N°2
Rendre compte de la cobotique rédactionnelle
N°2
Rendre compte de la cobotique rédactionnelle
Ce deuxième numéro est composé de neuf articles, tous consacrés à la création d’outils permettant de retracer les processus de cobotique rédactionnelle. Ces outils ont permis d’interroger, de compléter et de réviser la nomenclature des gestes déjà à l’œuvre dans les articles du numéro 1.
Sommaire
Du geste au processus. Pour un dispositif multidimensionnel de la cobotique rédactionnelle
L'enchaînement des gestes et sa carte. Lire l'ordre d'une session de cobotique rédactionnelle
La trace, ou l'arborescence des possibles. Carte de la trace et critique génétique d'une session de cobotique rédactionnelle
La carte des intentions. Lire l'intention du geste, des actes de langage à la philosophie de l'action de la cobotique rédactionnelle
La carte de l'agir. La circulation du faire, l'imputation qui demeure dans la cobotique rédactionnelle
La carte de l’échange. Lire l’ajustement de l’entente entre l’auteur et le modèle dans la cobotique rédactionnelle
La carte des ruptures. Lire le retrait de la reprise entre l'auteur et le modèle dans la cobotique rédactionnelle
Soupeser les outils. Ce que les sept outils du numéro donnent à voir de la cobotique rédactionnelle, et pour quels textes
De la session aux cartes. Guide d'usage des outils de lecture de la cobotique rédactionnelle
Ce numéro est parti d'une insatisfaction. La nomenclature des gestes, établie dans le premier numéro, nommait bien ce qui se fait quand un auteur écrit avec un modèle de langage. Elle ne disait rien, en revanche, de l'ordre de ces gestes ni des versions abandonnées en chemin, pas plus que des intentions, du partage du travail, de l'accord qui se règle entre l'auteur et le modèle ou des moments où l'auteur se retire. J'ai donc construit six outils de plus, un par article, et chacun a été éprouvé sur l'écriture de l'article qui le présente. L'article-cadre pose ce dispositif, que six articles d'axe déploient deux par deux. Vient ensuite la synthèse, qui pèse ce que chaque outil a montré. Le guide qui clôt le numéro remet enfin les outils à d'autres auteurs, et propose aux éditeurs une échelle de garantie pour savoir ce qu'ils peuvent demander. Le lecteur attiré par la théorie commencera par le cadre et les axes ; celui qui veut se servir des outils peut aller droit au guide.
Ce travail m'a appris des choses que les articles ne disent pas. Je me suis perfectionné dans la conduite du modèle : le relancer comme le contredire, refuser ce qu'il proposait ou le recadrer quand il s'éloignait. Chaque outil m'a mis face à des pensées que je connaissais mal, qu'il s'agisse de la génétique textuelle, de la philosophie de l'action ou, pour finir, de la sociologie du conflit. Le modèle me les a fait découvrir ou approfondir. Je ne les ai pas reçues toutes faites pour autant : il a fallu les discuter, en garder une part, en écarter une autre, puis plier ce qui restait à la fabrication d'un outil. On parle beaucoup de l'esprit critique qu'exigent les propositions d'un modèle de langage. Je l'ai exercé à chaque page, et le modèle me l'a rendu, en confirmant certaines de mes idées et en objectant à d'autres. Ses objections ont souvent fait avancer ma réflexion autant que les miennes.
On dit volontiers que ces modèles font gagner du temps. Le numéro s'est fait entre le 28 août et le 27 septembre 2026, en onze fils de travail, repris chacun cinq fois en moyenne, pour environ cinq heures par article et une cinquantaine d'heures en tout. Ce total dit peu de chose des intervalles. Les limites de durée des sessions, et celles de mon abonnement, m'imposaient des pauses entre les séquences. J'y ai revu des passages à tête reposée et rouvert des questions que je croyais tranchées. Le temps que le modèle me faisait gagner, je l'ai donc rendu à la réflexion.
Le dernier acquis est d'ordre métacognitif. En construisant l'outil des intentions, je l'ai appliqué à mes propres gestes, à la manière de l'entretien d'explicitation, et j'ai mis au jour des visées que je n'avais jamais formulées, sur ce que je cherche avec cette revue comme sur des gestes que je faisais sans y penser. Je fabriquais l'instrument et j'en étais en même temps l'objet : ce que j'ai découvert sur moi, je ne l'ai pas inventé pour l'exemple. J'en tire aujourd'hui profit ailleurs, dans ma vie comme dans mon travail. Et cela m'aide à aborder la suite, notamment les questions que ce numéro laisse ouvertes.
Jacques Rodet
Du geste au processus. Pour un dispositif multidimensionnel de la cobotique rédactionnelle
Rodet, J.
varIA, n° 2, 2026, varIA-2-01
Résumé
La cobotique rédactionnelle désigne la production d'un texte en collaboration entre un auteur humain et un modèle de langage, dans un partage du pouvoir d'agir où l'auteur garde l'entière responsabilité de l'œuvre. Un premier instrument l'a donnée à voir, une nomenclature des gestes ; mais en les recensant, il a fait apparaître tout ce qu'un inventaire ne peut retenir du processus. Cette incomplétude vaut moins comme défaut que comme découverte, car elle appelle un dispositif là où une liste plus longue ne suffirait pas. L'article en pose l'architecture, un objet au centre, la cobotique rédactionnelle à l'œuvre, entouré des sept outils qui la donnent à voir, et il ouvre ce numéro où chacun sera à son tour construit et mis à l'épreuve.
Mots-clés
Cobotique rédactionnelle - Nomenclature des gestes - Processus rédactionnel.
L'enchaînement des gestes et sa carte. Lire l'ordre d'une session de cobotique rédactionnelle
Rodet, J.
varIA, n° 2, 2026, varIA-2-02
Résumé
Le premier numéro de varIA avait fixé une nomenclature des gestes de la cobotique rédactionnelle, sans dire comment ces gestes s'ordonnent. Cet article ouvre l'axe de l'enchaînement, qui lit la succession des gestes, ce qui s'y répète et ce qui y revient. Il refonde d'abord la nomenclature sur un principe explicite, puis construit un outil, la carte des enchaînements, qui transcrit une session en une ligne de gestes et en trace deux cartes, l'une au grain des registres, l'autre au grain des gestes. L'outil est éprouvé sur l'écriture même de l'article, dont chaque partie devient la matière qu'il analyse. L'épreuve fait apparaître les régimes de la collaboration, enrichit la nomenclature sous la responsabilité de l'auteur, et montre un instrument qui se corrige à mesure qu'il tourne sur sa propre fabrique.
Mots-clés
Cobotique rédactionnelle - enchaînement des gestes - nomenclature des gestes - carte des enchaînements - imputation - réflexivité - axe syntagmatique - analyse de séquences - analyse conversationnelle.
La trace, ou l'arborescence des possibles. Carte de la trace et critique génétique d'une session de cobotique rédactionnelle
Rodet, J.
varIA, n° 2, 2026, varIA-2-03
Résumé
La trace complète l’enchaînement en donnant accès non plus à la seule ligne des gestes, mais à l’arborescence des états successifs d’un texte. Elle prend la forme d’une forêt d’arbres locaux, où chaque nœud correspond à un état du passage et chaque branche au geste qui conduit à l’état suivant, les branches mortes conservant les possibilités écartées par le texte final. Inspirée de la critique génétique, cette approche déplace la notion d’avant-texte : il ne s’agit plus de reconstruire ce qui a disparu, mais d’ordonner le trop-plein des états conservés par le journal de session. L’article éprouve cette conception sur sa propre fabrique, en faisant tourner deux prompts sur le journal de la session : l’un produit l’arbre d’un passage, l’autre la forêt de l’article. Sur un même passage, la mise en regard avec l’enchaînement permet alors de confronter deux modes de lecture : la ligne, qui mesure le déroulement, et l’arbre, qui en révèle la profondeur.
Mots-clés
Cobotique rédactionnelle - critique génétique - avant-texte - trace - arbre des états.
La carte des intentions. Lire l'intention du geste, des actes de langage à la philosophie de l'action de la cobotique rédactionnelle
Rodet, J.
varIA, n° 2, 2026, varIA-2-04
Résumé
L'axe des intentions, troisième du numéro et premier du couple de l'agir, lit la visée qui donne son sens au geste, ce que chaque geste de la cobotique poursuit. Il emprunte à la philosophie du langage, Austin et Searle, ce qu'un geste accomplit en se faisant, et à la philosophie de l'action, Anscombe, la fin en vue de quoi il est fait, complétée par l'entretien d'explicitation de Vermersch pour atteindre les visées que l'auteur ne déclare pas. Il en tire un outil, la carte des intentions, qui lit l'intention en trois couches, la force sur tous les gestes, la visée sur ceux de l'auteur, le plan sur l'ensemble. L'outil révèle une asymétrie, le modèle exerce une force sans viser de fin, l'auteur seul poursuit des fins, dont une part reste muette. Éprouvé sur l'écriture de cet article même, il distingue le régime d'intention propre à chaque partie et le fond de dispositions durables qui, sous ces régimes, gouverne le travail de l'auteur. L'article scelle une nouvelle version de la nomenclature des gestes et une première version du répertoire des visées, et laisse à l'axe voisin, le partage de l'agir, la question du qui.
Mots-clés
Cobotique rédactionnelle – intention - visée, actes de langagen - philosophie de l'action - carte des intentions
La carte de l'agir. La circulation du faire, l'imputation qui demeure dans la cobotique rédactionnelle
Rodet, J.
varIA, n° 2, 2026, varIA-2-05
Résumé
Second membre du couple de l'agir, cet article prend pour objet le partage du pouvoir d'agir entre l'auteur et le modèle, là où l'axe des intentions avait lu la visée du geste sans lire à qui la main passait. Il construit un outil, la carte de l'agir, qui lit non le geste isolé mais le passage de main, ce mouvement par lequel le pouvoir d'agir circule d'un acteur à l'autre. Quatre traits en composent la lecture : le sens du passage, sa charge, son attache à ce qui précède, et la rétention par laquelle l'auteur retient, écarte ou réserve ce que le modèle lui tend. L'outil reçoit de l'article fondateur le découplage qui commande tout l'axe, l'agentivité se partage mais l'imputation demeure entière à l'auteur, et il en donne une lecture en acte. Éprouvée sur la fabrique du présent article, la carte fait apparaître un partage stable, le modèle produit et l'auteur tranche, une modulation du régime de circulation selon la tâche de chaque partie, et un écart entre l'ordre où le texte s'écrit et l'ordre où il se lit. L'imputation, elle, ne se déplace jamais, quelle que soit l'allure de la circulation.
Mots-clés
Cobotique rédactionnelle - Agentivité partagée - Imputation - Circulation de l'agi - Passage de main - Carte de l'agir
La carte de l’échange. Lire l’ajustement de l’entente entre l’auteur et le modèle dans la cobotique rédactionnelle
Rodet, J.
varIA, n° 2, 2026, varIA-2-06
Résumé
Cinquième axe du numéro, l'échange lit la relation par laquelle l'auteur et le modèle de langage s'accordent au fil de leur dialogue, là où l'axe précédent, le partage de l'agir, s'arrêtait, au point où le passage de main devient tour de parole. Il construit un outil, la carte de l'échange, dont l'unité est l'ajustement de l'entente, le couple que forment un apport et la reprise qui le reçoit, lu non du côté du faire mais de ce que cet accord change au terrain commun que l'auteur et le modèle tiennent pour acquis. Deux traits le décrivent, l'effet sur l'entente et la portée, sous une règle qui ne se gradue pas, le fondement revient toujours à l'auteur. Cette règle est le propre de la cobotique, l'auteur seul répond de ce qu'il signe. L'outil est éprouvé sur la fabrique même de cet article, partie par partie ; la comparaison des régimes montre alors que l'entente se règle diversement selon la tâche, en silence, par décision ou par reprises, mais toujours par la même main.
Mots-clés
Cobotique rédactionnelle - Echange auteur-modèle - Ajustement de l'entente - Carte de l'échange.
La carte des ruptures. Lire le retrait de la reprise entre l'auteur et le modèle dans la cobotique rédactionnelle
Rodet, J.
varIA, n° 2, 2026, varIA-2-07
Résumé
Cet article est le dernier des six axes du numéro. Il clôt le couple de la relation, dont l'échange était le premier membre. L'échange lisait la relation quand elle tient et s'ajuste entre l'auteur et le modèle ; les ruptures lisent la même relation quand elle se retire, sans cesser tout à fait. Une rupture, ici, n'est pas la fin du lien. C'est un acte de l'auteur au-dedans d'une relation qui dure, un retrait, une reprise que la relation attendait et qu'il ne donne pas. Le modèle, lui, ne rompt pas, parce que l'auteur seul répond de ce qui s'écrit, et parce que le modèle est tenu de toujours répondre. L'axe emprunte à Simmel une idée, le conflit est une forme de la relation, non sa fin, et une échelle qui va jusqu'au point où la relation cesserait ; ce point est l'automatisation, le dehors de la cobotique, que l'article tient hors de toute carte. Freund et Wieviorka prolongent Simmel en français. L'article construit alors la carte des ruptures, qui repère les reprises manquantes et en gradue la profondeur. Éprouvée sur sa propre fabrique, cette carte n'a trouvé aucune rupture. Ce vide est le résultat le plus fort de l'outil, il montre que l'auteur a tenu la relation d'un bout à l'autre, et que son texte relève bien de la cobotique rédactionnelle.
Mots-clés
Cobotique rédactionnelle - Rupture - Retrait - Imputation - Conflit - Carte des ruptures.
Soupeser les outils. Ce que les sept outils du numéro donnent à voir de la cobotique rédactionnelle, et pour quels textes
Rodet, J.
varIA, n° 2, 2026, varIA-2-08
Résumé
Cet article pèse les sept outils construits dans le numéro 2 de varIA pour observer la cobotique rédactionnelle, la nomenclature des gestes et les six cartes (enchaînements, trace, intentions, agir, échange, ruptures), à partir de ce que leurs épreuves ont montré, chacun ayant été appliqué à la fabrique de son propre article. Pour chaque outil, il dit ce qu'il donne à voir et ce qui lui échappe, puis ce que chaque couple apporte de plus que ses deux membres. Il dit ensuite ce que les outils apportent de nouveau à la connaissance de la cobotique rédactionnelle. Il examine enfin, couple par couple, ce qu'ils donnent sur les textes littéraires, journalistiques et scientifiques, en distinguant ce qui est constaté de ce qui est déduit, sans réserver aucun outil à un genre.
Mots-clés
Cobotique rédactionnelle - Outils d'analyse - Nomenclature des gestes - Types de textes - Imputation.
De la session aux cartes. Guide d'usage des outils de lecture de la cobotique rédactionnelle
Rodet, J.
varIA, n° 2, 2026, varIA-2-09
Résumé
Ce guide clôt le numéro 2 de varIA en mettant ses outils à la disposition de qui veut lire sa propre écriture avec un modèle de langage. Il ne revient ni sur leurs fondements, exposés dans les articles d'axe, ni sur leur valeur, que la synthèse a pesée. Il conduit l'auteur de la session tenue avec le modèle jusqu'aux cartes qui en montrent la fabrique. Le parcours compte sept étapes. La session est d'abord transcrite en ligne des gestes, que l'auteur vérifie sur l'échange, puis il tranche les cas douteux avec un prompt d'arbitrage, seule pièce nouvelle du dispositif. Viennent ensuite le choix des cartes, le lancement de leurs prompts et la lecture du résultat. Une fiche par carte précise son chemin, ce que l'auteur y tranche et ce qu'elle ne peut pas montrer. Pour les éditeurs, une échelle de garantie en quatre niveaux, de la simple déclaration à l'appareil complet, fait de la carte des ruptures le premier réquisit : elle atteste la présence de l'auteur avant de montrer sa manière. Les dix-neuf prompts, accordés à la version 2.3 de la nomenclature, sont réunis en annexe.
Mots-clés
Cobotique rédactionnelle - Guide d'usage - Ligne des gestes - Arbitrage – Prompts - Échelle de garantie.