Après plus d’un siècle d’attente, Paris a enfin été officiellement désignée ville hôte des Jeux Olympiques 2024, courant 2017. Un moment alors très attendu par le pays, qui s’est vu accueillir le monde dans sa capitale, les mois de Juillet et d’Août 2024. Seulement, alors que les épreuves approchent, c’est en Février 2024 qu’une polémique éclate après une rumeur selon laquelle Emmanuel Macron envisagerait une performance d’Aya Nakamura pour la cérémonie d’ouverture des jeux. Depuis que le nom de la chanteuse a circulé pour cet événement, et ce, avant même que cela ne soit confirmé par qui que ce soit, les réactions de tous bords se sont multipliées et le monde politique se voit s’entrechoquer avec le monde musical.
Ainsi, face à cette émulsion, il est possible de citer l’œuvre de Cyril Lemieux, La sociologie sur le vif, dans laquelle il explique que les goûts et les opinions propres à une personne sont tout simplement issus de ses milieux d’évolution. À titre d’exemple, dans un environnement où la musique classique est valorisée, la tendance à préférer ce style musical et à trouver celui-ci « supérieur » à un autre sera plus importante. Lemieux montre ainsi que chaque individu est influencé par des milieux différents : les goûts et les opinions résultent de l’environnement dans lesquels les individus grandissent, et donc de son éducation et de son milieu social. Il écrit : « Ce que les individus jugent ou valorisent dépend étroitement des cadres sociaux dans lesquels ils ont été socialisés. ». Un texte qui illustre parfaitement le cas d’Aya Nakamura, à la fois adorée pour son authenticité musicale et culturelle mais critiquée pour son manque de « prestige » ou de « représentativité française ».
Toutefois, il faut notifier que la chanteuse était majoritairement représentée, avant même cette annonce, dans des journaux davantage orientés vers la mode, le luxe ou plus généralement la musique ; des univers beaucoup plus correspondants à l’artiste. En effet, celle-ci s’est vu octroyée des rôles de grande importance dans ce milieu : ambassadrice pour la marque Lancôme, invité de plusieurs défilés de mode (on pensera notamment au défilé de Vogue World où elle réalise son ouverture à Paris, place Vendôme le 23 juin 2024), à l’affiche de la première de couverture du magazine Vogue France en novembre 2021, jury (fortement appréciée) de la saison 3 de l’émission de télévision de téléréalité musicale sur le rap, produite par Netflix, “Nouvelle École” (juillet 2024), mais surtout récompensée et très attendue chaque année lors de la cérémonie Les Flammes (avril 2024 et bientôt mai 2025).
Dans le cadre d'un suivi des évènements de manière chronologique, il sera possible de prévisualiser les principaux moments et principales citations par le biais de la frise chronologique ci-jointe (positionnée sur la gauche du texte).
➡ Affiches publicitaires : Lancôme [été 2024] ; Programme Nouvelle École de Netflix [juillet 2024] ; Couverture de Vogue [novembre 2021]
Or, suite à son passage à l’Élysée dans le cadre de sa présence ou non à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, la figure incontournable de la pop culture se trouve soudainement dans un tout autre domaine, celui du registre et de l’enjeu politique. Dorénavant, Aya Nakamura fait partie, pour la première fois, d’unes de quotidiens d’informations tels que Le Parisien📰 ou Le Monde📰 ; des journaux qui alimentent donc un nouveau débat public extrêmement passionné et polarisé autour de questions d’identité, de culture et de représentation.
En parallèle, à cette même période, l’arrivée des prochaines élections législatives font bouillonner la sphère politique française. Le pays est donc submergé et enseveli par une immense production médiatique. En effet, le premier tour ayant lieu du 25 juin au 27 juin 2024, et le second du mercredi 3 au jeudi 4 juillet 2024, le pays est soustrait à une effervescence politique. Une effervescence confrontée également aux élections européennes du 6 au 9 juin 2024, essentielles quant aux décisions législatives impliquant la vie des Européens et Européennes. Ainsi, alors que les candidats se disputent le moindre centimètre de terrain, participent à une multitudes d'interviews, tentent de convaincre le plus de voix possibles, l’idée de voir Aya Nakamura comme figure représentative de notre pays, de notre nation, a suscité bien plus que des réactions qui n'étaient pas nécessairement positives. D’un côté, Aya Nakamura invite, par le biais de ses réseaux sociaux, à voter contre le Rassemblement National étant “le seul extrême à condamner”. De l’autre, Marine Le Pen exprime avec sûreté que la participation de la chanteuse “n’est pas un beau symbole, c’est une provocation supplémentaire d’Emmanuel Macron.”. Néanmoins, la chanteuse a, pour nombreux d’entre eux, servi de réel tremplin médiatique, que ce soit pour leur apparitions à l’écran, comme simplement en guise de sujet de débats pour défendre et promouvoir leurs idées.
Par le biais de divers supports médiatiques, principalement radiographiques et journalistiques, la controverse d’Aya Nakamura pousse donc à s'interroger sur plusieurs grandes thématiques : le caractère conservateur de la France, la problématique de la langue, de ses origines et du racisme qu’elle a pu subir.
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Le 29 février 2024, L’Express📰, magazine d'actualité français, supposait la présence de la chanteuse Aya Nakamura lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris 2024. Une annonce qui révélait d’autant plus la possibilité que celle-ci interprète du Edith Piaf. Derechef, les réactions commencèrent à envahir tous types de sphères ; numériques, journalistiques, médiatiques, etc.
D’un côté, le 12 mars 2024, le journal Le Parisien📰 donne la parole aux Natifs, présenté comme un collectif identitaire d’extrême droite, dénonçant alors “un choix très politique et complètement démagogique de la part de Macron”. En effet, ces derniers s'opposent à cette absurdité tout en demandant que la France soit représentée par un artiste qui incarne notre héritage, nos valeurs et notre identité.
De l’autre côté, c’est un pourcentage plus général qui ressort suite à une enquête du journal, puisque 63% des français estiment que la présence de la chanteuse lors de la cérémonie n’est pas une bonne chose. Effectivement, Élisabeth Philippe lors de l’émission, “Édito Culture” de Radio France📻 du lundi 4 mars 2024, rappelle que les anti-Nakamura auraient préféré l’acteur Jean Dujardin accompagné d’une miche de pain et d’un béret, le tout déguisé en Coq Gaulois.
Or la véritable question que l’on doit se poser est la suivante : qu’entend-t’on par “notre héritage”, “notre identité”, “nos valeurs” ? Car si, dans un premier temps, la politique Marion Maréchal, déplore le 12 mars 2024 sur la chaîne télévisée BFMTV📺 l’incapacité de la chanteuse à représenter la France car celle-ci ne chante pas en français. Dans un deuxième temps, elle entonne, lors de l’émission de Pascal Praud et Vous sur Europe 1📻, toujours le mardi 12 mars 2024, un discours bien différent : “On ne veut pas être représenté par une chanteuse aux influences de cités et africaines. Il s’agit de l’envie du Président de la France de démontrer une France multiculturelle et non d’une nation de racines chrétiennes aux cultures européennes.”.
Lors d’une journée d’ouverture de l'université de Rennes 2, le 2 octobre 2024 ayant pour sujet Aya Nakamura, Emmanuel Parent, maître de conférence en musique actuelle, explique que la chanteuse vient de ce qu’il nomme “la minorité noire de France”. Il reprend ainsi l’exemple des travaux de Colette Guillaumin de 1985 “Sur la notion de minorité” dans lequel les minoritaires sont ceux qui sont dévalués par le majoritaire (en position de force) ; l’idéologie dominante. Ici, les partis politiques conservateurs minorisent largement Aya Nakamura et sa musique urbaine, si assigné à sa personne : “Il y a cette filiation de musique urbaine comme euphémisme pour parler des musiques inventés par les noirs-américains [...] mais il y a une notion d’altérité ; c’est la musique des autres, de ceux justement qui n’ont pas le pouvoir.”
Une opinion qui, selon RTL📻 et plus précisément selon l’Institut Odoxa, amasse une bonne partie des français ; en effet, à la question “diriez-vous que Aya Nakamura représente bien la musique française ?”, 73% des français répondent non. Ainsi, pour 73% d’entre eux, l’héritage, l'identité et les valeurs de la France sont celles de la fraternité mais, et surtout, de la paix.
En effet, Jordan Bardella, président du Rassemblement National, considère, lui, lors de l'émission C À Vous de France 5📺 du 27 mars 2024, que l'identité de la France est celle qui prône des valeurs d’unité, d’apaisement et de rassemblement. De fait, Aya Nakamura, de part sa condamnation conjugale, ne peut représenter de manière consensuelle les valeurs de la France et par conséquent celle des Jeux Olympiques qui ont pour objectif de fédérer, d’unir et encore une fois de rassembler.
Marine Le Pen, quant à elle, sur la Radio France Inter📻, le 20 mars 2024, suppose que la vulgarité ne peut représenter le pays. Or, la chanteuse, de par ses tenues extravagantes, ne reflète aucunement cette valeur. La France s’impose donc, de plus, une certaine élégance, un certain raffinement, une mode si souvent attachée à Paris, capitale de la mode et de la France.
Tout ceci a déclenché une vague de critiques virulentes, principalement issues de l'extrême droite qui ont reproché à la chanteuse d'origine malienne son style musical, soulevant des questions sur la représentation culturelle et identitaire de la France.
Premièrement, le 12 mars 2024, dans le magazine Le Parisien📰, des membres de l'extrême droite ont accusé Aya Nakamura de ne pas chanter en français en dénonçant une “africanisation” perçue de la culture populaire française. De plus, cette histoire n’est pas sans fin car, par la suite, elle a pris une tournure plus agressive lorsqu'une banderole raciste a été déployée par des militants d'ultra droite, proclamant, ce même jour, la phrase suivante : “Y'a pas moyen Aya, ici c'est Paris, pas le marché de Bamako.”, en référence à son célèbre titre Djadja. Le comité d'organisation des Jeux Olympiques a donc immédiatement condamné cette attaque, jugée raciste.
Marion Maréchal, toujours dans Le Parisien📰, se précipite pour nous affirmer que Aya Nakamura ne chante pas en français et qu’elle ne représente pas la langue française. Éric Zemmour, de l’autre côté, ne manque pas, lors d’un meeting le dimanche 10 mars 2024, de comparer l'impact de sa musique en déclarant que “les bébés seraient plus sensibles aux notes de Mozart qu’aux paroles d’Aya Nakamura.” Les deux membres du mouvement politique d’extrême droite Reconquête! démontrent ainsi, de par leurs déclarations, la défense de la culture dite “légitime” synonyme de “traditionnelle” : celle qui prône les théories du sociologue Pierre Bourdieu en soutenant l’importance des positions et des valeurs sociales plus “supérieures” que d’autres. En opposition à la culture “populaire”, celle de Aya Nakamura, ces derniers se vantent de la traditionalité française. Une France qui, au travers de la chanteuse, devrait s’opposer à la modernité, influencée par la mondialisation, mais et surtout, par la diversité.
Ce même jour, il est stipulé, toujours dans Le Parisien📰, qu’une majeure partie de la population affirmait que la participation d’Aya Nakamura équivaudrait à remplacer l’élégance française par la vulgarité mais aussi à évincer le peuple de souche au profit de l’immigration extra-européenne.
L’ultra-droite ajoute également, en utilisant l’ironie, qu’après une version afrobeat de l'Hymne à l’Amour d’Édith Piaf, on pouvait avoir une reprise du Chant des partisans par Magic System.
L’émission présentée par Élisabeth Philippe, le 4 mars 2024, sur Radio France📻, a rappelé, quant à elle, un événement similaire déroulé en 1989, lorsque la cantatrice afro-américaine Jessye Norman avait chanté La Marseillaise pour le bicentenaire de la Révolution française. À l’époque, Bruno Mégret, du Front National, avait déclaré : “Le 14 juillet, c’est la fête de la nation française et la France n’est pas noire.”, une déclaration qui résonne aujourd'hui dans le contexte des critiques adressées à Aya Nakamura.
Le 13 mars 2024, dans l’émission Radio France📻, présentée par Luc Chemla, l’extrême droite en vient à demander l’annulation de sa présence. Le gouvernement, quant à lui, dénonce des attaques bel et bien racistes comme Rachida Dati lors d’une audition au Sénat : “Attention aux prétextes pour s’attaquer à quelqu’un par pur racisme.”.
Poursuivons avec Radio Canada📻 qui, le 11 mars 2024, reprend cette idée, qui hérisse le parti d’extrême droite, en utilisant de nouveau l’expression “Ici, c’est Paris, pas le marché de Bamako.” utilisé par Les Natifs pour faire référence à sa ville natale. Il prend également l’avis des organisateurs des JO qui se disent choqués par ces attaques racistes. Angelo Gopee, patron de Live Nation France, exprime son opinion : “C’est impardonnable que des racistes puissent s’en prendre à une artiste pour ses origines et sa couleur de peau, alors que les JO transcendent les frontières.”.
Plus radicalement, d’après Radio Scoop📻, le 11 mars 2024, des comptes anonymes représentants d'ultra-droite ont, quant à eux, ouvertement critiqué la couleur de peau de la chanteuse.
Cette polémique va bien au-delà des médias français. On retrouve notamment dans NPR📻, un média radio public des États-Unis, présenté par Rokhaya Diallo, qui nous cite “The polemic is about who gets to be the face of France. It's not the first time that we've seen people of color being appointed or being chosen to represent France or to impersonate France and being targeted by racist backlash.”, à savoir : “La polémique porte sur l'identité du visage de la France. Ce n’est pas la première fois que des personnes de couleur sont nommées ou choisies pour représenter la France ou pour se faire passer pour elle et qu’elles sont la cible de réactions racistes.”
De plus, le 25 avril 2024, une résidente franco-algérienne d’Aulnay sous bois, Roxane Sebbagh, s’exprime dans The Christian Science Monitor📰 : “Aya uses slang and expressions [...] and I sing along with her. […] All this talk about grammar and the French language is an excuse for what is more of a political problem: the idea that a Black woman from the suburbs could possibly represent France.”. Autrement dit ; “Aya utilise l'argot et les expressions [...] et je chante avec elle. [...] Toutes ces histoires de grammaire et de langue française sont un prétexte à un problème plus politique : l’idée qu’une femme noire de banlieue puisse représenter la France.”
Par ailleurs, dans une émission, datant du 17 mars 2024, d’Al mayadeen📺, une chaîne de télévision d’information libanaise, le journaliste Mekolo Biligui s’exprime sur le sujet en citant : “This issue speaks volumes about the extent of racism in France. For a long time, France managed to conceal its racism. Not anymore.”, ce qui, une fois traduit, veut dire : “Cette question en dit long sur l’ampleur du racisme en France. Pendant longtemps, la France a réussi à dissimuler son racisme. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.”
D’un autre côté, dans RFI📻, une station radio publique française, diffusée à l’international, un jeune homme Angelo Gopee dit dans celle-ci, précisément le 11 mars 2024 : “It was unforgivable that racists can attack an artist for her origins and her skin colour. The Olympics should transcend borders.”. C’est-à-dire : “C'est impardonnable que des racistes puissent s'en prendre à une artiste pour ses origines et sa couleur de peau, alors que les JO transcendent les frontières.”
Malgré un bon nombre de critiques, à la fois sur l’artiste mais aussi sur ses performances, nombreux de ses fans ainsi que de personnages politiques lui ont entièrement fait confiance.
Le président de la République, Emmanuel Macron, lors de l’inauguration du centre aquatique olympique de Saint-Denis, le 4 avril 2024, sous Libération📰 et l'AFP📰, indique que Aya Nakamura doit se sentir légitime de chanter pour l’ouverture des Jeux Olympiques 2024. En effet, il affirme qu’elle aurait “tout à fait sa place” pour ouvrir cet événement. Quelques mois plus tard, le 27 juillet 2024, sous la rédaction de Patrick Boucheron, Emmanuel Macron ajoute que sa participation représenterait “une bonne chose” mais également que sa prestation serait un moyen de rassembler le peuple français : “Elle parle à bon nombre de nos compatriotes et je pense qu’elle a tout à fait sa place dans une cérémonie d’ouverture ou de clôture des Jeux.”
De même, avec l’interview du 5 août 2024, de Rin et Wijdane par le journal L’Humanité📰, ces derniers affirment que sa reprise de Charles Aznavour en compagnie de la Garde Républicaine est, depuis quelques jours, au top des tendances et à reproduire sur Tik Tok. Ils citent : “C’est partout sur les réseaux ! C’est pour cela qu’on est là !”. Sa prestation est devenue une tendance à réaliser ; cela a donc été un moyen de rendre accessible la culture française à tous, en particulier aux plus jeunes.
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De plus, ce moment a été considéré comme symbolique par certains puisqu’il a permis de montrer la diversité française tout en permettant à des français “racisé” de se sentir inclus. C’est pourquoi, d’après le Courrier International📰, dans son article du 8 juin 2024, vu des États-Unis, reprenant l'article datant du 25 avril 2024 de The Christian Science Monitor📰, écrit : “la France est l’un des pays d’Europe où la diversité éthnique est la plus riche et Aya Nakamura donne à voir de nombreuses facettes de cette “nouvelle” France. En tant que mère célibataire noire, qui a grandi dans les HLM d’Aulnay-sous-Bois, en banlieue parisienne, et qui est devenue une star mondiale, elle donne à voir un autre visage de la France et un vécu qui est de plus en plus familier aux Français.”
Rin, toujours selon l’article du 5 août 2024, a indiqué dans le magazine L’Humanité📰 que cette tendance n’a pas été créé uniquement afin de faire du buzz, mais également pour se réapproprier la culture française et s’affirmer : “C’est hyper important pour nous, qui sommes d’origine marocaine, de voir qu’une personne racisée a pu faire ce qu’elle a fait le jour de la cérémonie. Sa reprise de Charles Aznavour était géniale. C’est un vrai clin d’œil à tous les racistes qui l’ont critiqué.”
Évidemment, chacun de ses axes précités, ayant majoritairement pour référence ses origines, ont conduit à souligner l'utilisation de la langue, vectrice de problèmes. En effet, toujours selon l’article du Parisien📰, publié le 12 mars 2024, encore basé selon le témoignage des Natifs, indique que “La culture musicale de notre pays a bien plus à offrir que le Rap ou le charabia des chansons d’Aya.”. Rappelons que le charabia se définit comme un langage incompréhensible tandis que le Rap comme une musique populaire, apparue dans les années 1970, au sein même des ghettos américains. Ainsi, à nouveau, Les Natifs dénigrent ouvertement la personne d’Aya Nakamura tout en sous-estimant le Rap, étant tout aussi respectable qu’un autre style musical.
Julien Odoul, député français du Rassemblement National, ajoute, quant à lui, dans le journal Libération📰 du 26 juillet 2024, que choisir cette artiste dans le but de représenter la culture française lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques est un saccage. Il continue en ironisant : “Aya Nakamura y’a pas moyen !”, référence au vers éponyme de la célèbre chanson Djadja : “Oh Djadja, y’a pas moyen, Djadja.”.
Lors de l’émission de Radio France📻 du 4 mars 2024, toujours présentée par Élisabeth Philippe, les éditorialistes sont mis en lumière. Effectivement, ces derniers se sentent aptes et capables d’émettre une critique musicale et expliquent qu’Aya n’est pas dans la capacité de pouvoir faire rayonner la langue française. Ils considèrent qu’il eut été préférable de choisir Vianney, un artiste plus légitime à représenter cette langue française. Toutefois, la présentatrice rappelle que l’interprète de la célèbre musique “Je m’en vais” compte parmi ses compositions une musique nommée “Moi aimer toi”, grammaticalement incorrecte.
À nouveau, le 13 mars 2024, encore une fois sur Radio France📻, émission présentée cette fois-ci par Luc Chemla, un député du Rassemblement National, Sébastien Chenu, considère que “Aya Nakamura maltraite et martyrisé la langue française.”.
Le 12 mars 2024, Pascal Praud via une émission d’Europe 1📻, cite la phrase suivante, venant de la tête de liste du parti d’extrême droite Reconquête!, Marion Maréchal ; “Elle ne chante pas en français.”. Plusieurs arguments de défense sont utilisés, dont un précisément : lors de la lecture des paroles des chansons Djadja et Hypé, plusieurs mots à connotation sexuelle sont retrouvés tels que “catchana” pour signifier la levrette ou le terme anglais “dick” dans le but d’évoquer l’attribut masculin. Malgré cet argumentaire, Pascal Praud rétorque en stipulant : “Ce n’est pas du Baudelaire mais c’est un français qui est aujourd’hui, une forme de poésie.”.
Cette controverse, initialement sur une échelle française, est rapidement devenue un sujet à débat, et ce, à hauteur mondiale. De fait, le 4 avril 2024, lors de l’émission américaine NPR📻, le journaliste et écrivain Olivier Cachin explique que la langue est en constante évolution ; les mots, les accents, les expressions ne cesseront jamais de changer. Il ajoute donc que les individus ne comprenant pas les termes utilisés par la chanteuse cherchent simplement à se dédouaner de toute responsabilité. Ceux-ci proclament qu’il ne s’agit pas de français mais c’est à eux qu’il revient de s’adapter aux divers changements de la langue : “But it’s them who should take a lesson of French - I mean of today’s French, not of Middle Ages French.”. Propos que l’on peut traduire de la manière suivante : “Mais c’est eux qui devraient prendre des cours de français - j’entends le français d’aujourd’hui, pas le français du Moyen-Âge.”.
Toujours en dehors du territoire français, la sociologue et experte en Hip-Hop Marie Sonnette-Manouguian explique le 25 avril 2024, dans The Christian Science Monitor📰, qu’Aya Nakamura puise son inspiration au travers de plusieurs styles musicaux comme le Zouk ou encore, plus communément, le RNB. Celle-ci recours au langage courant tout en l’enrichissant d’onomatopées, selon un certain rythme dans le but de capter l’audience bien plus rapidement. Pour la sociologue, cet élément participe nettement à son succès. Elle ajoute également que le public de la chanteuse est plus que varié. Par conséquent, avoir fait ce choix, en la nommant comme participante de la cérémonie d’ouverture, relève d’un « rational choice », autrement dit un “choix rationnel”. Par ailleurs, Aya Nakamura est la première femme à figurer dans la liste des « meilleurs artistes » de 2023 mais également la Française la plus écoutée à l’étranger. Celle-ci mérite donc entièrement son titre de “The Edith Piaf of her time”, soit “l’Edith Piaf de son époque.”.
Il faudra ainsi finir sur un article publié le 4 mars 2024, par le journaliste Léo Tescher, de France Info📻, avec l’intervention d’un journaliste spécialiste du RAP. Ce dernier prend la défense d’Aya Nakamura, rappelant que “ce ne sont pas les paroles qui nous importent.”. En effet, Radio Canada📻, dans un article du 11 mars 2024, indique que la musique populaire s’est continuellement nourrie et continue de se nourrir de textes simplistes composés de “De-Do-De-Do” ou encore, du plus célèbre “La-La-La-La”. Des chants que l’on retrouve dans de nombreux titres et chez de nombreux artistes au grand succès tels que Les Beatles, The Police ou plus récemment Katy Perry. Cette combinaison d’onomatopées à répétition est à la fois un moyen de renforcer le rythme d’une mélodie mais également de favoriser la mémorisation, chose qui permet de fortement marquer la personne écoutant le titre.
Comme Élisabeth Philippe le déclare dans Radio France📻 le 4 mars 2024, Aya Nakamura aux Jeux Olympiques ce n’est qu’une histoire de “pop-corn”, un sujet croquant, mordant, qui titille l’aspect politique. Un aspect qui ne devrait aucunement avoir lieu dans cette cérémonie.
Bien évidemment, les élections législatives se sont présentées comme une occasion en or pour les différents partis politiques. Ces derniers n’ont eu qu’à s’emparer du sujet afin de le transformer en enjeu de campagne. Le média rapporte également la moquerie ouverte de Marine Le Pen, quant à la présence de la chanteuse à l’Élysée après une visite au Président de la République. Celui-ci est visiblement devenu “metteur en scène” et “directeur de casting”. Une situation alors jugée de “grotesque” et de “ridicule”, à l’image de la polémique.
Habilement, la présentatrice met en avant le plus gros point commun entre Edith Piaf et Aya Nakamura : elles sont toutes deux les chanteuses françaises les plus écoutées de leur époque. Le choix ne s’avère donc pas totalement “absurde” dans le cadre d’une “cérémonie internationale”. Un point qui sera bien souvent relevé par d’autres médias.
En effet, sur RTL📻, Amandine Bégot rappelle le “sacre” de Aya Nakamura comme “artiste féminine de l’année” ; le comité d’organisation des JO de Paris, quant à lui, déclare dans Radio-Canada📻 : “Total soutien à l’artiste française la plus écoutée dans le monde.” ; Radio Espace📻 met en avant Fanny accentuant elle-même l“influence” mais, et surtout, la prestation de la chanteuse ayant “marqué les esprits avec la meilleure audience” de l'histoire avec près de 32 millions de téléspectateurs sur France 2 ; avec plus d’émerveillements encore, Prisca Kitwa sur NRJ📻 abordera la tenue de la chanteuse lors de la cérémonie avec une voix admirative : “parée de plumes d’or”. Des plumes d’or symboles de paix et de liberté tandis que l’or comme symbole de pouvoir. Des réactions qui, malgré de nombreux jugements et d'innombrables critiques, laissent penser que sa prestation a fait bonne impression, sur le territoire français comme à l’étranger.
Sa fabuleuse reprise du titre “For me, Formidable” originairement du chanteur Charles Aznavour fait clin d’œil aux racines françaises. Cette musique est effectivement considérée comme l’un des emblèmes les plus puissants de la musique française, l’une des plus connues de son époque. Or, Charles Aznavour étant d’origine arménienne, il s’agit ni plus ni moins que le symbole d’une France ouverte. Une chanson qui représente le métissage d’une langue (ici entre l’anglais et le français) si bien pratiqué par Aya Nakamura et jamais reproché à Aznavour. Tant d’éléments qui ont su satisfaire les oreilles des plus réticents le moment venu.
La musique de la chanteuse, souvent associée à la culture urbaine et aux codes de la jeunesse, divise les opinions ; certains critiquent le caractère parfois provocateur de ses paroles et de ses clips, soudainement soucieux de l’image qu’on pourrait renvoyer aux autres pays et estimant donc qu'elle ne respecte pas nos valeurs françaises, et encore moins les valeurs olympiques, là où d'autres ont tenu à défendre son droit de s'exprimer librement et ont souligné l'importance de la culture populaire dans la société contemporaine. À titre d’illustration, le magazine bimensuel américain Rolling Stones📰, qui traite de la pop culture à dominante musicale, a, lui, pris part au débat dans son article publié le 29 juillet 2024. Il retrace alors les apparitions de chaques artistes présents à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, en passant de Lady Gaga et son bel hommage au cabaret à la prestigieuse prestation de Céline Dion du haut de la Tour Eiffel, sans oublier Gojira et l’ode à la Révolution française, pour enfin s’enflammer sur la prestation d’Aya Nakamura qui a “brillé de milles feux” et qui “a incarné la confiance et l’expertise d’une médaillée d’or olympique lors de sa brillante prestation”.
Une prestation devenant non seulement virale mais, et surtout, augmentant les chiffres des applications d’écoute ; le surnom de la “reine de France” y trouve tout son sens. La chanteuse écrit elle-même sur les réseaux-sociaux, toujours accompagnée de son franc-parler : “On s’est amusés de ouf avec la Garde républicaine ; On s’est vraiment amusés pendant les répétitions. Aya Nakamura X la Garde républicaine, c’était banger”. Un duo mémorable et puissant mais qui laisse surtout une trace touchante dans le sillage de l’histoire française. La Garde républicaine assurant alors des missions d’honneur et de sécurité auprès de l’État français et du public partage le symbole même d’une réconciliation entre une France plus ancienne et une France plus moderne.
Cette controverse aura finalement fait comprendre à chacun des individus qu’il est primordial de savoir de réfléchir quant à la manière dont l’identité collective est construite et la façon dont les valeurs et les mœurs doivent être transmis aux générations futures.
Le bouillonnement politique, notamment dû à la période d’élections législatives, la concurrence entre les campagnes ou encore l’agitation des partis, a plus que tout fait émerger l’iceberg des divisions de la société française ; questions identitaires, culturelles et politiques. Aya Nakamura pour lors qualifiée d’artiste “vulgaire” par ses détracteurs a sû suscitée une grande réflexion sur les critères esthétiques et les valeurs éthiques qui guident les choix culturels de chacun.
Bien nombreuses sont les critiques qui reposent trop souvent sur des stéréotypes liés à l’origine de la chanteuse, à son style musical ou encore à son image ; des banalités et de lourds préjugés qui persistent toujours aujourd’hui, et ce même dans notre société actuelle, pourtant caractérisée par le “modernisme”.
Il ne faut pas non plus oublier que les réseaux sociaux n’ont fait qu'amplifier ces divisions, principalement causés par la rapidité de propagation de la rumeur. Les plateformes, les plateaux télévisuels, les journaux ou encore les radios où les opinions se sont affrontées sans laisser part à de véritables dialogues n’ont fait que mettre en lumière les fractures de notre société.
Le combat contre les discriminations et les préjugés est loin d'être terminé. Mais, à la vue du pouvoir que détiennent les réseaux sociaux, il devient plus qu’urgent de repenser les modes de communication et de débat public.
📰 La presse (journaux, magazines, et autres) 📰
L’Humanité [1904] - Quotidien français {Tendance politique de Gauche}
The Christian Science Monitor [1908] - Journal d’actualités américain {Neutralité politique}
Le Parisien [1944] - Quotidien régional français {Neutralité politique}
AFP [1944] - Agence de presse internationale française {Neutralité politique}
L’Express [1953] - Magazine d’actualité hebdomadaire français {Tendance politique de Centre-Droite}
Rolling Stones [1967] - Magazine bimensuel américain {Tendance politique de Gauche}
Libération [1973] - Quotidien national français {Tendance politique de Gauche}
Courrier International [1990] - Hebdomadaire d'information français {Tendance politique de Gauche}
📻 La radio (émissions, podcasts, et autres) et la télévision 📺
RTL [1933] - Station de radio généraliste française {Tendance politique de Gauche}
Radio Canada [1936] - Société de service de diffusion de la Couronne Canadienne {Neutralité politique}
Radio France Inter [1947] - Station de radio généraliste française {Tendance politique de Centre}
Europe 1 [1955] - Station de radio généralisée française {Tendance politique de Droite}
National Public Radio NPR [1970] - Réseau de radiodiffusion des États-Unis {Tendance politique de Droite}
RFI [1975] - Station de radio publique française {Neutralité politique}
Radio France [1975] - Société nationale de radio-diffusion française {Tendance politique de Gauche}
NRJ [1981] - Radio française de dimension nationale {Tendance politique de Gauche}
Radio Scoop [1982] - Radio locale lyonnaise {Neutralité politique}
France Info [1987] - Radio publique d’information française {Tendance politique de Gauche}
France 5 [1994] - Chaîne de télévision généraliste française {Tendance politique de Gauche}
Radio Espace [1997] - Station de radio locale française {Tendance politique de Gauche}
BFMTV [2005] - Chaîne de télévision d'information nationale française {Tendance politique de Droite}
Al mayadeen [2012] - Chaîne de télévision d’information libanaise {Tendance politique de Droite}
Autres
Université Rennes 2 [1969] - Université située à Rennes
Live Nation France [2009] - Organisateur d’évènements
Institut Odoxa [2014] - Entreprise de sondages française
Meeting Éric Zemmour [2024] ➡ https://www.youtube.com/live/kOa_CAchEyE?si=tFjfCztc7kC58i6s
Prestation de Aya Nakamura lors de la cérémonie d'ouverture des JO de Paris 2024