Appel à l’analyse : LES PRÉMISSES D’UN RAISONNEMENT
Objectif à atteindre : réduire les émissions de gaz à effet de serre.
A cet effet : « favoriser la pratique du vélo ».
Pour ce faire : engager des fonds publics. Et fabriquer des « véloroutes » et/ou « voies vertes ».
Notions liminaires 1 : le calcul des émissions de gaz à effet de serre.
a) le calcul des émissions de gaz à effet de serre est un calcul.
Il répond en cela aux règles de calcul (qui sont rigoureuses) : un plus n’est pas un moins, un moins n’est pas un plus, et un plus ou un moins ne sont pas un « peut-être bien que ».
b) le calcul des émissions de gaz à effet de serre nous est connu.
Nous savons calculer les émissions de gaz à effet de serre.
C’est-à-dire voir, de nos outils d’analyse, ce qui concourt aux émissions de gaz à effet de serre, à leur diminution ou à leur augmentation.
En l’espèce, aux deux cas qui nous concernent : l’existence du végétal, pour absorber les émissions de gaz à effet de serre, l’existence de la température au sol (pour augmenter ou diminuer), l’existence du sol pour absorber les émissions de gaz à effet de serre (premier cas) ;
les trajets allongés pour les automobilistes, la vitesse qui augmente pour les automobilistes, une route avec des dénivelés et l’impossibilité de garder une vitesse constante (second cas).
c) le calcul des émissions de gaz à effet de serre est un calcul.
Aux cas qui nous concernent, les modalités de ce calcul nous sont connues.
Notions liminaires 2 : singularité de l’objet « vélo ».
a) le vélo n’est pas un mode de transport comme un autre. Il réclame un effort physique (bien que réduit par l’ajout de batteries électriques), son usage est soumis aux intempéries et il va moins vite que les transports traditionnels.
En conséquence : le vélo n’est pas un mode de transport qu’on peut (aisément) substituer à d’autres.
b) « favoriser la pratique du vélo » n’a qu’un objectif : réduire les émissions de gaz à effet de serre. On s’attachera à vérifier qu’il atteint son objectif car il n’en a pas d’autre.
On ne « favorise » pas la pratique du vélo à l’effet de réduire le déficit de la Sécurité sociale (parce que les gens iraient à vélo et feraient de l’exercice physique).
On ne « favorise » pas la pratique du vélo à l’effet de vouloir relancer une filière française de fabrication et de réparation des vélos. Etc.
c) On veut « favoriser la pratique du vélo » à l’effet de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Et uniquement.
Notions liminaires 3 : l’usage des fonds publics conditionné à l’intérêt général.
a) nous lisons dans le « plan vélo » d’Elisabeth Borne : « dans une logique de contractualisation avec les collectivités afin de s’assurer que les investissements sont ciblés et efficaces ».
b) pour s’assurer que les « investissements sont ciblés et efficaces », il convient de remettre son « territoire à l’endroit »
(Bruno Latour, Où suis-je ? Leçons du confinement à l’usage des terrestres, Les empêcheurs de penser en rond, 2021).
c) pour remettre son « territoire à l’endroit », il convient de démêler les prémisses du raisonnement
(qui, emmêlées, concourent à nous faire « géomètres-arpenteurs » ‒ Bruno Latour ‒ de nos territoires).
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PRÉMISSES DU RAISONNEMENT
On nous parle de « mobilités douces, d’éco-mobilités, de déplacements doux ».
Pour énoncer le tout, on dit : « vélo de tourisme et de loisirs, déplacements de proximité, déplacements du quotidien, territoires marchables et cyclables, zones rurales et villes ».
Dont on nous parle indistinctement.
Or ce ne sont pas les mêmes choses.
De fait, on communique. On a déjà communiqué sur cette future « voie verte », comme étant « la plus belle » à venir. https://www.ouest-france.fr/bretagne/moelan-sur-mer-29350/la-voie-verte-un-atout-esthetique-et-pratique-29654f77-bd9e-4a44-aa5b-8580d33a72be
On supposera donc qu’elle trouvera son public : de tourisme et de loisirs.
De fait, le vélo se vend. Le gouvernement se félicite d’une « augmentation en 2021 des trajets à vélo (classique, à assistance électrique ou pliant) de 28 % par rapport à 2019 ». https://www.gouvernement.fr/actualite/le-plan-velo-fete-ses-quatre-ans
Sans qu’on sache à quoi correspond cette augmentation, sauf à l’effet « aides publiques » à l’achat ou à la réparation d’un vélo (« le plan vélo fête ses quatre ans », nous dit-on). Sans qu’on produise de statistiques sur ces nouveaux usages : « En l’absence de nouvelle enquête sur ces usages, Françoise Rossignol, présidente du Club des villes et territoires cyclables et marchables estime que les déplacements à vélo, que ce soit pour le travail ou les loisirs, ont grossièrement ‘‘doublé’’ depuis 2018. ‘‘Chacun doit faire le maximum de trajets à vélo et il faut élargir le public et les territoires’’ vers les personnes âgées et les zones rurales. » https://www.francebleu.fr/infos/societe/le-plan-velo-dote-de-250-millions-d-euros-en-2023-annonce-le-gouvernement-1663652950
Tout est contenu à cette phrase.
L’ensemble des causalités y est emmêlé à souhait.
De telle sorte que nous ne savons plus définir les prémisses qui gouvernent le raisonnement ; ne sachant pas les définir, nous ne saurons pas les analyser (et produire une analyse logique et rationnelle à l’effet du raisonnement qui dit : atteindre une réduction des émissions de gaz à effet de serre).
1. « Vélo de tourisme et de loisirs »
ne favorisent en rien les diminutions des émissions de gaz à effet de serre
(ou alors le surf aussi).
2. « Déplacements de proximité »
existent ici
à vélo
et n’emprunteront jamais les tracés des « véloroutes » et des « voies vertes »
pour une raison fort simple : c’est qu’on quitte la « proximité »
et qu’on atteint un déplacement de bourg à bourg.
Or les trois bourgs sont également pourvus (supermarché, commerces, artisans, banques, poste, etc.)
on habite toujours plus près de son bourg que de celui d’à côté (c’est visible sur une carte)
et les tracés des deux cas de « véloroute » et/ou de « voies vertes » que nous avons ici ne correspondent pas aux « déplacements de proximité », ceux-là restent et resteront sur les routes de campagne, en partage avec les voitures (c’est là encore visible sur une carte).
3. « Déplacements du quotidien »
impliquent l’existence d’un ensemble (en mathématiques)
à vider d’un côté (déplacements à moteur thermique)
pour en remplir un autre (déplacements à vélo).
Or cet ensemble n’existe que d’une suite de probabilités (gens susceptibles de)
et se trouve moins rempli (voire quasiment pas) à la campagne qu’à la ville.
A. Trois prémisses pour définir cet ensemble (de gens susceptibles de)
a) personnes pouvant se déplacer à vélo
b) au quotidien (le travail, l’école)
c) de bourg à bourg (les distances).
B. Une analyse de nos territoires nous permettrait de voir
a) la production de nos biens et services au XXIe siècle
b) en territoire rural (les distances et la densité de peuplement)
c) les infrastructures existantes (notamment l’existence des cartes scolaires et du ramassage du même nom).
C. En conclusion, l’ensemble à vider d’un côté pour en remplir un autre
n’existe pas. Sauf à quelques exceptions (sur les doigts d’une main).
En ville, l’ensemble existe : déplacements à moteur thermique à transférer en déplacements à vélo.
(Un exemple : une productrice d’émission troque son taxi et chauffeur VTC contre un vélo.
« Les pieds sur terre », 26 mai 2023, France Culture.)
a) Il faut que l’ensemble existe préalablement pour qu’il puisse se vider de l’autre part.
b) Il faut que l’ensemble soit conséquent car il relève de la liberté de chacun, de chacune
(de se mettre au vélo) : pour celles et ceux qui le peuvent (et le voudront subséquemment).
c) On peut favoriser une pratique en tout sens, voir des vélos circuler, mais sans analyser d’où ils viennent et où ils vont, à quel objet, on ne saura définir ni nos territoires, ni nos sociétés.
(Et encore moins l’usage des fonds publics.)
4. « territoires marchables et cyclables »
hélas ne font pas bon ménage
ni pour la cohabitation avec la vitesse (on fabrique un revêtement à l’effet de la vitesse, sur des voies qui étaient praticables et pratiquées en VTT, en VTC)
ni pour la marche (car marcher sur un revêtement dur n’est pas marcher sur un sol de litière et d’humus, chemin forestier, sur un sol de cailloux, de terre et de bandes enherbées, chemin agricole).
5. « zones rurales et villes »
ne sont pas équivalentes.
Si la campagne a sa part à faire dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre (de fait)
et qu’il faille définir cette « part »
il faut commencer de définir la singularité d’un territoire rural, d’une part
et l’existence de la nature, de l’autre
(c’est-à-dire l’existence de ce qui est tout autant sixième extinction de masse des espèces que sources de solutions. C’est la nature qui, pour l’heure encore, absorbe les émissions de gaz à effet de serre : végétaux, sols naturels, cours d’eau, mers et océans).
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CONCLUSION
On veut « favoriser la pratique du vélo » à l’effet de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Et uniquement. Comparons l’objet « vélo » avec deux autres objets : l’éolien et le panneau solaire.
L’éolien et le panneau solaire existent à l’effet de produire de l’énergie (première prémisse).
L’éolien et le panneau solaire existent à l’effet de produire de l’énergie renouvelable (deuxième prémisse).
L’éolien et le panneau solaire produisent de l’énergie « verte » (troisième prémisse).
Sur cette troisième prémisse, nous disons : pas si « vert » que ça.
Par exemple : disparition des populations de plongeurs en mer, à proximité de l’éolien off-shore (Charlie Hebdo, 26 avril 2023).
Ou encore : disparition de la végétation et de la faune, pour installer des panneaux solaires.
Mais ce n’est que sur la troisième prémisse, seulement, que nous disons : pas si « écolo » que ça.
Pour les deux autres prémisses, l’objet poursuit son objectif.
L’éolien produit de l’énergie (même s’il est en panne, même s’il n’y a pas de vent), le panneau solaire produit de l’énergie (même s’il n’y a pas de soleil) car ce sont des objets fabriqués uniquement pour produire de l’énergie (on ne se sert pas de l’éolien pour faire du parapente, ou de la déco dans le paysage, de même que le panneau solaire ne sert pas de miroir à des géants).
En conséquence, ces deux objets atteignent leurs objectifs : même s’ils ne sont pas « verts ».
Ils produisent de l’énergie, et probablement de l’énergie renouvelable (soleil et vent).
Bien que n’étant pas « verts » (c’est-à-dire pas écolos).
Mais ils produisent de l’énergie.
A partir de notre besoin croissant et exponentiel en énergie.
Si nous voulions produire un objet écologique, le raisonnement se tiendrait un peu plus haut : pourquoi avoir besoin de tant d’énergie ?
(Là encore, le fait est analysé.)
Mais, de ces deux objets, éolien et panneau solaire, on peut dire : objectif atteint.
Quand, du vélo, on peut en dire beaucoup moins.
L’objet vélo sert uniquement à faire du vélo.
Pourquoi faut-il faire du vélo ?
Pourquoi engager des fonds publics à l’endroit de « favoriser la pratique du vélo » ?
Pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre.
C’est le seul objectif que se propose d’atteindre le vélo.
Il convenait donc de vérifier (cet ensemble de prémisses).
A l’effet d’obtenir une diminution des émissions de gaz à effet de serre. (Et non l’inverse.)
On ne pourra pas dire de la fabrication de ces « véloroutes » et de ces « voies vertes » : ce n’est pas écolo, c’est dispendieux en fonds publics, mais cela atteint son objectif.
En ce sens, c’est un objet neuf à nos sociétés.
Nous convenons, à nos sociétés, de l’existence d’objets qui ne sont pas écolos ou encore qui sont dispendieux en fonds publics.
Voici soudainement un objet qui n’atteint pas son objectif.
De ses propriétés intrinsèques.
Convenons qu’il faut l’analyser puisque nos outils existent.
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Des « délégations »
Au théâtre des Amandiers, Bruno Latour et Laurence Tubiana proposèrent une expérimentation : celle de l’idée de Délégations. Délégations étatiques et non étatiques, délégations humains et non humains : pour voir nos appétits en acte sur le vivant humain et non humain, comme sur nos ressources, et voir les intérêts divergents à l’œuvre à l’heure de prendre une décision politique. Cette idée des Délégations est un outil, qui doit pouvoir redescendre à nous-mêmes, au champ politique de nos décisions. Si cet outil avait existé ici, à ces dossiers de « véloroute » et/ou de « voie verte », nous aurions eu des Délégations Arbres, Haies vives, Sols, Sources, Oiseaux, Insectes, Amphibiens, une délégation Promeneurs, etc. Au cœur de ces délégations, une seule, celle du VTT-VTC-Vélo électrique, aurait suffi à nous dire : nous avons tout ce qu’il faut, déjà, pour faire du vélo.
Nous créons à nos sociétés des outils. Bruno Latour nous proposait d’appréhender le « nouveau régime climatique ». Ces outils devraient pouvoir redescendre au niveau local, départemental, communal. Et nous faire mesurer ce que nous voulons et au nom de quoi.
Sur l’idée des délégations de Bruno Latour : https://www.forum.lu/wp-content/uploads/2015/11/8229_356_LATOUR_Bruno.pdf
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Du vide
Devant nous, il n’y a rien. Ni piscine olympique (versus jardins ouvriers, Aubervilliers), ni barrage hydraulique pour produire de l’électricité (Sivens), ni bassins d’emplois, ni autoroutes, ni aéroport, ni « bassines », ni mine pour produire du lithium ; rien que du vélo. A l’ensemble de ces objets, devant soi, devant la nature, devant les ressources et leur partage, devant la res publica, il y a quelque chose. Des piscines pour nager après les Jeux olympiques, des avions pour passer, des bretelles pour être empruntées, de l’électricité pour être consommée sans pénurie, des « bassines » pour irriguer des champs et des produits pour être mangés, soit par l’homme, soit par le bétail, lui-même mangé par l’homme, du lithium contre les moteurs thermiques, etc. enfin, des emplois, partout des emplois. Devant nous, il n’y a rien. Sauf le vide.
On n’ira pas à vélo, d’une suite de prémisses pour conduire l’autre raisonnement : celui qui dit nous est-il possible d’aller à vélo ?
« Dans une logique de contractualisation avec les collectivités afin de s’assurer que les investissements sont ciblés et efficaces » ; plan vélo du gouvernement Borne.
A interroger un territoire, son peuplement, sa société humaine, son siècle, sa production de biens et services, on répondra : devant nous, il n’y a rien. Sauf du vélo du tourisme et de loisirs. Parce que, de fait, ces voies seront empruntées à l’été, à la belle saison.
Et que c’est l’ensemble d’un territoire national qui est maillé de ces « voies vertes ». Les travaux sont prévus pour la mi-septembre.
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Les communs à proportion de l’objet
Il est donc des questions qui entrent autrement au débat public. Pour relever de notre à-venir, la dégradation écologique de nos territoires s’inscrit à double titre au débat public : des communs en cours de définition (eau, air, mers et océans, terre ‒ sol et ressources) versus bénéfices escomptés. Voici la question en tension à nos sociétés, celle qui mobilise nos objets d’étude, nos recherches, nos politiques.
En tout, revoir notre développement à l’aune de la question écologique.
Les communs s’établiront à proportion de l’objet, c’est-à-dire du bien qu’on pense en retirer.
Ce « bien » lui-même s’établissant en négociation constante avec nous-mêmes.
Part de la question, part de la solution, définir le bien commun est en cours à nos sociétés.
Savoir ici, à deux tronçons de voies, définir le bien commun (dégradation écologique versus bénéfices escomptés) nous servira de modèle mathématique (à l’énonciation de lois) pour définir à proportion l’existence de communs ‒ en tout, contribution à une question d’envergure (dérèglement climatique, sixième extinction de masse des espèces et six limites planétaires atteintes sur neuf).
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CE QUE NOUS VOYONS : COMMUNIQUER.
Exemple 1. Ce que nous avions. Ce qui n’existera plus.
Un sol, des bandes enherbées, une voie plus ou moins large,
de la végétation à proximité.
(Photo d’illustration, le Télégramme, 20 mai 2023, vote du financement
à hauteur de 504 000 € pour 4,6 km soumis à aménagement
entre Riec-sur-Bélon et Moëlan-sur-Mer, Finistère.)
Exemple 2. En Une du Riec.infos
(bulletin municipal, février 2022).
Des chemins tels que nous les avions,
tels qu’ils n’existent déjà plus
(branches, arbres et haies à proximité des vélos)
et tels que nous ne les aurons plus
(sols artificialisés, contre de la terre, des cailloux,
comme cela se rend visible sur cette image).
Praticables en VTT et VTC.
Exemple 3. Ce que nous verrons.
Comme étant ce que nous avions
lu aux permis d’aménager :
« Réaménagement d’un chemin
existant en voie verte. »
CQFD
« Réaménagement d’un chemin
existant
en voie verte. »
« Réaménagement d’un chemin
existant
en voie verte. »