Introduction

Avant toute chose, il nous faut remercier ceux qui ont défriché ce terrain obscur de l'histoire des techniques (voir bibliographie), et particulièrement Robert Halleux, qui nous a fait la grande joie de nous offrir, en mars 2013, une mémorable conférence sur le sujet.

L’histoire des techniques est complexe : les traces du passé, si elles indiquent la présence ici ou là de telle technique ou trace de technique, n’en indiquent pas pour autant l’origine. Tout au plus peut-on dire que cette technique était connue à cet endroit et à cet instant. C’est donc affaire de spécialiste, ce que nous ne sommes pas. Quant à en connaître l’inventeur, c’est encore plus discutable.

En revanche, ce qui semble intéressant pour la classe, c’est ce que peut apporter l’histoire des techniques à la pédagogie des sciences à l’école : est-il possible à partir de documents anciens mis à la disposition des élèves, de proposer des scenarii pédagogiques qui leur permettraient de découvrir des mécanismes basiques et d’en tirer quelques principes ?

Grâce au développement des bibliothèques numériques, et notamment l’extraordinaire corpus proposé par plusieurs organismes publics[1], des manuscrits et des livres du XIIIème au XVIème siècles sont à notre  disposition sur internet, permettant de faire des impressions de grande qualité, base du travail documentaire. Si certains de ces manuscrits ou livres anciens restent anonymes ou mal identifiés, les auteurs de la plupart d’entre eux sont bien identifiés par les historiens des techniques. Et certains noms nous sont désormais familiers : Mariano di Jacopo dito Taccola, Giovanni Fontana, Francesco Di Giorgio Martini, Fausto Veranzio, Konrad Kyeser, Ulrich Bessnitzer,… La figure de Léonard de Vinci y est bien sûr présente, mais ce n’est pas l’essentiel de nos rencontres. Nous ne chercherons jamais à attribuer telle « invention » à tel « génie ». Car il semble bien que cela n’a pas de sens réel : ces livres ont beaucoup circulé, leurs auteurs se connaissaient au moins de réputation, quand ils n’étaient pas maîtres et disciples. Nous chercherons plutôt à montrer à nos élèves en quoi une technique est le produit d’une longue évolution d’une technique antérieure et surtout qu’elle est le fruit d’un savoir-faire et d’une pensée.

Le travail proposé ici, s’il s’appuie sur certaines images particulièrement intéressantes de notre point de vue, pourra être adapté par chaque enseignant dès lors qu’il aura accès au corpus cité plus haut. Cet ouvrage n’est donc pas un manuel où l’on trouvera une route toute tracée, mais plutôt une proposition pour approcher les techniques et les mécanismes simples.

Célestin Freinet disait qu’observer ne suffit pas, il faut comprendre et agir. C’est ce principe qui prévaut dans notre travail, comme dans le travail de La main à la pâte[2].

Il ne s’agit pas ici de proposer aux élèves de redécouvrir par eux-mêmes les techniques et les concepts, mais de les mener sur des chemins très balisés au long desquels ils auront affaire à ces techniques et concepts, et seront à même de les interroger, de les discuter, et de fonder sur eux de nouvelles connaissances – nouvelles pour eux. Pour ce faire, nous proposons un dispositif faisant appel à un matériel simple facilement reproductible ou adaptable, et qui permet de travailler l’expérimentation des forces, à la manière dont pratiquait Galilée il y a 400 ans : recréer sur table un dispositif qui aide à la compréhension des phénomènes. C’est tout l’intérêt de cette démarche d’investigation.



« C’est par l’action et la pensée (l’instrumentation et la mathématisation) que la technique donnera au monde, non pas des machines et des procédés, non pas des gadgets ou des produits de consommation, mais le moyen de connaître le monde et la place de l’homme dans le monde. » [3]



[1] Voir Liens

[2] www.lamap.fr

[3] Jean BAUDET : De l’outil à la machine, Vuibert 2003, P. 197.