Extrait de la notice géologique, feuille de Fresnay-sur-Sarthe (BRGM):
Ce faciès est bien représenté dans le Nord-Est de la feuille, au niveau de la cuesta liasique cernant le massif de Perseigne sur sa bordure méridionale, dans la vallée du Rutin et le thalweg au niveau de Tessé où de nombreuses carrières l'ont exploité. On retrouve ces sables et graviers le long de la faille de Saosnes au niveau du compartiment soulevé (Gué-Chaussée à Saosnes, colline du Moulin de Neufontaine).
Ces dépôts sont nettement transgressifs dans le secteur oriental du massif de Perseigne (le Bas-Bouchage) ; ils reposent en rive occidentale du Rutin sur des écueils paléozoïques : grès infra-rhyolitique au Rutin, rhyolite à la Caillère et grès supra-rhyolitique aux Sablonnières.
Dans les carrières de Tessé, la formation, épaisse de 11 à 12 m, montre trois séquences majeures, terminées chacune par une surface durcie et perforée :
— la première (3 m) repose sur un cordon de nodules perforés de calcaire argilo-sableux du Toarcien inférieur et comprend des grès calcaires, grossiers, à grands Piagiostomes, surmontés par des sables fins ; elle se termine par un banc de grès calcaire, fin, avec surface durcie et Huîtres encroûtantes ;
— la deuxième unité (6 à 8 m) est une alternance de sables moyens à grossiers, jaunâtres, à stratification entrecroisée et nombreux niveaux cimentés de grès calcaires à Lamellibranches ; ces sables présentent plusieurs surfaces de ravinement qui sont surmontées par des grès calcaires à graviers et galets du socle paléozoïque, le dernier banc à graviers, lumachellique, s'achève par une surface durcie, encroûtée de nombreuses petites Huîtres ;
— la dernière unité (2 à 3 m) est représentée par un calcaire bioclastique, à Pentacrines, oolithique et sableux, friable, à stratification oblique : c'est l'Oolithe à Pentacrines ; elle se termine par un banc calcaire, massif, avec surface durcie, perforée (galeries à remplissage d'oolithes de la formation supérieure).
Les sables de la séquence moyenne renferment une faune abondante de Lamellibranches et de Brachiopodes, mais souvent brisés ou désarticulés. On y recueille Acrocoelites conoideus, A. triscissus, Brachybelus breviformis, Capillirhynchia
wrighti, « Rhynchonella » distracta, Loboidothyris ingens, Ctenostreon eleus, Plagiostoma rodburgensis, P. castertonense, Fimbria sp., « Exogyra » auricularis, Lopha asellus, Eopecten gingensis, Galeropygus deshayesi, Asteracanthus (Strophodus) cf. magnus. Nous avons récolté également, dans une autre carrière du thalweg de Tessé, au sommet de la formation sableuse, Graphoceras concavum. L'ensemble de la faune permet de caractériser la zone à Murchisonae. Ainsi, les Sables et graviers de Tessé appartiendraient uniquement à l'Aalénien.
La puissance des sables et graviers diminue au fur et à mesure que l'on s'éloigne du massif de Perseigne et les sables s'affinent dans leur ensemble : 6m à Chaumitton, 2,50m à la Buchaille, 1,50m au tertre de Montguillon (Ancinnes) et 0,30 m à Chavert (Louvigny). Dans le secteur sud-ouest de Perseigne, les Sables et graviers de Tessé, reposant sur les Sables de Saint-Rémy du-Val par une surface de ravinement, sont nettement plus grossiers (micropoudingues calcaires) et d'épaisseur très restreinte (inférieure à 1 m). Ils affleurent entre Groutel et la vallée de la Semelle (au Nord des Fontenues, Ancinnes).
Des sables grossiers et des graviers affleurent également dans la région d'Arçonnay (château de la Chevalerie) et de Saint-Germain-du-Corbéis (hameau de la Sablière) où ils représentent l'extension méridionale de l'Arkose d'Alençon de l'Aalénien. Enfin, dans la vallée de la Villette, près de Gesnes-le-Gandelin (la Planche, le Douet), des sables et des graviers sont rapportés provisoirement à l'Aalénien (absence de faune caractéristique).
Extrait de Mémoire du BRGM N°103 - Synthèse géologique du bassin de Paris - Lexique des noms de formation:
Observés dès 1837 au Val Pineau, près de Mamers, au cours de l'excursion extraordinaire de la Société géologique de France aux environs d'Alençon, puis cartographies sous le nom d'Oolithe inférieure à Terebratula perovalis par J.Triger(1853) dans sa carte géologique du département de la Sarthe (éditée en 1875-1876 par A.Guillier), ces sables graveleux représentent l'Arkose d'Alençon dans la région de Mamers et furent appelés longtemps<< Sables de Villaines-la-Carelle». Ils furent étudiés par E.Hébert (1854,1857), A,Guillier (1880,1886), P,BiZET (1889), P,Delaunay (1932) et A,Bisot (1960). La faune fut révisée par S.de la Bouillerie(1919,1920), A.Bigot (1938,1949), J.Blanchard (1949). S.Freneix, J.Drotet C.Delattre (1956). La minéralogie des sables et conglomérats fut analysée par L.Berthois(1939) et par S.Richard (1960).
La stratigraphie fut réenvisagée par M.Aubert (1954) et M.Rioult (1975). Synonymie: Sables de Villaines-la-Carelle, Sables de Saint-Longis.
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Paléontologie
Les coquilles sont souvent très bien conservées dans les lentilles conglomératiques. Les bivalves sont très nombreux et parfois de grande taille: l'épifaune domine avec des pectinidés Chlamys, Eopecten, Variamussium), limidés (Plagiostoma, Pseudolimea), ostréidés (Liostrea,Gryphaea,Lopha,Nanogyra), des byssifères(Arca, Cucullea, Modiolus, Gervilleia, Isognomon) et quelques fouisseurs (Trigonia, Homomya, Pholadomya). Les gastéropodes sont beaucoup plus rares. Les céphalopodes sont exceptionnels; gros lytoceratidés, Ludwigia, Brasilia bradfordens chez les ammonites; Acrocoelites conoidens et A.triscissus, Brachybelus breviformis et S.sp, chez les belemnites; Cenoceras chez les nautiles. Des oursins, des bryozoaires et des colonies de polypiers sont fréquents. Mais ce sont les brachiopodes qui donnent un cachet particulier à la faune: rhynchonellides (avec Capillirhynchia wrighti, surtout à la partie inférieure) et térébratulidés (Loboidothyris ingens, avec diverses variétés caractéristiques du faciès d'écueil, avec gros foramen et déformations du crochet; Exidothyris halcophora).
Age
La faune est aalénienne: d'après les restes d'ammonites et les brachiopodes, la partie supérieure de la zone à Opalinum pourrait être représentée à la base des Sables et conglomérats de Tessé. Au-dessus, c'est la zone à Murchisonae qui semble surtout représentée dans la carrière supérieure du Fay. II n'y a pas d'indice de la zone à Concavum, pourtant présente au sud-sud-ouest.
Milieu de sédimentation
Ces dépôts accompagnent et succèdent à un épisode d'érosion, contemporain d'un effacement passager des reliefs méridionaux de l'éperon du Perche, à la suite d'un mouvement épirogénique négatif qui permet l'avancement de la mer vers l'ouest entre les massifs anciens. Une partie des produits d'érosion du Massif armoricain est resédimenté, mélangée à des amas coquilliers d'un benthos sessile d'anfractuosités ou d'écueils et de formes libres de fonds graveleux ou sableux grossiers. Les reliefs jouent un rôle dans les conditions hydrodynamiques. Les premiers polypiers constructeurs font leur apparition.
M.RIOULT