La place de l’IA dans ma création artistique…
Beaucoup des images présentées ici sont nées de rêves, bien avant que l’intelligence artificielle ne fasse son entrée dans mon atelier. À la fin des années 1990, lors de ma formation en imagerie de synthèse et en 3D, j’imaginais déjà un avenir où l’invisible deviendrait tangible : des formes générées par ordinateur, des objets nés de la lumière, des images flottant entre deux mondes. Adolescent, j’étais fasciné par l’univers de Star Trek et par la saga Star Wars de George Lucas : leurs effets spéciaux, la promesse de mondes inexplorés, les vaisseaux spatiaux, les hologrammes et les quêtes interstellaires. Ces œuvres visionnaires ont nourri mon imaginaire et inspiré mon désir de franchir les frontières du possible.
J’ai également grandi en écoutant beaucoup de musique, notamment Pink Floyd, dont l’univers sonore et visuel a profondément marqué ma sensibilité et ma façon de créer. J’ai pressenti, bien avant qu’elles n’existent vraiment, les premières manifestations de l’impression 3D, de l’holographie et des algorithmes génératifs ; j’ai senti qu’un jour, la main humaine dialoguerait avec la machine, jusqu’à ce qu’il devienne difficile de savoir où commence le rêve et où finit la matière. Aujourd’hui, tout cela est devenu réalité. Dans mon atelier, la palette ne se limite plus aux pinceaux et aux couleurs traditionnelles. Je travaille autant sur toile que sur aluminium, avec le pixel comme avec le volume, avec la lumière comme avec les algorithmes. Je sculpte en 3D, j’explore l’impression additive, je compose avec des logiciels de morphing et je fais dialoguer l’intelligence artificielle, les machines à code et la mémoire de l’image. Je crée des hologrammes, des objets hybrides, paysages où l’ancien et le nouveau se croisent et se questionnent.
Mon atelier est un laboratoire : un lieu d’expérimentation, de doute et d’invention. La technologie est un partenaire insatiable, mais la poésie reste la boussole. Pourtant, l’IA pose une question nouvelle, vertigineuse : que devient l’artiste quand la machine apprend à créer ? Où s’arrête la main et où commence l’algorithme ? Cette frontière mouvante nous oblige à redéfinir le sens même du geste artistique et la valeur de la signature.
C’est pourquoi, récemment, j’ai signé la pétition de l’ADAGP, affirmant l’importance de défendre la singularité, la responsabilité et l’irréductible part humaine de la création à l’ère de l’intelligence artificielle. Dans ce dialogue avec la machine, je cherche toujours le centre invisible, ce point d’équilibre où le chaos devient forme, où l’impossible devient visible.
L’IA n’est ni un aboutissement ni une menace : elle est une échelle vers l’infini, un défi pour l’imaginaire, une question vivante à laquelle chaque œuvre tente d’apporter sa propre lumière. Philippe ORSERO 😊