« Il n’est pas d’âme que la Foi ne puisse purifier. Il n’est pas d’hérétique que le
Feu ne puisse sauver. » – Livre du Jugement, verset IX, épître de Fer
Dans le monde du Temple, Dieu ne pardonne pas.
Il ordonne.
Ici, chaque pierre a été bénie, chaque fleuve a été sanctifié, chaque homme a été
baptisé dans l’ombre d’un clocher. Le monde entier, des plus hautes cathédrales
aux plus sombres égouts, vit et meurt au rythme des cloches.
Le jour appartient aux messes, la nuit aux confessions. Les doutes, eux, n’ont
plus leur place.
Ils sont des péchés.
Et les péchés se lavent dans la cendre.
Le Pape Éternel, élu par un concile sacré
d’ArchiDogmes, règne depuis le
Sanctuaire de la Lumière Supérieure, un
palais de mille croix dont les vitraux
versent des larmes de sang à chaque
éclipse. Il est la Voix de Dieu sur Terre,
l’alpha et l’oméga de toute vérité.
Sous son regard, le monde entier s’est
converti ou s’est consumé.
L’armée de la Foi porte un nom : les
Ordres Paladins.
Des légions en armure bénie, le glaive
dans une main, la relique dans l’autre.
Chaque frère juré est un autel vivant,
chaque soror une tempête de fer et de
feu.
Ils ne discutent pas.
Ils purifient.
Et quand la purification nécessite plus
de discrétion, plus de terreur, plus de
rumeur...
Alors l’Inquisition agit.
On ne sait pas combien ils sont. On ne
sait pas où ils vivent. On ne sait même
pas s’ils dorment.
Mais on sait ceci :
Si tu doutes, ils viendront.
Si tu murmures, ils écouteront.
Et si tu apostasies... tu brûleras.
Autour d’eux, la plèbe prie.
Les Petites Mains. Paysans, artisans,
scribes, serviteurs.
Ils chantent, ils travaillent, ils
s’agenouillent. Ils vivent dans l’ordre.
Car dans le Temple, l’ordre est sacré.
Et pourtant...
Parmi les ruelles, dans les caves où la
lumière ne filtre plus, des réfractaires se
rassemblent. Des hérétiques. Des
penseurs. Des rêveurs.
Mais ici, rêver, c’est déjà trahir.
Le monde est une cathédrale planétaire.
Ses tours grattent le ciel comme des
prières de pierre.
Ses forges produisent des autels autant
que des chaînes.
Le ciel est noir, mais la Foi le traverse.
Et puis... il y eut le Portail.
Au début, on crut à l’accomplissement.
Le retour de l’Éden, promis dans les textes
sacrés.
Une terre vierge, offerte par le TrèsHaut à ses
élus.
Mais Eormengrund ne s’agenouilla pas.
Les prêtres furent égorgés, les croix brisées,
les reliques bafouées.
Le Pape déclara alors que cette porte n’était
pas une offrande, mais une épreuve.
Un nouvel Enfer à purifier.
Les Croisades du Nouveau Feu furent lancées.
Les légions de l'’évangélisation partirent.
Les armées chantèrent.
Et dans les ténèbres d’Eormengrund, la cloche
de guerre du Temple commença à résonner.