Malgré un taux de féminicides en croissance et de la remontée de la violence envers les minorités de genre et sexuelles, Javier Milei démantèle les instruments étatiques et légaux existants.
Le 17 janvier, le président argentin Javier Milei représente son pays pour la première fois dans le cadre du forum économique international à Davos, en Suisse. Dans son discours, il rend les féministes responsables des conflits sociaux et économiques du pays en affirmant que la lutte féministe est une “lutte ridicule et contre nature” sous prétexte que l’égalité entre les sexes est déjà ancrée dans la Constitution.
Cependant, trois jours avant ces propos, un article du journal argentin Clarin informe que les féminicides en 2023 ont augmenté de 33% par rapport à 2022 (322 féminicides: un cas toutes les 27 heures).
En effet, le président considère que l’agenda du “féminisme radical” a engendré des dépenses qui entravent le processus économique en créant des postes bureaucratiques qui n’apportent rien à la société, notamment avec la création du ministère “femmes, genres et diversité”. Il le supprime donc au lendemain de son investiture pour le remplacer par un sous-secrétariat à la protection contre la violence de genre qui dépend du méga-ministère du Capital humain.
Le gouvernement de Javier Milei, dans son projet de loi “Omnibus”, prévoyait entre autres la suppression de l’INADI (Institut National contre la Discrimination, la Xénophobie et le Racisme). Le projet de loi a été retiré le 6 février par mandat direct du président, alors en voyage en Israël, lorsqu’il s’est aperçu de son échec face à l’Assemblée nationale. Pourtant, cela n’a pas été un frein démocratique puisque le porte-parole de la présidence, Manuel Adorni, a annoncé le jeudi 22 février la fermeture de l’INADI par le décret 167/2024. Cet institut jouait un rôle essentiel dans la promotion des politiques antidiscriminatoires ainsi que dans l’accompagnement des victimes de ces actes.
Ce même projet de loi “Omnibus” prévoyait également des restrictions à la Loi Micaela. La loi 27.499 promulguée en 2009 porte le nom d’une jeune militante, Micaela Garcia (victime de féminicide à l'âge de 21 ans) et elle établit une formation obligatoire sur le genre et la violence à l'égard des femmes pour toutes les personnes travaillant dans la fonction publique. Le gouvernement voulait restreindre cette formation seulement aux fonctionnaires travaillant au sein des organismes compétents en la matière.
D’autre part, il y avait également un remaniement du langage dans le but de rendre invisible les minorités. En effet, l'expression "violence fondée sur le genre" était remplacée par "violence familiale et violence à l'égard des femmes" limitant ainsi la violence seulement au seul cadre familial et envers les femmes. Un exemple similaire, dans la loi 27.611 sur l'attention et les soins de santé intégraux pendant la grossesse et la petite enfance, le terme "personnes gestantes" remplaçait "mères enceintes".
Étant donné que la suppression de l’INADI a abouti malgré le refus de la « loi omnibus », et que le mardi 27 février le porte-parole présidentiel a fait une nouvelle annonce concernant l'interdiction de l'écriture inclusive dans les textes officiels, il serait légitime d’imaginer que les autres atteintes aux femmes et aux minorités pourraient être le sujet d’une nouvelle annonce dans les jours à venir.