Notre sixième rencontre nous a mené au siège cambodgien de RFI (Radio France internationale), à deux pas du Russian Market. Nous avons été accueillis par Jean François Tain, le directeur exécutif de RFI Cambodge, et ancien journaliste franco-cambodgien. A première vue, les bureaux semblent bien vides, les journalistes sont en mission sur le terrain. Seule radio française en Asie, RFI Cambodge emploie une quinzaine de personnes.
Basée au Cambodge depuis 2013, RFI avait cependant ouvert des fréquences dans les grandes villes du pays depuis 1993 (Siem Reap, Sihanoukville, Battambang, Kampong Cham). Dès son arrivée en 1993, la radio a été confrontée à un problème de taille : les autorités cambodgiennes ne voulaient pas de diffusion en khmer. Le passage à la langue khmère ne s’est alors opéré qu’en 2013. Les enjeux principaux de la radio sont d'informer les cambodgiens de manière crédible et neutre ainsi que de renforcer la francophonie et la francophilie au Cambodge. Ainsi, une dizaine de minutes de français sont émises par jour.
Au programme : 13 heures d’émission par jour en cambodgien. L’information « pure » constitue la majorité de la diffusion journalière (revues de presse, invités…), ainsi que la plage horaire du prime. Le reste du temps, la radio diffuse des émissions de variétés, inspirées du modèle Rires & Chansons, et des programmes musicaux (choix libre mais volonté de diffuser des chansons populaires et facilement accessibles pour toucher un maximum de personnes). RFI enregistre près d’un million d’auditeurs tous les jours et est notamment écoutée dans les transports, via internet mais également par Facebook Live. Facebook joue un rôle important dans la transmission d’informations : à titre d’exemple, la page Facebook de RFI Cambodge compte presque 4 millions d’abonnés. L’intégralité des émissions est enregistrée sur place, dans de petits studios installés au sein même des bureaux.
RFI Cambodge est en partie financée et contrôlée éditorialement par Paris, pour une diffusion d’informations régionale, nationale et internationale. En revanche, le chiffre d’affaires de la radio est très faible. Et pour cause, les revenus publicitaires sont bien maigres : entre 5 et 6 $ pour un spot de 30 secondes. Ainsi, aucun média cambodgien ne peut se permettre de vivre uniquement de la publicité.
En à peine 5 ans, RFI est parvenue à devenir la référence des radios internationales au Cambodge. Et pour cause, un de ses principaux concurrents, RFA (Radio free Asia), a dû fermer ses locaux à Phnom Penh fin 2017. Cette radio, soutenue par le gouvernement américain, émettait des « papiers d’analyses », et se positionnait clairement en tant que média d’opposition. RFI déclare, quant-à-elle, être l’un des rares médias neutres du pays et déclare essayer de faire entendre les deux camps. Leurs sources sont diverses et variées : aussi bien auprès des pages Facebook officielles du gouvernement, mais aussi de l’opposition, des ministères, des ONG… L'antenne cambodgienne ne cache cependant pas sa confiance relative en les médias locaux concernant la fiabilité de l’information.
Valentine De Planta