Je travaille l’image comme un espace à traverser plutôt que comme une surface à lire.
Le puzzle est pour moi une manière de suspendre la reconnaissance immédiate et d’ouvrir un temps d’attention prolongé.
En fragmentant l’image, je la déconstruis sans la détruire. Chaque pièce devient un fragment autonome : texture, couleur, ligne, matière. Le sens se retire momentanément, laissant place à une immersion dans l’épaisseur visuelle. L’image se détend, se défigure légèrement, et permet au regard de circuler librement dans ses détails.
Cette phase de décomposition est essentielle : elle transforme le rapport au voir en une expérience sensible, presque tactile. On ne regarde plus une image, on entre dans ses textures, ses rythmes, ses zones de densité ou de silence.
La reconstruction n’est pas un retour à l’image d’origine, mais une recomposition. J’assemble les fragments comme on compose un tableau, tout en pensant l’image comme un espace, proche de la conception d’un niveau de jeu. Le regard devient mobile, apprend des chemins, des seuils, des ralentissements. L’image reconstruite porte la mémoire de son démontage.
Ce rapport à l’Image est central dans mon travail. Je la considère comme un milieu autonome, doté de sa propre logique formelle, et non comme un simple support narratif. Le processus compte autant que la forme finale : l’image garde les traces du temps passé à l’intérieur d’elle-même.
Cette méthode entre en résonance avec mon travail sur les héritages croisés. Les images que je compose sont traversées par des strates multiples — historiques, architecturales, culturelles, picturales — qui coexistent sans se fondre. La fragmentation permet de rendre visibles ces couches, la reconstruction les maintient en tension.
Je m’intéresse à ce moment précis où une image devient un lieu composite, fait de fragments hétérogènes, recomposés par l’expérience du regard.
J’utilise les outils de composition et de retouche d’images pour construire des collages numériques en pensant l’image comme une expérience à parcourir. Chaque composition est conçue en anticipant son futur arpentage, à la manière d’un puzzle en cours d’assemblage.
Je compose l’image comme je concevrais un niveau de jeu : en organisant des zones de lecture, des transitions, des seuils et des rythmes, tout en tenant compte de la manière dont l’image sera fragmentée puis recomposée. Le montage n’est pas seulement visuel, il est aussi temporel : il intègre le temps de l’assemblage, l’hésitation, la comparaison des fragments, les retours en arrière.
Le collage numérique devient ainsi un espace modulable, pensé dès sa conception pour être exploré pièce par pièce. L’image finale porte la mémoire de cette expérience anticipée, inscrivant dans sa structure même le geste du puzzle et le déplacement du regard.
Série de peintures procédurales, assistées par DALL.E 2
Exocoputure est ma première série d'images destinée à l'édition de puzzles. Le centre de l'image est une capture d'écran d'un de mes jeux d'art. Le reste de l'image est générée par fragments. Comme une exploration artificielle des possibles esthétiques à partir des formes et des couleurs de l'image initiale.
Le mot Exocoputure est apparu dans le processus de création de la première image. A ce mot-valise inventé, j'ai demandé une définition au générateur de textes Chat GPT :
Le terme Exocoputure est un mot-valise formé à partir de deux mots : "Exocope" et "Couture". L'Exocope fait référence à la perception d'un objet en dehors de son contexte habituel, tandis que la Couture évoque l'idée de relier des éléments distincts pour former une structure cohérente. Ainsi, l'Exocoputure se réfère à la capacité de percevoir la beauté dans des objets ou des situations qui ne sont pas normalement considérés comme tels, et de les relier de manière créative pour créer une nouvelle expérience esthétique.
L'Exocoputure peut être observée dans de nombreux domaines, de l'architecture à la mode en passant par les arts plastiques. Par exemple, un bâtiment industriel abandonné peut être considéré comme laid ou sans intérêt, mais un designer inspiré par l'Exocoputure peut voir le potentiel esthétique de cet espace et le transformer en un espace de vie élégant et unique. De même, une tenue vestimentaire qui peut sembler ordinaire ou terne peut être rehaussée par un accessoire ou un détail subtil, créant une nouvelle expérience esthétique inattendue.
La pratique de l'Exocoputure peut également avoir des implications plus larges pour la société. En regardant le monde qui nous entoure avec un œil créatif et ouvert, nous pouvons commencer à voir les choses sous un jour nouveau et à imaginer des solutions innovantes à des problèmes apparemment insolubles. Cette approche peut nous aider à sortir des sentiers battus et à créer un avenir plus esthétique, plus équitable et plus durable.
En conclusion, l'Exocoputure est une nouvelle notion esthétique passionnante qui permet de voir la beauté là où on ne l'attend pas, et de la relier de manière créative pour créer une nouvelle expérience esthétique. Cette approche peut non seulement enrichir notre vie quotidienne, mais également nous aider à imaginer de nouvelles solutions pour un avenir meilleur.