C’est donc le mercredi 26 mars 2025 avec l'appel d'un confrère, le curé de Meknès, que j’entre dans une autre dimension.
A Ouarzazate, j'avais déjà comme projet de faire un jour de la figuration . Il y a régulièrement des appels. Ici, j'ai l'opportunité de jouer un "tout petit rôle", celui d'un prêtre pour un enterrement. Il y aurait 4 jours de tournage (à Tanger & à Casablanca), et les dates sont bonnes pour moi. Une petite vidéo de moi et quelques photos plus tard, et je suis accepté. RDV le 22 avril ...
Le lundi 21 avril je prends la route pour Tanger depuis Ouarzazate, soit 750km et 9h de route. Je m’installe dans la chambre à l’hôtel Rembrand où une chambre m’a été réservée.
Pour les afficher en grand dans une nouvelle fenêtre, un clic droit sur les photos.
Le lendemain mardi, un chauffeur vient me chercher pour me conduire sur le plateau de tournage afin d'effectuer l'essayage de mon costume. Arrivé, sur place, on est tout de suite plongé dans un autre temps avec les figurants en costume d'époque et les vieilles voitures. Après le déjeuner à la cantine, c'est donc costume puis passage chez au make-up pour le rasage de près !
L'après-midi étant libre, j'en profite pour faire un petit tour en ville, que j'avais déjà visitée en juin 2016.
Mercredi, les choses sérieuses commencent ...
A 7h30 un mini-bus nous récupère devant l'hôtel pour nous emmener jusqu’au « base camp » à Assilah (le chauffeur a eu quelques soucis pour trouver). A l’arrivée, petit-déjeuner copieux, et début de l’attente, pour le rasage, le maquillage, l’habillage (et quelques retouches), et enfin le départ sur le « plateau » de tournage (là encore, le chauffeur n’avait pas la localisation, pourtant à 500m). Je retrouve l’ambiance que j’avais découvert à Ouarzazate, avec une équipe un peu réduite. Mais la ruche est toujours là, bruyant et active jusqu’au « ACTION » !
Il est donc midi lorsque nous démarrons le tournage de la procession funéraire à travers la campagne. Une procession prise sous tous les angles : en face, par derrière, par en haut avec un drone, en montée, en descente, l’avant, l’arrière, plans larges, gros plans du héraut. Heureusement, il n’y a jamais eu plus de 3-4 prises pour chaque séquence. A 15h, c’est la pause déjeuner pour une heure. Mais à la reprise, il n’y a qu’une seule séquence de tournée, et nous sommes vites libérés. Le mini-bus nous ramène au « base camp » pour vite se changer et attendre la navette pour rentrer à l’hôtel où nous sommes arrivés vers 18h40 !
Sur le tournage, on prend bien soin de nous : écran solaire, parapluie, eau, sandwich, voiture pour nous ramener au point de départ de la procession, etc. … Il y a une bonne ambiance entre nous, et je découvre des personnes « pro » de la figuration.
Une bonne nuit de sommeil ne sera pas imméritée, surtout que le départ est à 6h30 demain matin !!!
Jeudi, départ donc à 6h45, toujours pour Assilah, où le « base camp » était cette fois installé en ville, au pied des remparts de la médina. Première chose en arrivant : le petit-déjeuner, bien copieux, avant la séance d’habillage, de rasage, de maquillage. Le tournage de la première est prévue à 10h00, mais dès 9h00, je suis conduit sur place, à l’église de Assilah où se déroule une scène de prière autour du cercueil. Je récupère ma prière en latin, nous nous mettons d’accord avec le réalisateur sur le décor, les gestes à accomplir (je rajoute un encensoir pour un enfant le chœur, et le bénitier pour le second pour l’aspersion du cercueil). L’ensemble de la technique se met en pace, et on m’équipe aussi d’un micro cravate.
À 10h00 environ commence le tournage de la scène, découpée en plusieurs plans : depuis le fond, un peu plus près, plans serrés sur les bancs de face, gros plan sur le « héros », et enfin plan depuis le chœur. J’ai bien du dire ma prière 30 fois (sans jamais la connaître par cœur finalement), asperger le cercueil autant de fois (et à chaque fois l’accessoiriste l’essuyait …) La scène est donc répétée avec plusieurs plan et plusieurs prises à chaque fois. Et le montage fera le reste. C’est ma prière qui donnait le rythme de la scène à chaque ACTION ! Ce travail là était donc fort différent de la veille, et surtout à l’abri du soleil.
Mais par pour longtemps puisque vers midi nous étions dans une rue de la medina pour tourner l’entrée de la procession dans la ville vers l’église. Après la traversée de la campagne, le rythme était un peu plus lent, tout le monde étant un peu fatigué. Et cela n’a pas été difficile de ralentir le pas sous le soleil brillant. Un soleil encore plus vif après la pause déjeuner (cette fois à 13h, ce qui était quand même plus agréable) pour la scène de l’arrivée à l’église. Une scène tournée sous les regards curieux des touristes. C’est vers 16h00 que figurants et silhouettes ont été congédiés.
La silhouette est un personnage plus visible et identifiable que le simple figurant, qui peut avoir une action spécifique à accomplir, et avoir quelques répliques très courtes. C’est un peu le stade avant le petit rôle.
Une fois libérés, tout le monde s’est précipité pour se changer, prendre une collation et les figurants recevoir leur cachet avant de rejoindre le mini-bus qui nous a tous conduit à nouveau à Tanger, pour la dernière nuit avant le retour le lendemain vendredi.
Pause à l'ombre entre les prises ...
Petite pause de quelques jours avant une nouvelle session de tournage, cette fois à l'asile où nous cherchons la défunte.
Les dates ont été modifiée : du lundi 5 et mardi 6, elles sont passées au samedi 3 et lundi 5. Je ne pourrai donc pas participer le samedi à la session de Conseil Diocésain de la Pastorale. Je rejoindrai Rabat samedi soir après le tournage qui a lieu dans la ville de Benslimane, entre Casablanca et Rabat. (Mais tout cela changera encore et bouleversera l'organisation prévue !)
Le vendredi, j’ai donc pris la route de Casablanca, par Midelt, Kasbah Tadla. Une très belle région, verdoyante, fleurie, avec de nombreux troupeau. Arrivée à l’hôtel un peu avant 17h00.
Dans le groupe des silhouette, ça s’affole déjà pour demain et l’heure du départ. Et pour les hommes, la question du rasage : nous apprenons que nous devons arrivés rasés, personne n’a son rasoir !! Le make-up semble débordé … Finalement, ils nous raseront !
Samedi matin, départ à 8h30 dans la circulation infernale de Casablanca. J'ai pris ma voiture pour aller directement à Rabat après la fin du tournage et rejoindre ma réunion (je reviendrai le dimanche après-midi à Casa pour la journée de lundi). Je suis arrivé plus tôt que mon RDV prévu, et je suis rapidement rejoint par les autres silhouettes (on nous avait aussi dit de bien prendre notre petit-déjeuner, et finalement, il y avait de quoi sur place …) Commence alors un long temps d’attente, pour l’habillage, puis le rasage et la crème solaire, et pour le tournage. Le soucis, c’est que nous n’avons aucunes informations, et nos référents pas plus. Les renseignement glanés sont en plus contradictoires. Vers midi arrivent les sandwichs, puis le déjeuner vers 13h, et enfin vers 15h30 vient le tournage. C’est un peu la partie moins chouette du truc, cette période de flou. Finalement, ils avaient donc largement eu le temps de nous raser.
Mais, après le premier « action » tu oublies tout cela et tu es pris dans le jeu … d’acteur ! Au programme aujourd’hui : l’arrivée du curé à l’asile de Marengo et l’accueil par le directeur. Cela a donné lieu à une magnifique prise de vue d’un scarabée, un peu rebelle ! Puis, ce fut la sortie du cercueil de la morge et le départ du cortège funéraire de l’asile. Et enfin, la prière à la morgue de l’asile et la sortie du cercueil. A chaque foi, la séquence est prise sous différents axes et plans, avec une répétition et plusieurs prises (une fois, j’avais même la caméra bien fixée sur moi). Mais ce sont les porteurs du cercueil qui ont un peu souffert.
La zone de tournage entre Mohammedia et Benslimane
Une fois dans le bain, on ne voit plus le temps passé, et c’est à 18h30 que avons fini, avec ce qui étais prévu lundi. Donc fin de l’expérience. J’avais juste encore une prise de son à faire pour ma prière, toujours en latin. Et vue l’heure, tout le monde était pressé de te déshabiller, de ranger et partir. Ce qui se comprend.
Du coup, vue l'heure tardive, et plus aucune raison de revenir à Casablanca dimanche, je retourne finalement à l'hôtel pour passer la nuit et rejoindre Rabat tôt le lendemain matin. Ce lundi libéré, me permettra aussi de (finalement) participé à la rencontre de la fraternité Jesus Caritas, et de rentrer à Errachidia un jour plus tôt.
Après avoir été sur plusieurs plateaux de tournage à Ouarzazate, je suis donc passé de l’autre côté de la caméra, et ce fut une très belle expérience de découvertes, de rencontres, de partages et de nouveaux liens qui se sont crées à travers le pays (Tanger, Casablanca, Khenifra). Je note la bonne – voire très bonne - ambiance dans le « groupe des silhouettes », qui est très vite devenu un (nouveau) groupe WhatsApp, ainsi qu’avec l’équipe technique, le réalisateur et les comédiens.
Ce qui était aussi amusant, c'est que tout le monde, en voyant la soutane et la barrette, reconnaissait un prêtre, mais personne ne pensait qu'il s'agissait d'un "vrai" prêtre. Cela a aussi permis de belles discussions. En tout cas, ce n'est pas très éloigné de mon apostolat à Ouarzazate, où j'ai déjà eu l'occasion d'accompagner 2 équipes de cinéma.
Mais de quel film s'agit-il ?
Il y a un indice dans la photo ci-contre.
Avec les costumes, vous aurez remarqué que nous sommes dans les années 40 !
Cela ne se voit pas trop, mais nous sommes à Alger.
Le film est une adaptation du 3ème roman francophone le plus lu au monde, après "Le petit prince" et "20.000 lieus sous les mers".
Le narrateur s'appelle Meursault.
L'incipit du roman est : "Aujourd'hui, maman est morte"
Les plus littéraires auront reconnu "L'étranger" de Albert Camus.
J'ai donc commencé à lire le roman (mes scènes sont au début du roman puisque j'enterre cette maman. Au retour de Tanger, dans la voiture, j'ai écouté le roman lu par Camus lui-même.
Le réalisateur est François Ozon, et Meursault est joué par Benjamin Voisin.
Le roman a déjà été une fois adapté au cinéma par Luchino Visconti avec Marcello Mastroianni :
https://www.youtube.com/watch?v=jpEcqeKAzMw
Dans cette vidéo, vous avez quelques exemples de ce que j'ai été amené à jouer. Les prises de vue du moniteur sont intéressantes (oui, le film est tourné en noir & blanc).
Le reste a été filmé par la maman d'un des enfants de chœur (elle était un peu notre repoter). L'autre maman jouait l'infirmière.