Cet été 2025, j'ai décidé de suivre les pas de Charles de Foucauld explorateur au Maroc. J'habite un endroit où il a dormi une nuit, et régulièrement je suis son chemin en rentrant de Ouarzazate. En quittant Errachidia, il a pris la vallée du Ziz, la route qui conduit à Midelt. Lui, il part vers le Nord-Est environ 15km avant Midelt, alors que dans un premier temps je fais une pause au Monastère Notre-Dame de l'Atlas avant de reprendre la route. Une pause qui me permets de me rendre à El Kbab pour visiter l'ermitage du P. Albert Peyriguère, l' "homme du message" de Charles de Foucauld
En quittant Midelt, je vais rejoindre la route de Charles de Foucauld une vingtaine de kilomètres plus loin sur la nationale 15. La première halte est à El Qsabi où Charles de Foucauld a séjourné le 7 mai.
Voici son départ le lendemain, 8 mai , tel qu'il le raconte lui-même dans son livre :
Départ de Kasbah el Makhzen à 6 heures du matin. La Moulouya, au pied de la kasbah, a 20 mètres de large, des berges rocheuses et escarpées de 3 ou 4 mètres, une eau jaune et profonde. Point de gué en ce lieu : je traverse le fleuve un peu plus bas. Il a 25 mètres de large, 1m20 de profondeur, un courant assez rapide ; le lit est moitié sable, moitié galets. Après l'avoir franchi, je quitte la tranchée dans laquelle il coule et qui continue à être remplie de cultures ; elle est bordée à gauche par un talus mi-sable, mi-roche ; je le gravis : en atteignant la crête, je me trouve dans une longue plaine bornée au sud par la Moulouya, au nord par les premières pentes du Moyen Atlas. Elle a 3 à 6 kilomètres de large, suivant les endroits : un coude brusque du fleuve la limite près d'ici, à l'ouest ; à l'est, elle s'étend jusqu'aux deux tiers de la distance entre El Qsabi et Misour : là, elle se heurte à un massif de hautes collines rocheuses au pied duquel elle finit. C'est une plaine ondulée, coupée de nombreuses ravines ; le sol y est moitié sable, moitié gravier, la plupart du temps sans végétation. Elle est de couleur rouge, comme les massifs nus qui la bordent au nord.
Les murs de la kasbah el Makhzen Vue de Qasbi et de la vallée La Moulouya
La plaine où je m'engage est immense : c'est un désert blanc, s'étendant au nord jusqu'à la Moulouya, au sud jusqu'au Grand Atlas, à l'est jusqu'au Rekkam, à l'ouest aussi loin que la vue peut porter. La surface en est ondulée ; le sol en est dur, tantôt sablonneux, tantôt pierreux ; il est couvert presque en entier de geddim. Le Grand Atlas est une longue chaîne brune à crête uniforme, qui fuit vers l'orient et s'abaisse de plus en plus ; à l'est du Djebel El Aïachi, plus de trace de neige sur ses cimes. Le Rekkam est très éloigné ; le faite en parait à peine : c'est d'ici une ligne jaune clair qui borde l'horizon. (…)
Vers 2 heures, l'horizon, jusqu'alors fermé vers le nord par les massifs s'élevant en face d'El Qsabi, s'ouvre tout à coup : les montagnes cessent d'arrêter la vue et toute la vallée de la Moulouya apparaît : c'est une immense plaine blanche, unie et nue, bordée à droite par la ligne claire, à peine visible, du Rekkam, à gauche par le Moyen Atlas, haute chaîne noire couronnée de neige, se dressant à pic, comme une muraille, au-dessus de sa surface. La vallée s'allonge à perte de vue vers le nord, où elle forme l'horizon. La largeur en est extrême ; près d'ici, elle a plus de 30 kilomètres. A sa surface apparaît une ligne verte : Misour, où j'arriverai ce soir.
de g. à d. : la piste actuelle, l'environnement, un peu plus sur le trajet (sur la carte, les 2 positions de la piste et de la route)
Aujourd'hui, ce n’est encore qu’une piste, aussi je la suis que sur quelques centaines de mètres. Suffisants pour comprendre ce qu’a ressenti Charles de Foucauld.
Je quitte donc son chemin pour poursuivre sur la nationale qui finie par rejoindre la route de Charles de Foucauld. Les paysages me font penser aux environs de Errachidia. Je passe – moi aussi – la nuit à Missour.
Charles de Foucauld quitte Missour le 9 mai :
De Misour à El Outat, aucune trace de culture ni de vie ne s'aperçoit dans cette vaste vallée, région la plus nue et la plus déserte qu'on puisse voir. Le sol est sablonneux et dur et prend parfois l'apparence de vase desséchée; en certains endroits il est parsemé de gravier. La végétation se réduit à quelques touffes de thym et à de rares buissons de jujubier sauvage.
Je suis descendu un instant dans la tranchée de la Moulouya ; le sol y était moitié sable, moitié gravier; elle était déserte et remplie de grands tamaris à l'ombre desquels poussait du gazon ; à un moment il s'est fait une clairière dans cette forêt ; le fond s'y est garni de cultures au milieu desquelles se dressaient des tentes, de pauvres maisons et des huttes, groupées autour d'une qoubba : c'était le village de Touggour (voir ci-dessous).
Les 10 et 11 mai, Charles de Foucauld séjourne à Outat el Haj :
Ce nom désigne un vaste Ilot de verdure isolé au milieu de la plaine, au confluent de la Moulouya et de l'Oued Chegg el Ard ; il est en entier sur les bords de cette dernière rivière et en majeure partie sur sa rive droite. Tout ce qui a été dit de l'aspect de Misour lui est applicable : même multitude d'arbres fruitiers, même prospérité, même air riant ; mais El Outat est plus grand : au milieu de ces superbes vergers ne sont pas disséminés moins de 31 ksours.
👈 Charles de Foucauld part le 12 mai en franchissant l’oued Chegg el Ard.
Ci-dessous, la moulouya au niveau de Outat el Haj. Foucauld la traversera un peu plus en aval.
A quelque distance de là, le sol change de nature : d'uni, il devient ondulé ; les pierres se mêlent au sable : c'est le commencement du Rekkam. J'y marche jusqu'au soir : il ne cessera d'être ce qu'il est maintenant : une série d'ondulations légères, côtes et terrasses s'étageant, succédant insensiblement à la plaine. Ces échelons successifs forment une rampe large et basse dont le sommet est un plateau s'étendant au loin. Sol tantôt sable, tantôt roche d'un jaune clair ; des touffes d'halfa y poussent çà et là : c'est la seule végétation qui s'y montre.
(14 mai) A 9 heures moins un quart, Debdou apparait : une petite ville, dominée par son minaret, étale à mes pieds ses maisons roses au fond d'une verte vallée ; alentour s'étendent des prairies et des jardins ; au-dessus s'élèvent de hautes parois de roc, aux crêtes boisées que couronne la Gada. Je descends vers ce lieu riant. Un chemin pierreux, raide et pénible, y conduit. A 10 heures, je suis à Debdou.
Debdou est situé dans une position délicieuse, au pied du flanc droit de la vallée, qui s'élève en muraille perpendiculaire à 80 mètres au-dessus du fond; il forme une haute paroi de roche jaune, aux tons dorés, que de longues lianes rayent de leur feuillage sombre. Au sommet se trouve un plateau, avec une vieille forteresse dressant avec majesté au bord du précipice ses tours croulantes et son haut minaret. Au delà du plateau, une succession de murailles à pic et de talus escarpé s'élève jusqu'au faîte du flanc.
La population de Debdou présente un fait curieux, les Israelites en forment les trois quarts ; sur environ 2000 habitants, ils sont au nombre de 1500. C'est la seule localité du Maroc où le nombre des Juifs dépasse celui des Musulmans. Debdou est le premier point que je rencontre faisant un commerce régulier avec l’Algérie : un va-et-vient continuel existe entre cette petite ville et Tlemsen. Les négociants israélites y cherchent les marchandises qui ailleurs viennent des capitales marocaines ou de la côte ; ils les emmagasinent chez eux, et les écoulent peu a peu sur place et dans les marchés du voisinage. Debdou a quelques relations avec Fès et Melilla, mais ses seuls rapports importants sont avec l'Algérie.
Départ le 18 mai de Debdou pour aller à Taourirt et y passer la nuit :
Départ à 9 heures du matin. Je descends la vallée de l'Oued Debdou; le sol en est terreux, semé de quelques pierres; elle reste tout le temps ce qu'elle était au départ, si ce n'est que les cultures y diminuent : elles n'occupent bientôt qu'une partie du fond, dont le reste se couvre de hautes broussailles où surgissent çà et là quelques grands arbres.
A 10 heures et demie, je suis à l'extrémité de la vallée et j'entre dans la plaine de Tafràta : c'est une immense étendue déserte, unie comme une glace, à sol de sable; souvent pendant plusieurs années cette surface reste nue, stérile, sans végétation; à cette heure, grâce aux pluies de l'hiver, elle est clairsemée d'herbe.
Aujourd'hui, le long de la route, on voit de nombreuses exploitations d'oliviers.
À 5 heures 50, je me trouve à la crête d'un talus : au-dessous, la vallée de l'Oued Za s'étend à mes pieds, remplie de cultures, de jardins et de douars. Le talus est peu élevé et en pente douce ; il est composé moitié de sable, moitié de roche (galets roulés) : je le descends et j'entre dans la vallée ; au milieu d'elle se dressent, sur une butte isolée, les ruines imposantes d'une vieille forteresse : c'est Kasbah Moulay Ismail, détachant ses hautes murailles roses sur le fond vert du sol. Je marche vers elle, cheminant au milieu des champs et des arbres fruitiers, franchissant à chaque pas des canaux d'eau limpide. A 6 heures, j'y parviens : c'est le terme de ma route d'aujourd'hui.
Le 19 mai, il poursuit sa route à 6h15. Il quitte la vallée du Za pour entrer dans le désert d’Angad, qu’il ne quittera plus. Après la nuit dans le désert, Charles de Foucauld arrive le 20 mai à 11h00 Kasbah El Aïoun.
Kasbah Aïoun Sidi Mellouk , appelée d'ordinaire Kasbah el Aïoun, s'élève isolée au milieu du désert d'Angad. Aux environs, apparaissent quelques cultures et un certain nombre de petits douars. La Kasbah est une enceinte rectangulaire de murs de pisé ayant 4 à 5 mètres de haut et 30 à 90 centimètres d'épaisseur; ni banquettes, ni fossés.
En dehors de l'enceinte, vers l'angle nord-est, se trouve un bouquet d'arbres et, au milieu, la qoubba de Sidi Mellouk ; auprès jaillissent plusieurs sources, donnant une eau abondante et bonne ; on les appelle Aïoun Sidi Mellouk, d'où le nom de la kasbah.
Il en repart le 22 mai suite à des pluies torrentielles pour arriver le soir à Oujda.
Pour ma part, je quitte Charles de Foucauld ici pour aller vers le Nord ...