« L’Enfer, comme une grotte obscure, sous des montagnes. Des anges resplendissants enchaînent Béelzébuth, le chef des ténèbres ; ils frappent d’autres démons, et en poursuivent d’autres avec des lances. Plusieurs hommes, nus et enchaînés, regardent en haut. Un grand nombre de serrures brisées. Les portes de l’Enfer sont renversées ; le Christ les foule aux pieds. Le Sauveur prend Adam de la main droite et Ève de la gauche. À gauche du Sauveur, le Précurseur, le montrant du geste. David est près de lui, ainsi que d’autres rois justes, avec des couronnes et des nimbes. À gauche, les prophètes Jonas, Isaïe et Jérémie ; le juste Abel et beaucoup d’autres personnages avec des nimbes. Tout autour, une lumière éclatante et un grand nombre d’anges. »
C’est ainsi qu’au début du 18ème siècle, Denys de Fourna décrivait la manière dont est communément représentée la Résurrection du Christ, et ce sous sa forme théologique la plus aboutie : la Descente aux Enfers. Il aura fallu près d’un millénaire pour réussir à mettre symboliquement en image le grand mystère de la Résurrection que saint Paul lui-même peine à esquisser : « Que veut dire : Il est monté ? – Cela veut dire qu’il était d’abord descendu dans les régions inférieures de la terre. Et celui qui était descendu est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux pour remplir l’univers. »
Ici, il n’est plus question de descente ni même de montée, comme si le fruit essentiel de ce mystère ne pouvait se cueillir que dans la grâce du moment, celle de l’aujourd’hui de la venue du Sauveur qui se fait, non pas avec fracas dispersant les verrous et les chaines qui maintenaient captifs, mais au pas de celui qui vient à la rencontre rejoignant la marche lente et timide de l’humanité qui ne sait où chercher Dieu et qui le voit, enfin !
Bien sûr il y a le Christ aux vêtements de gloire étincelants, et la foule des anges faisant cortège ; bien sûr il y a cette lumière éblouissante qui l’entoure et le montre tout-autre, le Tout-Autre, inaccessible presque … c’est quand même une théophanie, Dieu se révèle vainqueur, ce n’est pas une scène de la vie ordinaire ! Et pourtant…
Cette icône présente pourtant une composition singulière. Habituellement, la Descente aux Enfers met fortement l’accent sur un mouvement d’abord descendant, puis orienté vers une ascension, où le Christ saisit fermement Adam pour l’arracher au pouvoir des enfers. Mais ici, la composition est étonnamment simple et dépouillée. Il n’y a pas de mouvement vertical. Le Christ vient à la rencontre de l’humanité comme s’il marchait vers elle, dans une attitude presque fraternelle. Il ne saisit pas encore la main d’Adam — figure de toute l’humanité — mais la lui présente, comme une invitation paisible.
Jésus, celui-là même qui arpenta les chemins de Galilée avec ses disciples et amis, ce Jésus des Béatitudes ; ce Jésus qui se manifesta dans la lumière au Thabor et dans la nuit à Gethsémani ; Jésus qui entra triomphalement à Jérusalem porté par un âne, acclamé par la foule puis outragé, tourné en dérision par un roi dérisoire, élevé ensuite sur le bois de la Croix. Ce Jésus Roi de l’univers, il vient. Son attitude est simple, d’une proximité désarmante. Toujours inattendu, il vient et nous apprend que le Dieu d’en-haut vient par le bas, et qu’aussi bas que nous soyons, nous qui comme Adam sommes tirés de l’humble terre et dont l’âme aspire à devenir tel un jardin bien irrigué, aussi loin que nous soyons de Lui, quelque chemin d’égarement que nous ayons pris, Jésus Sauveur connait ce chemin. Nous nous croyions perdus, il vient nous retrouver. Il connait le chemin.
Dans la grotte, derrière Adam, se tiennent Ève, ainsi qu’une représentation des quatre grands prophètes qui ont annoncé la résurrection.
Isaïe, d’abord, proclame :
« Tes morts revivront, leurs cadavres se relèveront.
Réveillez-vous et exultez, vous qui habitez la poussière !
Car ta rosée est une rosée de lumière,
et la terre rendra ses trépassés. »
(Is 26,19)
Jérémie annonce l’espérance au cœur de l’exil :
« Ils reviendront du pays de l’ennemi.
Il y a une espérance pour ton avenir — oracle du Seigneur. »
(Jr 31,16-17)
Ézéchiel, dans sa célèbre vision des ossements desséchés, proclame :
« Je vais ouvrir vos tombeaux,
je vous ferai sortir de vos tombeaux, ô mon peuple,
et je vous ramènerai sur la terre d’Israël.
[…] Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez. »
(Ez 37,12-14)
Enfin Daniel annonce explicitement la Résurrection :
« Beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière de la terre
se réveilleront, les uns pour la vie éternelle,
les autres pour la honte et l’horreur éternelle. »
(Dn 12,2)
Le ciel de cette icône est d’un bleu profond, presque nocturne.
Car c’est au cœur de la nuit de la Veillée pascale que la lumière du Christ — liturgiquement manifestée par le cierge pascal — vient rompre les ténèbres.
Le titre lui-même tient lieu de lumière : peint en or, il proclame Ἀνάστασις — Anastasis, c’est-à-dire la Résurrection.
Bien que de nature apocryphe, l’Évangile de Nicodème fut très largement lu et respecté dans la tradition chrétienne ancienne.
« Aujourd’hui, le silence règne sur la terre… »
Aujourd’hui, un grand silence règne sur la terre.
Un grand silence, et une grande attente.
Le Roi dort, et pourtant il veille.
La terre tremble, car Dieu s’est endormi dans la chair,
et il est descendu réveiller ceux qui dormaient depuis des siècles.
Dans les profondeurs de l’Hadès, la Mort s’agite.
Selon le récit de Nicodème, elle s’interroge avec effroi :
« Qui est celui qui vient, si fort et si glorieux ?
Jamais personne n’est descendu ici avec une telle puissance.
Si nous le recevons, nous sommes perdus. »
Les portes éternelles frémissent.
Les verrous antiques chancellent.
Car celui qui s’approche n’est pas un mort parmi les morts,
mais la Vie descendue dans la mort.
Alors la voix du Christ retentit dans l’abîme,
non comme un murmure, mais comme un commandement créateur :
« Ouvrez vos portes, princes des ténèbres,
ouvrez-les, portes éternelles,
et le Roi de gloire entrera ! »
Les ténèbres reconnaissent celui qu’elles ont cru vaincre.
La Croix, devenue clef, brise les serrures de l’enfer.
La Mort est dépouillée de ses armes.
Alors le Christ s’avance vers Adam,
le premier façonné, le premier tombé,
celui qui, depuis si longtemps, attendait dans l’ombre.
Et le Seigneur lui dit :
« Adam, je suis ton Dieu,
et pour toi je suis devenu ton fils.
Lève-toi, toi qui dors,
car je ne t’ai pas créé pour que tu demeures captif dans l’Hadès. »
À Ève aussi il parle,
à celle qui avait écouté la voix du mensonge :
« Relève-toi avec Adam,
car pour vous deux j’ai accepté la mort. »
Et Adam répond, selon Nicodème,
dans une confession bouleversante :
« Je te bénis, Seigneur,
toi qui as visité ceux qui étaient assis dans les ténèbres
et à l’ombre de la mort. »
Alors tous les justes exultent. Ils disent d’une seule voix :
« Voici celui que nous attendions,
voici celui qui nous a délivrés. »
Le Christ ne discute pas avec la mort.
Il ne négocie pas avec l’Hadès.
Il prend Adam par la main et le fait sortir.
Car le salut n’est pas un accord,
mais un arrachement.
Et Nicodème conclut :
« Le Seigneur sortit de l’Hadès,
tenant Adam par la main,
et tous les saints le suivirent. »
La Descente aux enfers n’est pas un épisode du passé.
Elle est la révélation la plus radicale de l’amour de Dieu.
Il n’existe aucune nuit où le Christ n’ait osé descendre.
Aucun abîme où sa lumière ne puisse entrer.
Aucune captivité qu’il ne soit venu briser.
À chacun de nous, il dit aujourd’hui :
« Lève-toi, toi qui dors.
Je ne t’ai pas créé pour la mort. »
Et déjà, dans le silence du Samedi saint,
la Résurrection est en marche.
Seigneur Jésus Christ,
Verbe de Dieu fait chair,
toi qui n’as pas craint le silence de la mort,
toi qui es descendu jusque dans les profondeurs de l’Hadès,
nous t’adorons.
Dans la nuit la plus obscure,
tu es venu comme la Lumière que rien n’éteint.
Là où régnaient le verrou et la peur,
tu as fait retentir ta voix de vie.
Là où l’homme était captif,
tu es entré librement.
Seigneur,
tu n’es pas passé au-dessus de notre mort,
tu l’as traversée.
Tu n’as pas contourné nos ténèbres,
tu les as habitées.
Tu n’as pas négocié avec la mort :
tu l’as vaincue.
Nous te rendons grâce
pour Adam relevé,
pour Ève restaurée,
pour tous les justes tirés de l’ombre,
pour toute l’humanité saisie par ta main.
Aujourd’hui encore,
tu descends dans nos enfers intérieurs :
dans nos peurs enfouies,
dans nos fautes qui nous enchaînent,
dans nos désespoirs silencieux.
Et tu nous dis, avec douceur et autorité :
« Lève-toi, toi qui dors.
Je ne t’ai pas créé pour la mort. »
Seigneur Jésus,
donne-nous de reconnaître ta présence
là même où nous pensions que tu étais absent.
Apprends-nous à tendre la main,
non par nos propres forces,
mais dans la confiance de ton salut.
Que ton Esprit de vie
nous relève avec Adam,
nous restaure avec Ève,
nous entraîne à la suite des saints
vers la lumière de la Résurrection.
Toi, le Vivant pour les siècles des siècles,
à toi soient la gloire,
la louange et l’adoration,
avec le Père et l’Esprit Saint,
maintenant et pour l’éternité.
Amen.
Seigneur Jésus Christ,
Verbe de Dieu fait chair,
toi qui n’as pas craint le silence de la mort,
toi qui es descendu jusque dans les profondeurs de l’Hadès,
nous t’adorons.
Dans la nuit la plus obscure,
tu es venu comme la Lumière que rien n’éteint.
Là où régnaient le verrou et la peur,
tu as fait retentir ta voix de vie.
Là où l’homme était captif,
tu es entré librement.
Seigneur,
tu n’es pas passé au-dessus de notre mort,
tu l’as traversée.
Tu n’as pas contourné nos ténèbres,
tu les as habitées.
Tu n’as pas négocié avec la mort :
tu l’as vaincue.
Nous te rendons grâce
pour Adam relevé,
pour Ève restaurée,
pour tous les justes tirés de l’ombre,
pour toute l’humanité saisie par ta main.
Aujourd’hui encore,
tu descends dans nos enfers intérieurs :
dans nos peurs enfouies,
dans nos fautes qui nous enchaînent,
dans nos désespoirs silencieux.
Et tu nous redis, avec douceur et autorité :
« Lève-toi, toi qui dors.
Je ne t’ai pas créé pour la mort. »
Seigneur Jésus,
donne-nous de reconnaître ta présence
là même où nous pensions que tu étais absent.
Apprends-nous à tendre la main,
non par nos propres forces,
mais dans la confiance de ton salut.
Que ton Esprit de vie
nous relève avec Adam,
nous restaure avec Ève,
nous entraîne à la suite des saints
vers la lumière de la Résurrection.
Toi, le Vivant pour les siècles des siècles,
à toi soient la gloire,
la louange et l’adoration,
avec le Père et l’Esprit Saint,
maintenant et pour l’éternité.
Amen.