photogaphie: katia Geins
Je me suis longtemps demandé s’il fallait parler avant un concert ou laisser la musique s’exprimer seule.
Je ne crois pas qu’il existe une seule bonne réponse. Cela dépend du lieu, du moment, du public et des musiciens avec lesquels on joue.
J’ai écrit ce texte comme une possible préparation à l’écoute. Il m’arrive de le lire avant certains concerts, mais pas toujours. Il me sert aussi à me rendre moi-même disponible, à ouvrir un espace d’attention avant que la musique commence.
Selon les situations, j’en reprends seulement quelques idées ou je trouve d’autres mots. Il reste pour moi une base, une manière d’aborder cette question de la préparation à l’écoute, qui me paraît importante dans certains contextes.
Préparation à l’écoute
Ce qui va se jouer ici n’a pas été décidé à l’avance.
Ce n’est pas une forme préparée, ni un spectacle construit pour illustrer une idée.
C’est un choix d’assumer l’incertitude.
L’improvisation n’est pas un effet.
C’est une manière d’être présent.
Un son apparaît.
Il appelle une réponse.
Un silence s’ouvre.
Il transforme l’espace.
Nous ne cherchons pas à démontrer quelque chose.
Nous cherchons à rester attentifs à ce qui surgit, à ce qui se déplace, à ce qui résiste.
Ce moment ne sera ni répété ni reproduit.
Il prendra la forme de la rencontre (entre les musiciens, le lieu et vous).
Il est possible que vous y entendiez des tensions, des élans, des fractures ou des accords
inattendus.
Il est possible que vous y entendiez autre chose.
Nous vous invitons à entrer dans cette écoute sans attente précise.
À ne pas chercher un message, mais à partager un présent.
Ce qui va se produire naîtra de la rencontre.
Et cette rencontre nous inclut tous.