Je travaille l’image comme un espace à traverser plutôt que comme une surface à lire.
Le puzzle est pour moi une manière de suspendre la reconnaissance immédiate et d’ouvrir un temps d’attention prolongé.
En fragmentant l’image, je la déconstruis sans la détruire. Chaque pièce devient un fragment autonome : texture, couleur, ligne, matière. Le sens se retire momentanément, laissant place à une immersion dans l’épaisseur visuelle. L’image se détend, se défigure légèrement, et permet au regard de circuler librement dans ses détails.
Cette phase de décomposition est essentielle : elle transforme le rapport au voir en une expérience sensible, presque tactile. On ne regarde plus une image, on entre dans ses textures, ses rythmes, ses zones de densité ou de silence.
La reconstruction n’est pas un retour à l’image d’origine, mais une recomposition. J’assemble les fragments comme on compose un tableau, tout en pensant l’image comme un espace, proche de la conception d’un niveau de jeu. Le regard devient mobile, apprend des chemins, des seuils, des ralentissements. L’image reconstruite porte la mémoire de son démontage.
Ce rapport à l’Image est central dans mon travail. Je la considère comme un milieu autonome, doté de sa propre logique formelle, et non comme un simple support narratif. Le processus compte autant que la forme finale : l’image garde les traces du temps passé à l’intérieur d’elle-même.
Cette méthode entre en résonance avec mon travail sur les héritages croisés. Les images que je compose sont traversées par des strates multiples — historiques, architecturales, culturelles, picturales — qui coexistent sans se fondre. La fragmentation permet de rendre visibles ces couches, la reconstruction les maintient en tension.
Je m’intéresse à ce moment précis où une image devient un lieu composite, fait de fragments hétérogènes, recomposés par l’expérience du regard.
Dans ma pratique autour des dégradés et des textures de points, j’inscris mon travail dans une histoire du puzzle qui va bien au-delà du simple objet ludique pour devenir une construction esthétique de la couleur et de la forme.
Le dégradé occupe une place singulière dans l’histoire du puzzle contemporain. Longtemps cantonné aux zones dites « difficiles » — ciels, mers, brumes — il a progressivement été reconnu comme un champ plastique autonome. Ce déplacement est particulièrement visible dans le travail de certains éditeurs qui ont fait du dégradé non plus un arrière-plan, mais le cœur même de la composition. Le Play Group, éditeur australien de puzzles artistiques, a joué un rôle important dans cette évolution en proposant des images fondées sur des transitions chromatiques franches, souvent non figuratives, où la couleur devient la structure principale de l’image. À travers ces compositions, le puzzle se rapproche d’une surface abstraite, sollicitant une attention fine aux variations de teinte, de luminosité et de continuité visuelle. Parallèlement, des éditeurs historiques comme Ravensburger ou Clementoni ont intégré le dégradé comme espace de tension perceptive, notamment à travers des puzzles de gradients conçus comme des expériences de perception pure, où l’assemblage repose presque exclusivement sur la sensibilité chromatique plutôt que sur la reconnaissance des formes.
Un cas particulièrement intéressant est celui de la série Karen Puzzles créée en collaboration avec Ravensburger. Karen Puzzles (Karen Kavett) est une figure reconnue dans le monde du puzzle pour son exploration des dégradés comme matière visuelle, et a donné lieu à des éditions de puzzles méta chez Ravensburger, véritable triptyque tautologique dans lequel des gradients complexes sont associés à des structures internes — petites “zones-puzzles” au sein du grand champ visuel. Ces pièces explorent l’organisation graduelle des teintes en tant que surface active : la couleur devient le motif principal, mais elle dialogue aussi avec la forme des pièces, leurs découpes et leurs interstices.
Cette histoire des dégradés dans le puzzle me parle directement, car elle met en lumière ce que je cherche à atteindre dans ma propre série : l’image comme champ de déambulation chromatique plutôt que comme figure stable. Ma démarche utilise des textures de points et des trames pour solliciter une plasticité perceptive : la couleur vibre et pulse, elle n’est plus donnée d’emblée mais se révèle dans l’écart entre les unités ponctuelles et la surface globale. Dans un tel contexte, le dégradé n’est pas une simple transition de teinte, mais une surface animée par les points, où l’œil circule à travers des intensités variables et des interruptions rythmées.
Ce travail résonne avec ce que les éditeurs de puzzles explorent lorsqu’ils transforment des transitions chromatiques en expérience perceptive. Le puzzle de dégradés exacerbe une attention à la texture de la couleur elle-même et à l’oscillation des valeurs.
En explorant ces zones, je travaille avec la couleur comme matériau premier, mais aussi avec la forme brute des unités visuelles — que ce soit la découpe d’une pièce de puzzle ou la structure d’une trame de points pour interroger ce qu’est une image quand elle deviens un champ de variations chromatiques que l'on doit parcourir et recomposer.
J’utilise les outils de composition et de retouche d’images pour construire des collages numériques en pensant l’image comme une expérience à parcourir. Chaque composition est conçue en anticipant son futur arpentage, à la manière d’un puzzle en cours d’assemblage.
Je compose l’image comme je concevrais un niveau de jeu : en organisant des zones de lecture, des transitions, des seuils et des rythmes, tout en tenant compte de la manière dont l’image sera fragmentée puis recomposée. Le montage n’est pas seulement visuel, il est aussi temporel : il intègre le temps de l’assemblage, l’hésitation, la comparaison des fragments, les retours en arrière.
Le collage numérique devient ainsi un espace modulable, pensé dès sa conception pour être exploré pièce par pièce. L’image finale porte la mémoire de cette expérience anticipée, inscrivant dans sa structure même le geste du puzzle et le déplacement du regard.
Série de peintures procédurales, assistées par DALL.E 2
Exocoputure est ma première série d'images destinée à l'édition de puzzles. Le centre de l'image est une capture d'écran d'un de mes jeux d'art. Le reste de l'image est générée par fragments. Comme une exploration artificielle des possibles esthétiques à partir des formes et des couleurs de l'image initiale.
Le mot Exocoputure est apparu dans le processus de création de la première image. A ce mot-valise inventé, j'ai demandé une définition au générateur de textes Chat GPT :
Le terme Exocoputure est un mot-valise formé à partir de deux mots : "Exocope" et "Couture". L'Exocope fait référence à la perception d'un objet en dehors de son contexte habituel, tandis que la Couture évoque l'idée de relier des éléments distincts pour former une structure cohérente. Ainsi, l'Exocoputure se réfère à la capacité de percevoir la beauté dans des objets ou des situations qui ne sont pas normalement considérés comme tels, et de les relier de manière créative pour créer une nouvelle expérience esthétique.
L'Exocoputure peut être observée dans de nombreux domaines, de l'architecture à la mode en passant par les arts plastiques. Par exemple, un bâtiment industriel abandonné peut être considéré comme laid ou sans intérêt, mais un designer inspiré par l'Exocoputure peut voir le potentiel esthétique de cet espace et le transformer en un espace de vie élégant et unique. De même, une tenue vestimentaire qui peut sembler ordinaire ou terne peut être rehaussée par un accessoire ou un détail subtil, créant une nouvelle expérience esthétique inattendue.
La pratique de l'Exocoputure peut également avoir des implications plus larges pour la société. En regardant le monde qui nous entoure avec un œil créatif et ouvert, nous pouvons commencer à voir les choses sous un jour nouveau et à imaginer des solutions innovantes à des problèmes apparemment insolubles. Cette approche peut nous aider à sortir des sentiers battus et à créer un avenir plus esthétique, plus équitable et plus durable.
En conclusion, l'Exocoputure est une nouvelle notion esthétique passionnante qui permet de voir la beauté là où on ne l'attend pas, et de la relier de manière créative pour créer une nouvelle expérience esthétique. Cette approche peut non seulement enrichir notre vie quotidienne, mais également nous aider à imaginer de nouvelles solutions pour un avenir meilleur.