Le monde qui se noie n’a pas oublié comment survivre. Il a juste oublié comment vivre sans
se battre.
Il y a cent ans, la mer s’est levée comme une traîtresse. Sans cri d’alarme, sans ouragan.
Elle a dévoré les continents, les villes, les royaumes, les empires. La terre ferme est
devenue une légende, une prière murmurée par ceux qui n’en ont jamais foulé la boue. Ne
subsistent que des îles éparses, des ruines dressées comme les mâts brisés d’un monde
englouti. Le reste ? De l’eau. Une infinité d’eau. Et audessus, des voiles.
Les océans sont devenus le dernier
champ de bataille. Un siècle plus tard,
les hommes ont changé, se sont
adaptés, ou ont péri.
La loi, la morale, les drapeaux... tout
cela a été jeté pardessus bord.
Aujourd’hui, il ne reste que trois
grandes flottes, trois monstres marins
qui se toisent comme des chiens de
guerre affamés.
La plus féroce ? Les Caribean, nés du sang mêlé
d’anciennes marines européennes. Pirates, renégats,
corsaires, bannis. Une horde sans foi mais pas sans
but. Il y a soixantedix ans, ils ont levé leurs pavillons
autour d’un nom sorti des romans et des cauchemars :
Long John Silver. Personne ne sait ce qu’il est
vraiment. Un homme ? Un mythe ? Un fantôme ? Mais
quand il parle, même la mer se tait.
À l’est, les vents portent les voiles noires et
dorées de la Flotte Impériale Chinoise, guidée
d’une main de fer par l’Amiral Zheng He. Un
géant de discipline et de stratégie, dont le regard
pourrait couler un navire. Sous ses ordres,
d’antiques jonques se sont transformées en
cités flottantes, imprenables et silencieuses,
comme des temples de guerre.
Et dans le sud, venus des sables disparus du
Maghreb, voguent les héritiers de Simbad le Marin.
Leurs navires, bardés de voiles triangulaires et de
lames courbes, glissent comme des serpents sur les
flots. Ils sont les derniers conteurs, les derniers
rêveurs... et les derniers à vous trancher la gorge
dans le silence.
C’est dans ce monde de fer et de sel que le
portail vers Eormengrund est apparu.
Un miracle.
Un mensonge.
Une nouvelle carte dans un jeu où la terre,
soudain, vaut plus que tout l’or du monde.
Alors les flottes convergent.
Les canons sont rechargés.
Les pactes s’écrivent en sang.