L'orgue Jean-François Dupont de l'église Saint-Pierre

L’orgue que nous voyons aujourd’hui exprime parfaitement sur le plan plastique, ce qu’il est au point de vue musical.

En effet, son buffet en nid d’hirondelle ne fait que reprendre une conception très ancienne dans la facture d’orgue : l’orgue le plus ancien que l’on puisse entendre aujourd’hui en Europe est le petit instrument en nid d’hirondelle de l’église de Valère, sur la colline de Sion, en Suisse romande.

Les cathédrales de Metz, Strasbourg ou Chartres nous proposent des déclinaisons diverses et anciennes de la question.

Par contre l’architecte Henri Hémon lui-même s’est exprimé : « Il ne nous a pas semblé souhaitable d’imiter les anciens… nous n’avons pas d’avantage voulu marquer notre époque en réalisant un “petit chef-d’œuvre” moderne. Le choix de lignes épurées, toutes inspirées de celles de l’édifice, a généré des formes et des volumes, qui prennent des reliefs non maîtrisés, par le seul jeu de la perspective.

Ce buffet prend sa force dans la sobriété, seul véritable parti pris esthétique ».

De même, musicalement, les timbres choisis et associés trouvent tous leur source dans la littérature d’orgue des XVIIème et XVIIIème siècles français et allemand.

C’est le jeu des passerelles et des associations qui est résolument contemporain.

Ainsi, ce sont les sonorités authentiques de certains grands instruments français (Saint-Rémy de Dieppe par exemple) dont les jeux les plus typés de Saint-Pierre (trompette, cromorne, cornet) se rapprochent.

Semblablement on pourra retrouver sur l’orgue germanique de Ludwigschaffen la composition de la mixture allemande, et aussi une sonorité d’anche se rapprochant de la trumpete de bois de Saint-Pierre.

Evidement, lorsque l’on commence à jongler avec les deux côtés du Rhin, c’est toute la musique du vingtième siècle qui devient aussi abordable, d’autant plus que le tirage de jeux électrique (la traction des claviers est elle, mécanique), autorise la pose d’un combinateur électronique et ouvre ainsi la voie à tous les mélanges de timbres de l’orgue d’aujourd’hui.

Ce parti pris sonore a été décidé par le facteur d’orgue, en concertation avec les organistes, mais aussi de façon à inscrire une proposition autre dans la ville de Caen : la complémentarité des esthétiques musicales, au travers des différents instruments de la ville semblait un atout supplémentaire pour les musiciens présents et futurs.

Contact : Marianne Levy-Noisette, organiste titulaire