L'ambassadeur chinois au Cambdoge, Xiong Bo, a décrit en 2016 la Chine et le Cambdoge comme de "bons voisins" et de "bons partenaires". Mais loin d'être synonymes, ces deux termes révèlent deux époques distinctes et une nette évolution des relations entre les deux pays.
L'histoire du Cambodge entre les XVe et XVIIIe siècles est celle d'une domination : pris en étau entre la Thaïlande et le Vietnam, le royaume khmer s'effrite et perd peu à peu son influence, sa culture et son territoire. Au milieu du XIXe siècle, le roi Ang Duong à la recherche d'un "protecteur" sollicite l'aide française, et la colonisation qui débute en 1863 prend ainsi le nom de "Protectorat français du Cambodge".
Lorsque le Cambodge retrouve sa souveraineté en 1953, en pleine Guerre froide, le roi Sihanouk conduit une politique de non-alignement. Mais entouré par la Thaïlande et le Vietnam du Sud soutenus par les Etats-Unis, Sihanouk développe petit à petit les relations avec la Chine communiste qui devient, à défaut d'un allié politique, un "bon voisin".
L'embrasement au Vietnam et les nombreux bombardements du territoire cambdodgien à la fin des années 1960 mettent à mal cette neutralité, et le Roi est renversé par Lon Nol en 1970 qui instaure la République Khmère, résolument anti-communiste. La Chine soutient alors la guérilla communiste cambodgienne menée par Pol Pot, qui prend de l'ampleur et bénéficie du désengagement progressif des américains de la région.
La prise du contrôle du pays par les Khmers rouges en 1975 voit donc l'avènement d'un gouvernement résolument pro-chinois, et anti-vietnamien. Ces tensions entraînent rapidement l'intervention militaire du Vietnam à la fin de l'année 1978, qui prend le contrôle du pays puis instaure un régime communiste pro-vietnamien.
La résistance au pouvoir pro-vietnamien s'établit alors en Chine, où le roi Sihanouk et des anciens Khmers rouges forment une coalition soutenue par la majorité du bloc occidental.
Les années 1990 voient le retour du roi au Cambodge, qui partage le pouvoir avec le régime toujours en place alors que les Khmers rouges sont exclus de la transition politique.
Le début du XXIe siècle marque alors la normalisation des relations politiques sino-cambodgiennes et le début d'une nouvelle relation économique : l'aide et l'investissement chinois au Cambodge augmentent de manière exponentielle. À cette aide officielle s'ajoutent les marchés accordés aux entreprises chinoises, l'aide militaire et le financement d'écoles chinoises. Les deux pays défendent des intérêts communs au sein de l'ASEAN, et le Cambodge s'inscrit dans la politique de la "Ceinture et la Route" instaurée par le président chinois Xi Jinping qui vise à renforcer le rôle de la Chine dans la mondialisation sans frontières en redessinant les routes commerciales terrestres.
La maturité des relations sino-cambodgiennes est symboliquement confirmée en 2016 par la visite du roi Sihamoni en Chine, et celle du président Xi Jinping au Cambodge. L'influence économique croissante et les convergences politiques permettent donc d'affirmer que la Chine est véritablement devenue pour le Cambdoge un "bon partenaire".
À moins qu'elle ne soit devenue, pour ce petit pays de 15 millions d'habitants toujours entouré de ses rivaux ancestraux qui en comptent quatre à six fois plus, un nouveau "protecteur".
Lucas Lasselin