux financeurs.
Méthodologie : définir ce que nous voulons atteindre, nos ressources de départ, quelles sont les actions que nous devons réaliser pour atteindre les impacts recherchés ? Ensuite, le résultat est mesuré au regard de l'objectif initial, les impacts sont examinés : quelles sont les changements observés ? Une fois les indicateurs validés, un questionnaire est élaboré, des entretiens en face à face avec les bénéficiaire (questions posées par les acteurs associatifs bénévoles ou salariés).
Résultats : c'est les services concrets créées par l'association
Impacts : c'est l'effet ou le changement sur les personnes ou l'environnement, sur la société
La culture du chiffrage qu'implantent ces indicateurs gomme toute la profondeur, la complexité, la mise en percepective, l'analyse. Dans le vécu de la relation, au quotidien, s'échangent bien plus d'élement de compréhension que dans le questionnaire.
L'évaluation par la mesure d'impact est présentée aux associations comme une chance d'ameliorer leurs pratiques, vécue comme telle puisque les débats, les échanges autour de la constructions du questionnaire peut amener à questionner les pratiques. Toutefois, cette évaluation n'est pas conçue pour cela. Elle répond aux besoins de lecture financière des investisseurs. " quand je tire à l'arc, je vois la cible et je n'ai pas besoin d'un consultant pour me dire que je suis dans la cible". L'évaluation par la mesure d'impact doit simplifier des situations complexes, standardiser des réponses pour assurer une lecture commune à plusieurs actions.
La mesure d'impact : à l'inverse de l'évaluation de l'utilité sociale, entre dans un processus de marchandisation des actions associatives en 3 phases :
Nécessiter de fixer un prix à une chose qui n'en avait pas (valorisation de la contribution volontaire : chiffrer le bénévolat pour le quantifier).
L'attribution de prix permet ensuite à l'objet de pouvoir être échangé sur le marché, être visible sur le marché ce qui ouvre les portes à sa privatisation avec l'entrée d'acteurs lucratifs et la limitation du pouvoir politique
Ce processus méprise le champ de l'intert général au profit d'interets particuliers, d'investisseurs financiers.
Derrières les outils d'évaluation, souvent présentés comme purement technique donc neutres, se cachent toujours des visions politiques. On peut aussi questionner le principe de tout quantifier financièrement et les sens même de certaines mesures, voire l'absurdité techniques de méthodes même si elles sont de plus en plus prescrites.
Collectif des associations citoyennes (CAC) créé en 2010 :
Lutte contre la marchandisation des associations qui les pousse à se conformer aux pratiques des entreprises lucratives. Origine de l'affaiblissement du monde associatif avec la managérisation des associations face aux injonctions à la rentabilité, l'instrumentalisation, le fait de devenir prestataire de services de la puissance publique, la mise à mal des libertés associatives qui s'accompagne d'une délégitimisation de leur parole politique.
Défendre le milieu associatif notamment en valorisant et en rendant visible le rôle des associations dans la construction des politiques publiques.
Mise en place en 2022 d'un observatoire citoyen qui s'interroge sur les raisons pour lesquelles les acteurs associatifs se tournent vers les marchés et adoptent les habitude des entreprises privées lucratives.
Ces tendances s'inscrivent dans un projet néolibéral : faire émerger un tiers secteur qui agît à moindre coût (pour une même action, le coût de cette action est bien moindre si l'action est réalisée par le milieu associatif que par les collectivités ou par des entreprises privées).
Le recul des subventions et l'augmentation des prestations ou appels à projets (nouveau management public) fait entrer dans le champ de l'action associative, la culture du résultats, du contrôle de qualité économique et l'idée selon laquelle les outils de gestion du secteur privé lucratif sont plus efficaces. Des régles de mise en concurrence sont apparues imposées par l'Union Européenne pour laquelle seule une défaillance du marché peut justifier une intervention de l'Etat qu'il s'agisse d'associations ou d'entreprises privées. La multiplication des appels à projets et d'appels d'offre entraine une mise en concurrence des associations.
Appartition de l'entreprenariat social. L'association devient un modèle dépassé, synonyme d'amateurisme. C'est dans cet écosystème de l'entreprenariat social qu'est arrivé l'investissement à impact social : faire le bien et de l'argent en même temps. L'idée sous-jacente est que le capitalisme engendre des problèmes qu'il est lui-même capable de résoudre. On voit apparaître les notions de capitalisme d'intérêt général, capitalisme vert, capitalisme inclusif, capitalisme citoyen.
Contrat à impact social : contractualisation entre un acteur (souvent privé : associations...) qui investit dans l'ESS (Economie Sociale et Solidaire) et que la puissance publique rembourse (avec plus ou moins d'intérêt) en fonction des résultats de l'action.
Sur le site du ministère en charge de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique : les acteurs de l'ESS ne sont pas mentionnés : "le contrat à impact est un partenariat entre le public et le privé destiné à favoriser l'émergence de projets sociaux et environnementaux innovants. Ces contrats permettent le changement d'échelle de solutions identifiés sur le terrain et efficaces. L'investisseur privé et/ou public préfinance le projet et prend le risque de l'échec en échange d'une rémunération prévue d'avance en cas de succès. L'Etat ne rembourse qu'en fonction des résultats effectivement obtenues et constatés objectivement par un évaluateur indépendant."
La France est aujourd'hui le troisième pays au monde où l'Etat a le plus recours à ce type de contrats. La mesure d'impact est au coeur de ces contrats usines à gaz qui entrainent un corsetage de l'action associative.
L'arrivée de la mesure d'impact coïncide ave celle des contrats à impact social. La notion d'utilité sociale s'efface derrière celle de la mesure d'impact. Ce glissement n'est pas neutre.
La notion d'utilité sociale distinguait les structures de l'ESS des entreprises privés, soulignait leur positionnement hors du marché et permettait l'octroi de subvention et d'exonération d'impôts.
A l'inverse, avec la notion d'impact social, on doit montrer l'efficacité au regard de l'investissement financier. L'évaluation est alors dominé par des logiques de performance ; la frontière entre le monde associatif et celui de l'entreprise est brouillée. Avec la mesure d'impact social, l'évaluation prend une tournure où il faut définir un effet à une action qu'il faut scientifiquement caractériser.
L'évaluation de l'impact social est impossible d'un point de vue logique et méthodologique. Il s'agit d'un nouveau marché pour cabinets de consultants (comme les DLA). Mythe rationnel : croyance collective partagée dans un environnement institutionnel difficile à remettre en cause ; il n'y a pas d'outil d'évaluation pertinent mais cela permet de renforcer la légitimité auprès des financeurs.
La mesure d'impact social est l'extension des outils et visions de la finance à des champs qui n'étaient pas concernés jusqu'à lors comme le social. La mesure d'impact social a une visée financière et constitue un vrai marché.
Est-on obligé de s'approprier cette notion de mesure d'impact social ? Cela fait des années que les associations font des analyses de leur action. Ne doit on pas se dégager de cette notion pour afficher politiquement la notion d'utilité sociale voir celle d'intérêt général ?
Les acteurs intermédiaires (ou commanditaires) de l'évaluation (état, collectivités...) ne se posent pas trop de questions ; ne pourrait-on pas les faire reflechir au sens de tout cela ?
Il n'existe pas aujourd'hui de vision commune à l'échelle européenne sur l'évaluation.7 partenaires européen de l'ESS ont créé des alliances pour résister à la mesure d'impact social et proposer des outils d'évaluation qui ne sont pas ceux du marché. Avoir la liberté de choisir la méthodologie d'évaluation en interne, adapté à l'association, à son environnement, ses possibilités, évaluation non standardisée. Donner plus d'importance au processus plus qu'au résultats.
Pour les partenaires l'évaluation permet de :
servir à renforcer la connaissance du fonctionnement de l'association, es spécificités
légitimer sa pratique (pour qui, pour quoi...)
justifier l'action de l'association à l'exterieur (évaluer permet de discuter)
facicliter la coopération inter-structures (et ainsi aller à l'encontre de la mise en concurrence...)
éclaircir le projet associatif
nourrir le plaidoyer politique de la transformation sociale.
L'évaluation nécéssite des compétences techniques et politiques :
maitriser les modèles soci-économique de l'ESS
savoir animer et faciliter les échanges
connaitre les méthode d'enquête sociologique
Un peu d'histoire :
1970, création de la notion d'utilité sociale dans les politiques fiscales ( définir la specificité de l'action associative par rapport à l'action des entreprises : service répondant à des besoins peu ou pas pris en compte par l'Etat ou le marché).
2014 Loi relatives à l'ESS reconnait la notion d'utilité sociale.
Dès les années 2010, nouvelle notion venant des Etats-Unis arrive en Europ et vient percuter l'idée de l'utilité sociale. Il s'agit la notion d'impact social impulsée par les grandes fondations americaines : l'idée principale est que l'entreprise sociale pourrait se caracteriser par son impact sur la société quelle que soit les caractériqtiques du "service rendu", les modes d'actions mis en place, le fonctionnement de l'entreprise et les valeurs qu'elle port (utilité soiale). L'évaluation de l'impact social apparait progressivement comme un gage de bonne gestion des fonds publics et privés qui devraient s'orienter vers les actions ayant le plus d'impact. C'est ainsi que l'on voit se développer :
Les logiques d'appels à projet au détriment des subventions liées au fonctionnement des organisations de l'ESS (compte 70 "prestations de service" au lieu du compte 74 "subvention"). Il s'agit désormais de soutenir des actions en fonction de leurs impacts/objectifs sur la société qu'il convient donc de mesurer, plutôt que de soutenir l'utilité d'une structure au service de la société.
Un marché de l'évaluation et de la mesure d'impact social fortement approprié par des cabinets privés et des consultants indépendants : il s'agit d'investir dans la mesure de l'impact afin de sécuriser les financeurs sur la bonne utilisation des fonds.
Mieux comprendre les logiques à l'oeuvre permet de na pas se cantonner à une logique de coutournement ou d'opposition.
CONSTATS
Culture anglo-saxonne et libérale, voire néo-libérale c'est déployée au sein des politiques et administrations publiques : néo management, logique gestionnaires, technicisation, concept de performance, culture du chiffrage. Avec une adaptation au modèle français centralisateur, bureaucrate et technocrate.
Avant, l'évaluation était peu définie en termes de méthodes et integrait du quantitatifs et qualitatifs. On s'interessait aux résultats par rapport aux objectifs initiaux et pas à la preformance et aux impacts. On distinguait l'évaluation avant, pendant, après l'action.
1999 Création de la société Française de l'Evaluation (SFE) (qui regroupait principalement des consultants) pour promouvoir l'évaluation dans les organismes publiques et privés, concevoir des méthodes d'évaluation et développer le marché de l'évaluation.
2002 Création du Dispositif Local d'Accompagnement (DLA) avec comme objectif initial la perennisation des emplois-jeunes créés. Mobilisation des consultants et accompagnateurs pour l'accompagnement des structures qui embauchent les emplois-jeunes.
La mesure d'impact est en trainde s'imposer dans les récentes convention d'objectifs et de gestion (COG) entre l'Etat et la Caisse Nationale d'allocations familiales (CNAF) et pour l'ensemble des associations financés par les CAF-CCSS (enfance-jeunesse, parentalité, animation locale...).
DES QUESTIONS à PARTAGER
Questions sur le sens de l'évaluation :
Qui motive l'évaluation ?
Sur quoi porte l'évaluation ?
Pour qui (direct et indriect) est menée l'évaluation ?
Pourquoi et pour quoi faire ? si la finalité est le renouvellement d'un financement, nécessairement, l'évaluation produite ira dans le sens des attentes du financeurs.
Quel sens à cette évaluation ? Le "prescripteur de l'évaluation" a-t-il lui même conscience des motivations de l'évaluation qu'il commande ?
Evalue-t-on pour évaluer, sans plus de sens ?
Si la motivation est interne, pour progresser dans nos actions, nos projets, nos fonctionnement, c'est un processus que l'on pratique en continue : en se posant des questions sur ce que l'on fait et sur le situations vécues, en réunion d'équipe, en Conseil d'Administration, en échangeant avec des collègues, des partenaires, des réseaux.
A quoi vient répondre spécifiquement une évaluation menée en tant que telle, en interne ou externe ?
Une évaluation doit elle être visible ?
Le vocabulaire utilisé :
on constat des champs lexicaux de la gestion d'entreprise (efficacité, performance, rentabilité sociale et financière, gouvernance...) et de l'évaluation (indicateurs et critères, impact social...).
Le mots utilisés pour questionner nos terrains sont souvent incompréhensibles pour les personnes interrogées.
Le terme évaluation est choisi de manière générique pour nommer des choses différentes : contrôle, suivi, bilan, analyse réflexive
Le déséquilibre des actions de terrains en rapport aux activités bureaucratiques avec des outils, des procédures et de la technologie (qui seraient bien sûr apolitiques). Les effets sont importants pour les associations : le temps à consacrer aux tâches administratives et de gestion croissant a une conséquence économique puisque ce temps n'est que rarement financé, la technicité nécessaire aux bénévoles dirigeants risque d'éloigner certains publics de la prise de responsabilité Tout cela éloigne du terrain et de l'action alors que l'action et des résultats sont précisément attendus.
Prise dans ces injonctions contradictoires, où s'exerce la liberté d'action citoyenne et associative ?
Faut-il accepter de faire (mal) sans moyens adaptés ou faut-il accepter, pour agir, un cadre de contraintes qui va jusqu'à la manière d'apprécier les résultats de l'action et ses impacts ?
Existence d'un marché de l'évaluation et de la mesure d'impact que les cabinets, en général lucratifs investissent largement.
Il serait interessant de comparer les montants dédiés aux actions, aux projets, aux strucutres et ceux dédiés aux cabinets qui évaluent, accompagnent ces actions, ces projets...
L'acteur de terrain sont remplacés par des tiers qui connaissent rarement la réalité des terrains, des publics, des collègues et qui arrivent avec des représentations, des méthodes normatives (non spécifiques), leurs critères et indicateurs, leur concept, leurs mots.
Le risque d'une tendance à l'uniformisation des normes de l'évaluation et finalement des normes qui répondent aux attentes des financeurs et à l'unique question "est-ce finançable ou non ?
La généralisation du chiffre pour évaluer, mesurer, traduisant une approche idéologique croyant en la capacité des chiffres à rendre compte du réel et à tout couvrir de manière objective, et qui pousse les associations à accepter de passer de plus en plus de temps à construire des indicateurs, à remplir des tableurs et collecter des données gratuitement pour des cabinets qui les reçoit, les agrège, les compile, les utilise pour des choses et des fins que l'on ignore.
Qu'est-ce que l'on prend en compte ou pas quand on calcule, comment et sur quelle base ?
L'approche qualitative n'apparait plus qu'au travers d'un compte rendu, sans creuser, croiser, analyser, mettre en perspective.
Exemple d'application du retour social sur investissement (SROI en anglais) :
Pour mesurer l'impact social d'une association auprès de personnes en situation de précarité et d'exclusion, le cabinet évaluateur tire des pourcentages des réponses aux questions posées. Puis, il croise l'estimation du coût d'une vie humaine (3M€ dans l'OCDE), des données INSEE et les compare aux réponses des personnes. Il en déduit mathématiquement une valorisation économique des coûts évités pour la collectivité et pour les personnes (maladies, morts précoces...). Finalement, il conclut que 1€ mobilisé pour l'assocaition rapporte 1.8€ à la collectivité. Ainsi, le chiffre donnerait une légitimité, une réalité et ce qui n'est pas chiffré n'existerait pas.
Mais tout chiffrer n'est-ce pas une autre étape vers une marchandisation du lien social, de l'engagement, de la citoyenneté...?
Tout cela traduit une conception du monde différente, voire opposée, à celle de notre réseau, qui conduit à nous éparpiller au détriment de l'action de terrain.
QUE FAIRE ?
Mieux appréhender et comprendre, nommer ce qui se joue, ce qui questionne, ce qui fait réagir, individuellement et collectivement, pour moins subir, pour pouvoir anticiper et faire preuve de stratégie.
Anticiper et précéder l'injonction de mesure d'impact en se préparant, s'outillant soi-même. C'est ce que l'on essaie de faire pour le réseau et ses structures membres, en mobilisant un appui de chercheurs qui ont travaillé sur ces sujets.
Arrêter d'utiliser un vocabulaire incompréhensible : aller chercher, écouter les mots du quotidien des publics concernés, non normalisés, et les substituer au vocabulaire et aux concepts clés en main pour ne pas rester enfermés dans le formatage et la normalisation.
Echanger, partager, se regrouper, coopérer entre associations et autres structures d'utilité sociale pour ne pas porter et réagir seul, pour s'entraider et tenter d'instaurer un vrai dialogue avec nos financeurs, voire si besoin, et autant que possible, un rapport de force.
Les années 1990-2000 les associations se plient à la nécessité de justifier de l'obtention de fonds publics par la preuve de leur utilité sociale, preuve qui demande évaluation. Evolution notable, celle qui justifie de passer de la subvention au contrat de prestation de service qui pose questions.
Années 2020, imposition d'un nouveau vocabulaire : il s'agit de prouver l'impact social de son action et le verbe utilisé est mesurer.
Une pressions sociale à évaluer à laquelle il nous est difficile de résister
Incontestablement toute action demande à être évaluée, en particulier pour rendre des comptes à ceux qui la commandent : l'évaluation est nécessaire voire importante parfois indispensable. et quand bien même une action ne serait pas commandée (c'est-à-dire en partie payée) par quelqu'un, nous devrions mettre en place un dispositif d'évaluation formalisé, pour notre propre gouverne. il y a là une sorte d'évidence sociale, indiscutable, qui nous empêche de penser radicalement contre. Évidence qui nie le fait que nous évaluons déjà et depuis toujours : parce que notre travail en contact avec des terrains, des publics, des collègues, contient déjà en soit un travail d'évaluation permanent. nous avons de fait des retours, nous pouvons revendiquer une observation en direct des effets produits, des contradictions à l'oeuvre. certes nous appelons ça parfois suivi, parfois bilan, parfois analyse réflexive. certes nous le faisons tellement tout le temps que cela ne donne pas lieu à des écrits systématiques et encore moins à des tableaux et des chiffres. certes cela peut sembler ringard et incompatible avec une logique de communication publicitaire. mais ça a lieu. certes les mots sont importants tout de même deux points passés en quelques années du suivi au bilan puis du bilan à l'évaluation et aujourd'hui de l'évaluation à la mesure de l'impact c'est aussi passer du simple entre parenthèses et bien direct avec l’action et le terrain) Au sophistiqué (en lien avec des outils, des procédures, de la technologie). c'est évident s'est aussi comme si les pratiques simples n'existaient pas deux points des rencontres entre les parties prenantes (association, politique, administration), des relations partenariales réelles, donc de coopération (et pas juste le mot partenariat à tort et à travers) son préféré aux relations ponctuelles de collaboration ou encore aux relations de sous-traitance. cela demande du travail et demande d'apprendre. par exemple à distinguer dans le regard porté sur le réel (l'évaluation est une manière de regarder les L'Oréal) ce qui relève des principes dont on peut évaluer au fur et à mesure si on les respecte ainsi que leur contradiction possible et des finalités dont on ne peut évaluer au cours de l'action si on tente toujours vers elle ou non ou si la démarche d'évaluation va porter plutôt sur les des objectifs dont on peut évoluer si on les a atteints et quand quand ou sur les moyens mobilisés.,
Nommer évaluation ce qui relève d'autres registres ?
On nous sommes de mettre en place des dispositifs d'évaluation et nous y répondrons en choisissant de nommer évaluation des besoins qui relèvent de divers registres :
des besoins d'accompagnement : par des intervenants de nature pluriel (d'autres associations, des partenaires, désespères) et par des pères (dans une logique de compagnonnage)
des besoins d'analyse de la pratique, de réflexion collective, de prise de distance et d'analyse
des besoins de mieux connaître ou vrai la parenthèse pour lequel nous pouvons répondre étude ou observatoire) et des besoins de mieux comprendre (pour lequel nous savons répondre recherche ou recherche action).
Cela relève de la tactique alors pourquoi pas.
mais cela m'interroge sur notre adhésion au principe : pourquoi c'est acceptons-nous, voir pourquoi désirons-nous adhérer à ce projet et par là le valider en ne ment pas les choses pour ce qu'elles sont ?
je conçois que des adversaires politiques sévères-tu à nous faire nommer sans nuances toutes tout ça évaluation c'est-à-dire à rentrer dans leur logique d'organisation. cette logique qui nous amène à penser contre nous, nous entraîne à entrer dans une conception du monde opposé à la nôtre et à nous éparpiller au détriment de l'action de terrain. je le déplore mais le comprends bien. le but est de nous affaiblir et ça marche. je repère facilement que des bureaucraties veuille apparaître sympa en disant évaluation quand elle pense contrôle, en cachant cette volonté de pouvoir sous un vocabulaire plus moderne, pour un contrôle de plus en plus technocratique (donc apolitique bien sûr). je peux aussi le concevoir point assurément il appartient à la puissance publique de contrôler l'usage de l'argent, c'est nécessaire d'en éviter les détournements, les abus le contrôle n'a pas à être masqué sous d'autres mots et procédure complexes, à être maquillée en évaluation pour être plus doux ou plus moderne : il est légitime. ces deux dynamiques ne nous appartiennent pas mais nous nous pouvons les repérer point ce qui nous appartient plus directement c'est de travailler sur nous, et notre difficulté à y résister, voir à concevoir qu'il serait 5 d'irrésister. parmi les vigilances à mobiliser sur ce point je repère deux aspects :
la dimension performative Et la manière dont nos mots nous permettent de nommer le réel sont aussi agissant sur le réel d'autant plus qu'ils sont répétés répétés en toute situation et part tous point en d'autres termes, quand nous nommons évaluation ce qui relève d'autres choses, en étant validé par notre environnement institutionnel mais aussi partenariale, amical associatif nous finissons par croire nous-mêmes qu'il s'agisse vraiment d'évaluation. la puissance du performatif est redoutable et lutter contre elle ne se fait jamais seul, (dans son coin) : elle demande un autre récit du réel validé par d'autres d'une certaine manière de construire ensemble un autre performatif.
la méfiance a cultivé et le dialogue a installé avec celle et ceux qui pour notre bien nous invite à œuvrer à des procédures d'évaluation et de mesure d'impact (sinon d'autres le font à notre place femme la parenthèse : il s'agit d'amis sincère (associations, fonctionnaires, militants, consultant complice) qui participe sans en avoir conscience à nous détourner de nos objets de travail, du terrain, de l'agir concret point et participe de cette dispersion et cette confusion. L'autocontrôle l'intégration des dispositifs de pouvoir et bien plus puissant que la coercition est que nous sommes souvent nos propres censeurs.
Ce qui ouvre des questions de rapport au vrai, à l'honnêteté et au mensonge
Le performatif nous demande la vigilance de ne pas croire ce qu'on s'efforce de faire croire à d'autres (qui ne sont pas toujours dupes non plus), son corps relève relève de l'éthique : comment ne pas se dévaloriser, se sentir tricheur, malhonnête ?
Ok Beck il existe le mot mentory qui peut être utilisé pour désigner un énoncé qui n'est ni la vérité ni un mensonge mais plutôt un arrangement entre deux personnes qui sont d'accord tacitement pour faire semblant de se croire (ou plutôt l'une de croire l'autre) tout en sachant qu'une partie du discours (ou une partie de l'évaluation par exemple) est une fiction point cet accord tacite est aussi une marque de confiance, une complicité entre deux parties prenantes qui ne sont pas dupe mais savent que tout ne peut pas être dit point c'est donc un mensonge honnête, une vérité négocier qui va dans le sens d'une finalité commune aux deux parties par laquelle, parfois, il faut accepter que l'évaluation par passe des aspects sous silence. mais cela demande là encore des possibilités d'échange collectives, d'analyses pour ne pas tomber dans l'impression poisseuse de tricher, pour ne pas s'isoler dans la tactique, pour ne pas rester seul avec ces questions éthiques.
Des croyances qui nous engluent et nous font accepter l'idée de mesurer
La croyance dans la transparence qui serait une qualité en soi, voir un garant de justesse. comme si tout évaluation ne compte pas nécessairement une non évaluation, comme si toute mise en lumière ne n'hésitez pas une part d'ombre. Pierre Bourdieu disait que la sociologie existait car les gens ne disaient pas (exactement) ce qu'ils font et ne font pas (totalement) ce qu'ils disent quand on prétend évaluer il serait bon de garder ça en tête. par ailleurs, la croyance que les sciences dites exact sont capables d'épuiser le réel point par épuisé, j'entends en avoir une connaissance totale et irréfutable. cela conduit à la croyance dans la capacité des chiffres à rendre compte du réel de manière objective. si les chiffres sont la meilleure manière de dire les réels alors il nécessaire de pouvoir mesurer. et si on doit mesurer alors ce qui n'est pas mesurable (car pas chiffra par exemple) a moins de valeur voire n'existe pas. une fois se pose tu as accepté nous trouvons légitime de passer de plus en plus de temps à construire des indicateurs vers, à remplir des tableurs et collecter des données. toutes ces procédures qui nous renforcent dans l'idée que nous faisons bien notre travail alors que nous faisons bénévolement le travail de quelqu'un d'autre (l'État, l'administration exetera) à la place de notre travail.
Une inscription dans un agencement d'idéologies, d'intérêts financiers privés, de multiples intervenants imbriqués, agencement qui se traduit en orientations politiques coordonnées
Il est important d'inscrire notre rapport à l'évaluation et à la mesure dans un ensemble politique : nous subissons une remise en cause du fait associatif entre parenthèses et plus largement l'économie sociale et solidaire) c'est une œuvre de longue haleine qui s'accélère régulièrement au gré des opportunités politiques. nous la subissons tous les jours. rendre ringarde l'esprit soi-même du but non lucratif et la manière de faire de l'économie qui s'extrait du capitalisme sont d'autres facettes du même phénomène, tout comme les tentatives de renier sur le droit, les interdictions/autorisation, les sanctions et punitions. tout comme il s'agit de rendre évidente des orientations sociétales qui pourtant sont discutables : je cite pêle-mêle le management entre parenthèses où le nouveau management mais qu'y a-t-il de ses nouveaux ?) l'industrialisation de toute activité, taylorisme et ses variantes modernes le contrôle de gestion, un mode d'organisation avec des fonctions hiérarchisées (hiérarchique qui dit ce qui est précarisé et ce qui est renforcé ou encore quelle fonction sont jetables et quelles fonctions sont durables) et bien sûr des évaluations par un consultant externe ouvrez l'apparence thèse consultant évidemment privé et commercial). ce dernier point s'est introduit aussi par étape mais devenu de plus en plus difficile à questionner : il va de soi que l'expertise ne peut pas être interne et à une association et quand il est avéré qu'un cerf peut être utile, il va aussi de soi que ce tiers est un consultant point pourtant les compétences associatives existent, peuvent être mobilisés entre plusieurs associations sous forme d'échange, de regard croisés, d'intervention les uns pour les autres de manière réciproque. pourquoi se faire croire que le modèle prestataire/client est le meilleur ? la mesure de l'impact social s'appuie aussi sur le postulat qu'il s'agit d'une tâche compliquée, technique donc une affaire de spécialiste. et en toute logique il faut la déléguer à des experts. il est d'autant plus difficile d'y résister que les administrations (publiques comme privé) il croit dur comme faire point et plus encore quand les administrations (publiques comme privé) diminuent leurs effectifs, au moins de temps pour étudier les dossiers et surtout moins de temps pour être en lien avec le terrain. quand on connaît mal le réel, quand on est débordé de travail de gestion alors il est restaurant de faire appel à un Prestat privé pour vérifier, mesurer, rassuré. simplifier. objectif.
si tout peut-être chiffré alors tout peut-être peut-il être vendu ?
j'ai entendu et j'entends cette question en boucle à des occasions très hétérogènes : chez une consultante qui questionne la création des crédits biodiversité sur le modèle des crédits carbone, c'est une anthropologue qui alerte sur la tentation de représentante de peuples autochtone de valoriser leur terre, les écosystèmes et les rendent potentiellement échangeables contre de l'argent mais aussi chez les militants écologistes qui veulent donner de la valeur à l'utilité environnementale d'écosystème en conduisant indicateur et critères chiffrés et donc dans le même geste les protège et rendent possible leur destruction, compensé par un remplacement ailleurs (comme si c'était possible de recréer artificiellement une complexité millénaire ) point c'est ça aussi le cas dans le monde agricole ou celles et ceux qui forment à la compatibilité et à la gestion se pose la question de la valeur réelle des fermes : au-delà de sa production (chiffrable car monétaire) peut-on intégrer dans un outil comptable la qualité de vie et de travail l'impact écologique des pratiques ? et dans ce cas qui finance cette valeur ? ces interrogations prennent tout leur sens quand on pense l'évaluation de l'impact du travail associatif. ce qui n'est pas chiffré n'existe pas mais tout chiffrer n'est-ce pas une autre étape vers une marchandisation du lien social, de l'engagement, de la citoyenneté et cetera ?