« Les villes devraient être bâties à la campagne ; l’air y est pur. »
Henri Monnier, Grandeur et décadence de M. Joseph Prudhomme.
Ici, future « véloroute » et « voie verte ».
Ces « véloroutes » et ces « voies vertes » sont comptabilisées au titre de la transition écologique.
Or nous avons déjà vu que ces fabrications engendrent deux choses : d’une part, une augmentation de la température au sol et des émissions de gaz à effet de serre ; de l’autre, une dégradation de la nature.
Voyons à présent le volet « transport » de ce dossier.
Vérifions si on peut vraiment penser que, sur un territoire rural, l’avenir est au vélo.
Car on prétend favoriser les « mobilités douces », les « éco-mobilités », les « déplacements de proximité », la « pratique du vélo ».
De fait, on favorise la pratique du vélo, et d’un certain type de vélo : le vélo de ville, en lui construisant une voie spéciale, avec un revêtement artificiel, à des fins touristiques et de loisirs. Et c’est bien tout.
Car, pour le reste, une simple étude en sociologie de nos territoires ruraux tels qu’ils sont organisés dans une société du début XXIe siècle suffirait à le démontrer : l’argument est sans fondement. On ne peut prétendre favoriser des « déplacements de proximité », des « déplacements doux », des « éco-mobilités », etc. en vertu de deux choses : les distances à parcourir, d’une part, et la production de nos biens et services, de l’autre.
Pénibilité du travail, horaires décalés, distances à parcourir, organisation d’une journée, territoire étendu entre les habitats, les commerces, les entreprises, les usines, les lieux de travail, les loisirs et les écoles, les lieux de soins, etc. Sans compter le temps disponible et la forme physique. Appliquer au territoire rural une recette qui a ses fondements en territoire citadin poursuit un objet chimérique et surinvestit l’objet « vélo ».
Ici, future « véloroute » et « voie verte ».
Sans compter qu’on ne sait pas de quoi on nous parle.
Nous lisons dans le plan vélo d’Elisabeth Borne https://www.francebleu.fr/infos/societe/le-plan-velo-dote-de-250-millions-d-euros-en-2023-annonce-le-gouvernement-1663652950 : « Dans une logique de contractualisation avec les collectivités, pour s’assurer que les investissements sont ciblés et efficaces. » Tous les déplacements qui peuvent s’effectuer ici, de fait, à vélo, se réalisent déjà sur les routes de campagne. Et non sur les trajets de véloroute : qui visent à relier des villages. Les trois villages concernés (Riec-sur-Bélon, Moëlan-sur-Mer, Pont-Aven) sont des bourgs également pourvus : commerces, artisans, supermarché, banques, écoles, poste, etc. En clair, nous avions déjà ce qu’il nous faut, pour aller à vélo, pour un « déplacement de proximité » vers le centre-bourg. Le reste, c’est affaire de déplacement de village à village. Il est impossible de démontrer que « les investissements sont ciblés et efficaces ». La « logique de contractualisation avec les collectivités » était ici : savoir ce qui existe déjà.
L’effort n’a pas été fait de réfléchir à ces dossiers pour cartographier le territoire et les possibilités pour les gens d’emprunter ces « véloroutes ». Ni le tronçon de voie interdit à la circulation automobile entre Riec-sur-Bélon et Pont-Aven, dont nous parlons un peu plus loin (voir à Réduction des émissions de gaz à effet de serre), ni le tronçon qui est fabriqué entre Riec-sur-Bélon et Moëlan-sur-Mer à hauteur de 504 000 € HT (dernière actualisation du coût) ne relèvent des trajets de « proximité ». Les gens nous disent : cela ne sert à rien. Hélas ! Sauf à déplacer les maisons et le centre-bourg pour que les gens empruntent véritablement ces voies. On nous vend du vélo, sans considérer l’existence du réel cartographié. Un déplacement de proximité, cela existe déjà ici. Les gens savent aller à vélo. Et cela existera toujours sur des routes en partage avec les voitures, parce que c’est le trajet de « proximité » et non le tracé des « voies vertes ».
En territoire rural, si on voulait favoriser les « déplacements doux » et réduire les émissions de gaz à effet de serre, les véritables leviers, ceux susceptibles de toucher le plus grand nombre d’entre nous, sont les suivants : développer les transports en commun et favoriser le covoiturage. Ceux-là ont déjà fait leur preuve.
Revenir au vélo en territoire rural réclamerait qu’on vécût avant guerre, Seconde Guerre mondiale, au plus tard. Depuis, tout a considérablement changé. Les territoires ruraux se sont développés, comme le reste de la société, dans une ère industrielle. A charge pour nous de réussir à le considérer.