Ça commence aujourd’hui.
Aménager un garage.
Le transformer en espace sonore.
Un circuit autonome.
Un lieu pour l’expérimentation,
pour l’improvisation artistique,
transdisciplinaire.
Pas d’argent.
Pas de comptes à rendre.
Pas d’institution.
Pas de subvention.
Mais la liberté.
Créer.
Échanger.
Être ensemble.
Faire humanité.
Tant qu’il reste un peu de temps.
Tant que cela est encore possible.
Et s’il le faut,
mourir en créant,
en criant,
en hurlant,
en chuchotant,
en improvisant.
Ce lieu naît dans un garage, dans un sous-sol, dans un endroit ordinaire, presque invisible. Pas dans une grande ville, pas dans un centre d’art, pas dans une salle identifiée, pas dans un espace déjà reconnu par les circuits culturels habituels. Il naît là où, souvent, il ne se passe presque rien pour les musiques improvisées, expérimentales, contemporaines, transdisciplinaires. Là où il faut parfois inventer soi-même les conditions de la rencontre.
Ce sera un très petit lieu. Un lieu bas, modeste, à échelle humaine. Une dizaine de personnes, peut-être vingt lorsque ce sera possible. Des concerts intimistes. Des projections. Des répétitions. Des résidences souples. Des passages. Des temps de travail. Des discussions. Des rencontres entre artistes locaux, artistes de passage, curieux, musiciens, danseurs, plasticiens, poètes, cinéastes, auditeurs attentifs.
Il ne s’agit pas d’ouvrir une salle de spectacle au sens classique. Il ne s’agit pas de créer une programmation lourde, régulière, institutionnelle. Il s’agit plutôt de faire exister un point de rencontre, un refuge actif, un espace de travail et d’écoute, un endroit où l’on puisse chercher, essayer, reprendre, rater, recommencer, approfondir.
Il y aura une petite bibliothèque, un fonds très modeste de livres, de films, de documents, de traces autour de l’improvisation, des musiques expérimentales, du free jazz, des pratiques contemporaines et des formes artistiques hors cadre. Ce fonds est personnel, incomplet, fragile, mais il sera mis à disposition de celles et ceux que ces questions intéressent.
Le lieu fonctionnera par liens plutôt que par réseau. Un cercle de personnes sera prévenu, parfois très en amont, parfois au dernier moment. Il pourra y avoir un concert annoncé quelques jours avant, une projection improvisée, une répétition ouverte, une rencontre qui se décide presque par accident. Ce ne sera pas un lieu de communication massive, mais de circulation discrète.
Les artistes pourront venir travailler, répéter, rester un peu, faire une résidence légère, inventer une forme, rencontrer d’autres personnes. Il y aura peut-être de quoi dormir, de quoi cuisiner, de quoi rester quelques jours dans une économie très restreinte. Rien de confortable au sens institutionnel. Mais peut-être quelque chose d’autre : du temps, de l’écoute, de l’attention, une forme de disponibilité.
Le lieu s’appellera peut-être Les Bas de Plafond. Ou Le Sous-Marin. Quelque chose qui dit le dessous, le peu visible, le presque caché. Quelque chose qui dit aussi les fantômes, les rats, les présences qui continuent à vivre dans les interstices. Ne pas forcément se faire voir. Ne pas forcément chercher la lumière. Mais exister quand même. Insister. Creuser. Faire entendre ce qui n’a pas beaucoup d’endroits pour être entendu.
Ce projet part d’un constat simple : les institutions culturelles ne sont plus toujours en mesure de soutenir réellement les formes les plus fragiles, les plus exigeantes, les plus minoritaires. Les grandes villes deviennent trop chères, trop saturées, trop codifiées. Les circuits classiques de production, de programmation, de reconnaissance et de diffusion ne peuvent pas être notre seul horizon. Le schéma capitaliste n’est pas une option suffisante pour ce que nous cherchons à faire.
Il faut donc reconstruire autrement. Modestement, mais sérieusement. Localement, mais sans provincialisme. À petite échelle, mais avec une vraie exigence artistique. Faire venir des musiques pointues, radicales, improvisées, expérimentales, dans des endroits où elles n’arrivent presque jamais. Permettre aussi aux artistes d’ici de se rencontrer, de travailler ensemble, de construire des formes dans la durée.
Ce lieu n’est pas un repli. Ce n’est pas une cabane fermée sur elle-même. C’est au contraire une tentative de redistribution des cartes. Une manière de dire que la création ne doit pas seulement survivre dans les grandes métropoles, dans les lieux labellisés, dans les dossiers de subvention, dans les calendriers verrouillés. Elle peut aussi surgir dans un garage, dans une cave, dans une pièce basse, dans un sous-sol, dans un endroit banal transformé par l’écoute.
Il faudra accepter que tout ne soit pas possible. Je ne pourrai pas répondre à toutes les demandes, ni accueillir tout le monde, ni gérer une structure comme une institution. Il y aura sans doute peu de réponses, sauf lorsque quelque chose pourra réellement se faire. Ce n’est pas du mépris, c’est une nécessité. Le lieu restera petit, fragile, artisanal. Il ne doit pas devenir une machine administrative.
Mais s’il fonctionne, même par fragments, il pourra devenir un espace de circulation, de travail, de transmission et d’amitié artistique. Un lieu pour faire exister l’inexistant. Pour faire entendre l’inattendu. Pour maintenir vivant quelque chose qui ne demande pas à être rentable, ni spectaculaire, ni validé.
Un lieu pour continuer.