Éducation, droit ou service ?
Le gouvernement de Javier Milei ne considère pas l'éducation comme un droit fondamental mais un « service indispensable », le démontrent ses deux premières décisions: la rétrogradation du Ministère de l'Éducation au rang de Secrétariat et la fermeture du portail Educ.ar (site officiel dédié à la création de contenus éducatifs) pour “vérifier le contenu pédagogique”.
L'éducation, comme d'autres domaines, fait également l'objet d'une réforme de la part du nouveau gouvernement, dont les propositions les plus marquantes sont les suivantes :
Il est proposé de réduire l’éducation présentielle, en faisant peser une plus grande charge sur les foyers et les familles dans le processus éducatif.
L'enseignement à distance ou hybride est introduit dès le deuxième cycle de l'école primaire, ce qui élimine le rôle de l'État comme garant du droit à l'éducation ainsi que le caractère central des interactions sociales au cours de l'apprentissage.
La loi impose une évaluation des élèves à la fin de la scolarité secondaire, une évaluation périodique des enseignant.es et l'évaluation externe des établissements scolaires, sans tenir compte des conditions complexes et très différentes d’une région à l’autre dans lesquelles se déroulent les processus éducatifs en Argentine.
En relation au financement éducatif: les conditions du travail, le calendrier scolaire, le salaire minimum et la carrière des enseignants sont laissés aux mains de chacune des provinces, reléguant le rôle de l'État national à un rôle purement formel.
La suppression de la contribution de l’Etat national au budget des provinces et la suspension des chantiers publics affectent directement la construction d'écoles et les investissements dans l'éducation.
Le fait de déclarer l’enseignement initial, primaire et secondaire comme service essentiel -et non pas comme un droit fondamental- limiterait le droit de grève des enseignant.es.
En ce qui concerne l'enseignement supérieur, les cours du premier cycle seront payants pour les étudiant.es étranger.es qui ne résident pas dans le pays, ce qui est contraire à la tradition de gratuité de l'enseignement en Argentine.
Le financement des universités sera déterminé sur la base de nouveaux critères liés à la qualité et à l'efficacité.
En Argentine, l'État national administre la plupart des ressources, contrairement aux provinces qui ne reçoivent qu'une part marginale des recettes fiscales. Par conséquent, avec la nouvelle conception de l'éducation comme un service essentiel et non plus comme un droit fondamental, le gouvernement national non seulement restreint le droit de grève des travailleurs et travailleuses du secteur, mais justifie également son désengagement et, en déléguant des responsabilités fondamentales aux provinces, provoque un réel sous-financement du système éducatif.