Nos ancêtres ne laissaient rien perdre. Un parchemin, par exemple, fait d'une peau de mouton ou de chevreau, vieux de deux siècles et apparemment sans intérêt, pouvait faire en 1622 une excellente couverture pour un recueil d'actes notariés.
Pourtant, si on soulève la couverture, on découvre, un peu rogné pour être adapté à ses nouvelles fonctions, le parchemin d'origine.
Partie supérieure du parchemin
Partie inférieure du parchemin
LE TEXTE
Ce texte, antérieur à l'édit de Villers-Cotterets imposant le français dans les actes officiels, est en latin et se situe entre 1426 et 1439.
Il est relatif au mariage d'un habitant de Buzet, Ahémar SERIN, fils de Raymond, avec une jeune fille de St Agnan, Marquise FABRE.
La dot de la mariée, treize écus d'or, un lit, un trousseau et une vigne à Montastruc, a été versée par les soins du frère de la jeune fille aux Serin père et fils, mais ceux-ci n'avaient pas officiellement reconnu, comme le veut la coutume, l'avoir reçue. Pour que tout rentre dans l'ordre, le marié et son père font dresser par le notaire Ymbert de Baradarie cet acte qui répare un oubli commis en toute bonne foi, selon eux.
Le texte soulève plusieurs problèmes intéressants, et tout d'abord celui de sa date.
LA DATE
Elle est incomplète : il s'agit du 12 avril mille quatre cent...? Mais le texte indique le roi régnant Charles, l'évêque de Toulouse Denis, et le notaire Ymbert de Baradarie ou Barada ; ces précisions permettent de mieux cerner la date :
On peut donc penser que ce texte a été écrit entre 1426 et 1439, et que les personnages sont contemporains de Jeanne d' Arc.
Denis du Moulin est intéressant à plus d'un titre. Avant d'être évêque de Toulouse, il fut marié et n'embrassa l'état ecclésiastique qu'après la mort de sa femme Marie de Courtenay. En 1439 il devint évêque de Paris, patriarche d'Antioche et conseiller de Charles VII. Il mourut en 1447 ; son gisant est à Notre Dame de Paris.
Gisant de l'évêque Denis du Moulin ( G.Garitan – wikipedia)
LES PERSONNAGES
Rien ne nous renseigne sur le métier du marié, pas plus que sur celui du père ou du frère de la mariée. Cependant les treize écus d'or de la dot et la vigne indiquent une certaine aisance. Plus révélatrice est la liste des témoins, qui regroupe d'importants personnages de St Sulpice :
LES LIEUX
La vigne apportée en dot est à Montastruc la Conseillère, lieu dit « A la Combe » ou Als Boycheles », en bordure d'un ruisseau, la Grépié. Le bien est difficile à situer, mais doit se trouver entre Buzet et Montastruc, terroir prospère.
Texte latin
Traduction partielle