photogaphie: katia Geins
Démarche artistique
Je ne pense pas mon travail comme une suite de projets définis à l’avance.
Je développe une démarche artistique qui se construit dans l’instant, dans la relation, dans l’écoute.
L’improvisation n’est pas pour moi un genre ni une posture esthétique.
C’est une manière de me tenir dans le monde.
Accepter de ne pas savoir.
Accepter que la forme ne soit pas donnée.
Accepter que ce qui advient dépasse l’intention.
Mon parcours ne suit pas une trajectoire linéaire.
Il s’est construit par déplacements successifs : rencontres, scènes, retraits, retours.
Il y a eu des périodes d’exposition et d’autres de solitude.
Des moments où j’ai travaillé longuement seul, en enregistrant différents instruments, en assumant tous les rôles. Cette autonomie m’a donné une densité intérieure, une écoute plus radicale, presque austère. Elle m’a appris à puiser sans appui extérieur. Mais elle m’a aussi confronté au risque d’un monde sonore refermé sur lui-même.
Puis le réel a déplacé l’équilibre.
La paternité n’a pas seulement introduit une responsabilité ; elle a introduit l’imprévisible. Un imprévisible qui ne relève pas de la scène, qui ne se module pas, qui ne s’organise pas. Il a fallu apprendre à improviser ailleurs que dans la musique. À composer avec le temps réel, la fatigue, l’attention partagée. Cette expérience a transformé ma manière d’écouter, de respirer, de me situer dans le jeu collectif.
Aujourd’hui, ces expériences ne s’opposent plus.
Elles forment un même mouvement.
Ma pratique est profondément liée au corps et au souffle.
Le saxophone devient un lieu d’exploration, parfois instable, parfois presque silencieux. Le son peut être dense, fragile, rugueux. Il naît souvent d’un déséquilibre, d’un frottement, d’une tension tenue. Ce travail engage le corps, la respiration, la présence.
Quand je joue, je ne cherche pas à démontrer.
Je cherche à être traversé par la situation.
Le lieu, l’acoustique, les personnes présentes, le silence même, deviennent des partenaires actifs. Chaque performance est un équilibre provisoire entre tension et retrait, entre construction et abandon.
Le projet, s’il faut employer ce mot, consiste à créer les conditions d’une rencontre réelle entre les musiciens, le lieu et le public.
Un espace où rien n’est fixé d’avance.
Un espace où l’écoute prime sur le contrôle.
L’improvisation n’est pas l’absence de projet.
Elle est une pratique de la responsabilité.
Une manière de relier le paysage intérieur et le monde extérieur.
Une manière de rester vivant dans le son.